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Interview : sur l’arrestation de six antifascistes de la GALE

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La Cause du Peuple a interviewé un membre de Groupe Antifasciste Lyon et Environs (GALE), dont les militants ont subi une grande répression de l’État Français le 13 novembre. A six heures du matin six membres ont été perquisitionné.es et emmené.es en garde à vue. Ce qui est particulier, c’est que c’était une opération de police simultanée sur plusieurs départements, avec bélier et armes automatiques pour des motifs minables : dégradation, outrage et association de « malfaiteurs ». Les avocats de la GALE ont avoué avoir être abasourdis devant l’absence totale de preuves tangibles d’un quelconque délit.

Ces perquisitions ont eu lieu aux domiciles des membres et même de parents des membres, mais la mesquinerie part plus loin, des milliers d’euros de matériel militant (tracts, autocollants, affiches, etc…) ont été pris. En fait, le moindre support politique a été volé, des dizaines de livres pris au hasard (même des romans qui n’ont rien à voir avec la politique), les flics ont même fouillé les vêtements des interpellé.es. Résultat, un t-shirt avec un poing levé en logo et des t-shirt de soutien à la famille Traoré ont été volés et envoyés pour être détruits.

Toutes les positions exprimées dans cette interview ne représentent pas celles de la Cause du Peuple, mais la solidarité face à la répression entre révolutionnaires et antifascistes sincères est la raison pour laquelle nous la publions.

Cause Du Peuple : Quand as-tu rejoint la GALE ?

Interviewé : J’ai rejoint la GALE en mars 2018, je militais avec eux depuis Janvier, je les ai connus peu après être arrivé à Lyon en septembre 2017 quand on occupait un amphithéâtre dans la Fac de Lyon 2 pendant plus d’un mois avec des réfugié.es. La GALE nous avais alors beaucoup aidé.

CDP : D’où vient la GALE ?

I : La GALE s’est créée après une contre-manifestation à une manifestation de skinhead néonazis, après la mort de Clément Méric et dans l’élan réactionnaire de la Manif pour tous. Lors de cette contre-manifestation, 25 camarades antifascistes ont été emmené.es en garde à vue, c’est alors qu’il a été décidé de créer une véritable organisation antifasciste structurée, capable d’asséner des coups et de les recevoir.

CDP : Quelles sont vos actions ?

I : On organise régulièrement des conférences avec des auteurs engagés avec l’aide de la Librairie anarchiste de Lyon, la Gryffe. On est aussi très présent aux cotés des réfugiés en aidant les squats, on organise des cantines populaires et des soirées concerts, on soutient les occupations de facs et les actions ouvrières et on y participe. On fait aussi beaucoup de travail d’information et d’investigation à visée antifasciste. On est également toujours partie prenante des luttes anti-impérialistes notamment au coté des Kurdes avec qui nous avons de très bonnes relations.
On est donc présent dans deux axes : dans les mouvements ouvriers et étudiants contre les réformes de l’État (et contre l’État lui-même), et on pratique l’action directe.

CDP : Comment s’organise la GALE ?

I :On s’organise depuis cinq ans sur les principes de l’autonomie et de l’autogestion, les initiatives sont prises en commun, chacun aide l’organisation là où il est bon, notre organisation est composée autant de femmes que d’hommes.

CDP : Que pensez-vous du légalisme dans la lutte contre le fascisme ?

I : C’est une question qui s’est posée longtemps à Lyon et se pose encore pour certains. En fait, on a une longue histoire de collectifs légaliste et citoyenniste (comme dans beaucoup de villes) qui se sont créées sur les bases floues d’un “front commun” inter-organisationnel contre des locaux de fascistes, aujourd’hui pour fermer le « Pavillon Noir » le local du « Bastion Social ».

Il y a déjà eu le Collectif de Vigilance Antifasciste. Il y avait de tout dedans, le PS, le Parti de gauche et un tas d’autres partis légalistes, ça a fini par se dissoudre en 2014 quand une manif citoyenne contre la venue du FN à Lyon a été débordé par un black bloc de 1000 personnes, qui a mis le feu à la ville de Lyon.

Finalement, un collectif “citoyen” a été recréé lors de l’ouverture du « Pavillon Noir » à Lyon, la GALE en faisait même parti au début. On l’a quitté à cause de l’inclusion d’orgas légalistes et de désaccords politiques sur les moyens d’actions. Pour nous on devait mener des actions légales appuyés par l’action directe, mais eux ne voulaient clairement pas de nous et voulait se cantonner uniquement aux actions citoyennistes.

On a mal reçu leurs propos à la suite d’une manifestions avec eux, où certains de nos camarades avaient des cagoules : « De toute façon vos cagoules c’est un peu comme l’extrême-droite », on s’est fait aussi traiter de casseur et tout ce qui va avec.

Le collectif s’est donc énormément mobilisé avec les habitants du quartier pour fermer légalement le local du Bastion Social, sans proposer une réelle force de frappe. Depuis, une fermeture du local (au public, il reste ouvert pour les membres du BS) de trois semaines a été décrétée par la mairie car il n’était pas aux normes. Avec les ressources énormes que le Bastion Social possède, même s’il ferme définitivement, il sera rouvert ailleurs et/ou sous une autre forme.

Nous, on pense que chercher l’aide des bourgeois et même travailler avec eux c’est collaborer indirectement avec le fascisme, c’est cette même mairie qui « voulait » fermer légalement le Pavillon Noir, qui maintenant participe à notre répression.

En fait, on ne peut pas compter sur l’État bourgeois pour arrêter le fascisme, c’en est le parfait exemple, le fascisme est un phénomène du capitalisme, il en est indissociable, on ne peut donc pas compter sur l’origine du fascisme pour combattre le fascisme. Il y a une nécessité d’inscrire l’antifascisme dans la continuité de la lutte des classes, traiter avec les tenants des sphères politiques bourgeoises serait donc une défaite pratique et idéologique. La connivence entre le pouvoir et les fascistes, elle bien réelle. Ça se voit tous les jours, la grande majorité des flics auxquels on a eu affaire sont en lien avec les fascistes : en garde à vue les flics vont tranquillement saluer les membres du Bastion Social et leur demander des nouvelles.

CDP : Quels sont vos ressentis sur la répression que vous avez subi ces derniers jours ?

I :Nos premiers sentiments quant aux perquisitions et interpellations de nos camarades ont été l’inquiétude et l’incompréhension. Après 36h de détention (GAV + dépôt), nos camarades sont heureusement libéré.es, avec un lourd contrôle judiciaire : interdiction de se voir ou de communiquer, interdiction de sortie de la région sans autorisation préfectorale et sans autorisation de la juge d’instruction, interdit de 5e arrondissement.
Nos camarades accusé.es de l’attaque du local du Bastion Social lyonnais en avril dernier seront jugé.es pour dégradations en réunion, outrages, association de malfaiteurs (un chef d’accusation qui a permis de justifier le CJ et les mesures policières utilisées contre eux/elles) et l’un d’eux sera jugé pour refus de donner ses codes de mobile et d’ordinateur. Un sentiment d’incompréhension est présent, tant les mesures prises sont impressionnantes au vu du motif.

En quelques heures, c’est une opération coordonnée entre plusieurs sections de la police et la gendarmerie sur deux départements différents qui mène nos 6 camarades au commissariat de Marius Berliet puis au TGI de Lyon pendant 36h. Les “preuves” que possèdent les enquêteurs sont dérisoires, des images floues, des bornages de téléphones, des habits perquisitionnés soi-disant reconnus sur la vidéo de l’attaque du local fasciste. Un bonnet noir ; une preuve, sérieusement ?.

Des portes défoncées et des appartements retournés pour des tags et un murage plus que symbolique. En tout c’est plusieurs milliers d’euros de matériel militant, de livres et d’affaires personnelles (ordi, téléphones, habits…) qui sont pris et qui pour la majeure partie seront détruits par la police (si ce n’est pas déjà fait).

La destruction délibérée de nos livres et de notre propagande n’a laissé personne dubitatif.ve. Avec le contrôle judiciaire démesuré et les durs chefs d’accusations, nous sommes sur une volonté de la part de la mairie de Lyon et de Gérard Collomb de nous mettre à mal et de vouloir nous empêcher de mener notre lutte à bien, en essayant de rendre invisibles nos actions et nos idées. Ces mesures sont une manœuvre purement et simplement politique, la presse lyonnaise ayant été mise au courant des opérations par les services de police avant même le reste de notre organisation. Tout était prévu depuis des semaines.
Bientôt une hypothétique dissolution de notre organisation ? L’antifascisme n’est pas dissoluble ! Le livre brûle mais les idées restent. Après cette dure semaine, la solidarité s’est organisée à travers toute la France et même le monde entier ! Nous remercions toutes les militant.es, les sympathisant.es et les groupes antifascistes français et internationaux (Grèce, Suisse, Colombie) pour leurs messages de soutien et/ou leur aide financière et matérielle.

L’Etat nous fait la guerre mais grâce à l’entraide et la solidarité antifasciste nous faisons front !

Contre la répression on est pas tou.tes seul.es !

La lutte antifasciste est internationale !

Le Groupe Antifasciste Lyon et Environ réitère son soutien aux camarades de la Cellule Antifasciste Révolutionnaire d’Auvergne et des Jeunes Révolutionnaires, faisant objet des mêmes attaques policières pour les mêmes motifs.

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