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“Dans le groupe Paprec, les syndicats, ça existe pas” interview de Mahamadou Kanté, syndicaliste CGT (Partie 1)

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L’organisation Jeunes Révolutionnaires nous a envoyé cette interview de Mahamadou Kanté, délégué syndical CGT au centre de tri PAPREC à la Courneuve. Ces derniers jours, le site est en grève et connait un mouvement de révolte important contre la direction de PAPREC et ses pratiques. Dans cette première partie, ce sont les conditions de travail terribles et l’anti-syndicalisme de PAPREC qui apparaissent au grand jour.  Merci à Mahamadou Kanté pour son temps et ses paroles.

Jeunes Révolutionnaires : Quelles sont les pressions que subissent les employés de Paprec ?

Mahamadou Kanté : Paprec ne veut pas du tout de la CGT dans l’entreprise. Ils sont contre le syndicat. J’ai subi des discriminations et du harcèlement moral, et ça dure depuis des années, depuis des décennies. Paprec est en guerre avec notre organisation syndicale. Quand on leur dit qu’ils font de la discrimination, ils répondent qu’un tel ou un tel est délégué syndical, alors que c’est totalement faux.

Plusieurs délégués CGT qui sont passés avant moi ont aussi été discriminés, et ça a été confirmé plusieurs fois par l’inspection du travail, la médecine du travail, le tribunal administratif et la cour d’appel de Paris. Bien sur que je suis victime de discrimination syndicale et de harcèlement moral au sein de cette entreprise. Ils sont contre les syndicats.

Moussa D. secrétaire à l’UL : La pression exercée, elle l’est réellement par le directeur, qui dit de ne pas s’approcher de la section syndicale. Il appelle les employés avant les réunions syndicales et leur dit « N’y allez pas ou vous en subirez les conséquences. ». Donc ce sont des menaces, et des menaces qu’ils exécutent. C’est le cas de plusieurs employés qui ont eu le directeur plus d’1h au téléphone pour les décourager de participer pendant le mouvement social.

On a dit au directeur « Vous êtes en train de faire pression sur les salariés grévistes ». Le droit de grève, c’est un droit fondamental, chaque salarié a le droit de dire « Je suis en grève ». Le directeur les appelle alors individuellement, sur leurs téléphones privés. Ça ne lui suffit pas, il vient en personne avec deux adjoints, pour dire aux chauffeurs « Dans les camions » ! Les chauffeurs répondent alors qu’ils ont en face d’eux des grévistes, qu’ils ne vont pas les écraser. C’est ça la pression exercée par Paprec.

En gros, quand tu es à la CGT, tu es un danger imminent pour l’entreprise. Alors que ça n’a rien à voir ! Le directeur régional a dit : « Nous avons établi un dialogue social avec les partenaires sociaux ». Mais comment établir un « dialogue social » quand on ne peut jamais te rencontrer, que tu ne réponds pas au courrier, que tu permets même à d’autres personnes de répondre à ta place et que tu ne réagis pas sur les demandes de discussion pour les conditions de travail des salariés ?
Il y a 140 personnes en mouvement de grève. Les salariés qui sont en grève, le directeur les appelle individuellement. Mais eux, ils disent qu’il y a officiellement 1 gréviste ! 1 gréviste ! C’est fou.

JR : Tu parles aussi de licenciement abusif ?

M. K. : Oui j’ai parlé de licenciement abusif vis à vis des licenciements brutaux que font Paprec. J’entends Paprec qui disent qu’ils sont une société « citoyenne ». Mais quand on voit la guerre qu’ils font contre les syndicats, c’est la même guerre qu’ils font contre les salariés en les licenciant quand les élections des délégués syndicaux se rapprochent. J’ai des amis qui ont été licenciés parce qu’ils se sont trop rapprochés de notre organisation syndicale.

Il n’y a pas de liberté d’expression, il n’y a pas le droit de parler à la CGT. J’ai été surveillé pendant mon mandat, et je suis toujours surveillé. Le directeur a écrit « C’est Mahamadou qui représente un grand danger pour notre équilibre et notre croissance ». J’ai un collègue qui a été licencié pour 1 minute de retard ! 1 minute ! Parce qu’il était témoin le jour où j’ai été agressé physiquement. Sans même entretien préalable à un licenciement. Bien sûr que c’est un licenciement abusif.

Deuxième exemple, un autre salarié qui était chauffeur poids lourd. Avant-hier, il était avec nous dans la grève. Il était délégué du personnel, depuis juillet 2015, avec Paprec Ile de France. La société a signé un nouveau contrat avec Paprec Ile de France et il est parti à Paprec Transports. Paprec ne respecte donc pas le droit du travail, ils ne respectent pas les décisions administratives. Je dis ça parce que sur décision du tribunal, aucun changement au contrat ne peut être fait sans demander l’avis de l’inspecteur du travail. Et la société Paprec l’a quand même fait. Ils n’ont pas demandé l’avis, ils ont modifié le contrat de travail et maintenant ils l’ont licencié. C’est 20 ans d’ancienneté dans cette boîte, aucun manquement. Et il a été mis à pied et licencié pour faute grave. Il a même eu un accident dans cette société.

Un camarade du Blanc-Mesnil a été licencié, j’étais à l’entretien. Ce salarié là, ils disent qu’il était en retard, alors que sur les jours où il était accusé, il était en congés sans solde, ou en week-end, lorsque les salariés ne travaillent même pas. Nous on trouve ça inacceptable. Les salariés sont victimes de harcèlement, de discrimination, et ils commencent à relever la tête. Alors maintenant, ils [Paprec] cassent tout le monde. Notre mission est dangereuse, je peux vous dire qu’il y a aujourd’hui beaucoup de gens qui sont tombés malades à cause des conditions de travail et des pressions. C’est de ça qu’on parle quand on dit « licenciement abusif ».

JR : Quelles sont les conditions de travail sur le site ?

M. K. : Les conditions de travail se sont dégradées depuis plusieurs années, parce qu’il y a eu un accident mortel à Paprec il y a 3 ans. Au lieu de rester debout dans le centre de tri comme on voit partout, dans le cas de Paprec ils mettent un tapis au sol, les salariés sont toute la journée dessus sans s’arrêter. Un accident, un malaise peut arriver. Les salariés n’ont pas le choix, ils ont peur.

Et les poussières peuvent provoquer le cancer. Il y a des salariés là-bas qui ont le cancer. J’ai demandé au CHSCT pour l’enquête, pour savoir les raisons de ces cancers là. Il n’y a pas de gants, il n’y a pas de masque anti-poussière. Il y a aussi le froid, beaucoup de salariés travaillent dehors, et même à l’intérieur, il n’y a pas de chauffage. Les salariés sont dedans de 7 heures jusqu’au soir, sans chauffage. Le thermomètre indique parfois 0°C, -5°C. On a demandé plusieurs fois, ils nous disent que c’est trop cher. Pourtant ils ont eu assez de croissance l’an passé, ils ont eu 1 milliards et demi de chiffre d’affaire l’année dernière. Mais ils n’ont pas assez pour mettre le chauffage.

Quand on demande des choses pour la santé des salariés, il n’y a rien. Pourtant, pour la société, il y a tout. Pour les chauffeurs, les conditions de travail s’aggravent. Ils ont été géolocalisés, un camarade de la CGT Transport est surveillé 24h/24. Moi même je suis surveillé. Ils ont interpellé des salariés en leur disant « Je veux plus te voir discuter avec ce mec, il représente un grand danger, il est là pour déstabiliser notre société. »

Les salariés qui travaillent ici sont dans des conditions précaires. C’est pour ça qu’on a demandé immédiatement de payer les salariés. On a demandé un statut unique, parce que c’est une mission dangereuse, qui peut apporter plein de maladies. Paprec gagne beaucoup d’argent sur cette activité [recyclage], il investit dans le Grand Paris, mais les salariés sont laissés derrière.

Ça fait des années qu’on demande que la direction nous reçoive. Mais le directeur a refusé qu’on discute avec lui. S’il y a un « dialogue social », pourquoi la direction refuse de parler aux salariés ? On a demandé au directeur d’agence du Groupe Paprec La Courneuve. C’est un dictateur. Il a refusé plusieurs fois de discuter avec nous. Il dit : « vous croyez que j’ai pas autre chose à faire que de parler aux syndicats ? ». Et quand un salarié vient individuellement, il dit « va voir ton avocat ». Il menace les gens.

A ma réintégration, il a dit : « Mahamadou va revenir, il va pas travailler, il va foutre la merde. Chacun prend ses responsabilités, il y a deux partis, le sien et le mien ». Voilà les conditions de travail à Paprec, il y a plein de choses que je peux citer, sur plusieurs agences, à la Courneuve, Blanc-Mesnil, Gennevilliers, Lyon… Dans le groupe Paprec, les syndicats, ça existe pas.

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