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Chronique de la vie quotidienne : l’intérim

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Voilà une chronique envoyée par un de nos lecteurs sur les galères de la vie quotidienne qu’on connaît tous.

« Monsieur, c’est incroyable, vous avez pas à me parler comme ça ! Je suis humaine, je ne mérite pas qu’on me parle comme ça ! Alors je vais faire comme vous et vous raccrocher à la gueule ». Encore un appel, encore une engueulade, cette fois avec l’agence d’intérim, qui réussit l’exploit de me voler 100€ sur la paye en deux jours.

Au statut de micro entrepreneur, je ne peux pas toucher le chômage. J’ai cotisé dans le vide. Et aucun reliquat de mon taf d’avant. Chaque euro en mois, dans ce genre de période, est une perte importante, un stress supplémentaire. Je ne sais pas quand je gagnerai les prochains euros. Le 14 du mois d’après, avec l’intérim ? le 28, (mais on est déjà le 26, alors ce sera 0 pour ce mois) en CDD ? Entre le 5 et le 10, si la patronne envoie un chèque de salaire ? Le 5 avec la CAF, si j’ai le droit à la prime d’activité ce mois ci ?

Alors c’est ça, toute la journée. Les voleurs des boîtes d’intérim. Le pôle emploi qui n’a rien à te proposer. Le dossier du RSA jeune ou on te demande plus de paperasse que pour un héritage (pour te répondre que tu n’y a pas le droit, « mais essayez quand même »). Le chèque de salaire perdu par la banque que tu mettras des mois à récupérer. Et les charges qui reviennent, immanquablement, comme la marée sur le rivage, même si tu as pas eu le temps de reconstruire ta petite digue en sable. 400€ pour le logement. 30€ pour la mutuelle.

Les impôts locaux, la cotisation foncière des entreprises, l’URSAFF de ton taf pseudo « indépendant ». Une amende, flash au bout de 8h de route, alors que t’étais à 87 sur une nationale et que tu faisais plus gaffe. Personne avait fait cramer le radar. Un resto pour la saint valentin, un autre pour l’anniv’ de monsieur ou madame. La clope qu’il t’en coûte de payer au collègue. Le cadeau que tu feras pas à l’anniv’ de ta mère.

Les sapes que tu reprends, les chaussures que tu rabiboches. Pour pas avoir l’air d’un clodo. Jamais de neuf, parfois un achat à la croix-rouge.

Ton collègue qui se dit « dissident », fait un peu de rap bidon complottiste, t’explique que le problème viens de la finance franc maçonienne, sans voir que c’est avec son travail et le tient que le patron de la PME part aux Maldives.

Tous les jours les mêmes humiliations. La boite d’intérim qui me vole en plus de m’exploiter, c’est la goûte d’eau qui fait déborder le vase. J’explose. Contre l’insensible qui me répond au téléphone. Une cadre inférieure avec un rôle d’enfoiré, petite chef sans responsabilité, se prend tout dans la gueule. Mais ensuite ? J’en parle aux gilets jaunes. Personne est chaud pour une descente à dix à la boîte. Normal, j’suis qui ? J’ai jamais fait ça pour un autre. Alors y aller tout seul, retourner le bureau ? La boite d’intérim est à une heure de route. La pression redescend. Prendre de la GAV pour 100 balles, ça vaut vraiment pas le coup. Alors, encore une fois, je vais manger mon seum, les larmes au yeux en pensant que j’ai plus que 7 jours pour compléter mon salaire.

J’espère, simplement, qu’ils vont payer pour toute cette merde.

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