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Inde : Pourquoi l’opération Green Hunt est un génocide ?

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Ce qui suit est un résumé de l’analyse de l’anthropologue social Adolfo Naya sur l’opération Green Hunt menée contre les maoïstes en Inde depuis plus de 10 ans. Des centaines de milliers de soldats, paramilitaires et forces de police de l’Etat indien sont déployées contre les millions d’habitants des zones où les communistes sont implantés.

Une analyse comparative sur plus de deux ans, sur les génocides et sur la stratégie de contre-insurrection appelée «Hearts and Minds» appliquée en Malaisie, en Indonésie, au Guatemala, au Salvador et au Pérou; nous révèle les pratiques génocidaires que cette stratégie anti-insurrectionnelle avait utilisé par le passé et dans le présent pour le cas de l’Inde avec l’opération «Green Hunt».

Dans les études sur les génocides menées jusqu’à présent, on peut souligner certaines pratiques, avec des procédures très similaires dans tous les cas, par exemple:

– la planification par l’État de l’extermination d’un certain groupe humain

– l’utilisation par cet État d’une langue déshumanisante pour sensibiliser et légitimer socialement à la population le fait que ce groupe doit être exterminé par l’État.

Simultanément, il procède à la détention et à l’extermination physique sélective de dirigeants politiques et sociaux qui peuvent créer un autre type de discours politique contre les mesures que l’État entend prendre. L’Etat commence également l’internement du groupe à exterminer dans des camps de concentration où il régule tous les aspects de leur vie, tels que la naissance, le régime alimentaire ou la santé.

Enfin, l’extermination physique du groupe humain a lieu. Dans ce cas, femmes et enfants, responsables de la continuité de la vie du groupe, sont les premiers à subir toutes sortes d’atrocités, de la stérilisation à l’expérimentation médicale, en passant par le viol et cela se finit sur l’extermination.

De même, tout génocide a un intérêt économique, que ce soit pour défendre le statut de l’État bourgeois afin de maintenir ses relations d’exploitation avec la classe ouvrière ou pour arracher des terres, des ressources naturelles ou des biens. L’acte même de génocide produit une certaine économie pour l’État et de nouvelles relations sociales.

Les actions communes dans tous les génocides et dans la stratégie de contre-insurrection «Hearts and Minds», qui se répètent systématiquement, sont les suivantes:

Exécutions sélectives au cours desquelles la population est tuée individuellement et collectivement. Tentatives d’exécution extra-légale entraînant des blessures. Traitements cruels, inhumains ou dégradants. Massacres sélectifs et aveugles. Enlèvements. Destruction et incendie de villages. Viols individuels et collectifs de femmes. Interrogatoires sous la torture de personnes capturées ou soupçonnées de collaborer avec la guérilla. Contrôle et encerclement des communautés déplacées empêchant l’accès à la nourriture et aux médicaments essentiels à la survie des populations. Concentration des groupes ethniques et de la population civile dans des camps gérés par le gouvernement ou des groupes paramilitaires. Suivi des opérations et clôture du territoire afin d’identifier les zones de refuge pour capturer et exécuter la population.

La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (CPPCG) dit ce qui suit: “On entend par génocide un quelconque acte perpétré dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux.”

Dans le cas de l’opération «Green Hunt» développée par le gouvernement indien:

A) Meurtres des membres du groupe:
Quelques exemples: Bijapur, 28 juin 2012. Malkangiri, le 23 octobre 2016, Gadchiroli, le 23 avril 2018.

B) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale des membres du groupe: Cette caractéristique du génocide permet de décrire les différents exemples de violence sexuelle, tels que le «test de Naxalita» ou les viols commis à l’encontre de femmes adivasis et dalits.

C) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence conduisant à une destruction physique totale ou partielle:
Ce serait le cas des 350 000 Adivasis de l’État de Chhattisgarh qui ont été forcés de quitter leurs villages et de vivre dans les camps fortifiés (camps de concentration) des militaires et des paramilitaires de la Salwa Judum, ainsi que l’incendie de villages par ceux-ci ou le pillage de nourriture, etc. On peut penser aussi à la politique d’expulsion de la population des forêts et de la terre pour procéder à l’exploitation de leurs ressources naturelles, qui mettent en danger les moyens de subsistance des Adivasis et des Dalits.

D) Mesures de prévention des naissances dans le groupe:
En 2012, dans l’État de Chattisgarh, environ 7 000 femmes ont été soumises à des opérations forcées pour retirer leur utérus. Bien que pendant un certain temps le gouvernement indien ait exclu du programme de stérilisation forcée pour le contrôle de la population certaines communautés adivasi en raison du manque d’enfants appartenant à ces populations, ce programme a de nouveau été lancé dans toutes les communautés adivasis.

Comme nous l’avons expliqué à propos de l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre, les viols sont un autre facteur important pour empêcher la naissance d’enfants au sein du groupe.

Au vu des caractéristiques de cette enquête, il est évident que les attaques perpétrées en Inde contre les peuples Adivasis et Dalit – à la fois ceux qui résistent pacifiquement et ceux qui appartiennent au mouvement armé maoïste – constituent un génocide. Il est évident que certains groupes nationaux indiens sont en train d’être éliminés dans le but de modifier les relations sociales au sein de la nation elle-même.

L’annihilation n’est pas spontanée: c’est une destruction systématique destinée à éliminer la «partie insurgée» et à transformer le reste des groupes nationaux, en redéfinissant leur manière d’être, leurs relations sociales, leur destin et leur avenir. C’est l’annihilation de ceux qui résistent et pratiquent une autre manière d’établir des relations sociales et économiques. C’est la guerre de classe appliquée dans sa phase supérieure, le génocide.

Pour cette raison, la seule alternative pour la survie des Adivasis, des Dalits et des militants naxalites qui croient en une autre société est un changement radical de la société semi-féodale et semi-coloniale de l’Inde; ainsi que le soutien et la solidarité internationale pour mettre fin à ce massacre et progresser dans la construction d’une nouvelle société sans classes, sans castes, sans racisme ni patriarcat.

(Adolfo Naya est un anthropologue social et militant. Auteur du livre: Opération «Green Hunt»: Les pratiques sociales génocidaires de la stratégie de lutte contre les insurgés «Hearts and Minds», 2017 (original en galicien)

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