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Témoignage prolétaire : distributeur de prospectus

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Un lecteur de la Cause du Peuple nous a envoyé ce témoignage de son taf en distribution de prospectus et témoigne des conditions dans cette branche. Nous encourageons toutes nos lectrices et tous nos lecteurs à nous envoyer des témoignages similaires pour publication à l’adresse [email protected]

Depuis bientôt deux mois, je suis distributeur de prospectus pour une des deux grosses boites du secteur, une filiale de La Poste crée en 1987, Médiapost. La boite est en pleine croissance et compte 12 000 salariés.

La semaine type se déroule ainsi : d’abord, en fin de semaine (jeudi et vendredi), on « prépare » : on regroupe les pubs par petit tas de 3 à 10 pubs, les « poignées » qui iront dans chaque boite au lettre. Puis, le lundi, mardi et mercredi, on distribue le tout, parfois jusqu’au jeudi, pour les plus grosses semaines.

Lors de la distribution, on est accompagné d’un petit engin qui nous géolocalise et vérifie que l’on passe bien partout. Les pubs sont égalements marqués : si on fait un dépôt sauvage, on peut nous retrouver. Enfin, il y a des contrôleurs qui viennent parfois vérifier ce qu’il se passe dans les boîtes aux lettres (mais c’est rare).

La distribution, ça peut être très dur, il faut pousser un chariot qui peut être lourd, parfois dans des côtes. Il faut se baisser, se relever, parfois prendre une sacoche et marcher avec cette sacoche qui peut peser très lourd, sous le soleil, la pluie, le vent, le froid… La préparation est plus facile et on peut discuter avec les collègues, mais c’est très répetitif, c’est du travail à la chaine qui est parfois interminable.

Comme il faut tout distribuer en trois ou quatre jours et essentiellement le matin, les contrats sont à maximum 24h, ça permet d’embaucher plus de gens sur un temps court. Pour la satisfaction des clients de Mediapost, pour pouvoir baisser les tarifs, ce sont les salariés de Médiapost qui y perdent. Seuls quelques anciens sont à 28h, et dans le dépôt il y a des ouvrières et ouvriers à 35h qui s’occupent de tout ce qui est administratif, des tâches de carriste, de petite main, etc.

Mon dépôt est composé de 40 distributeurs dont les contrats vont de 4h à 28h, la majorité est à 24h, certains ont un double emploi (en général pas régulier). Il y a 3 ouvriers et ouvrières à 35h qui « encadrent », un chef d’équipe (un cadre), et pour deux dépôt, un « responsable de plateforme ». Non seulement la masse salariale est faible grâce aux petits contrats, mais il n’y a qu’un seul cadre pour 40 personnes, 3 personnes un peu mieux placées socialement, et un responsable pour 80 distributeurs !

En plus du problème des contrats à 24h (payés au smic), il y a plusieurs autres problèmes. D’abord, on utilise notre voiture personelle, les compensations ne sont pas du tout à la hauteur. On est pas du tout compensé pour les distances réelles parcourues en voiture mais pour les distances estimées. Et il semble pas que ça permette de compenser l’usure du voyage permanent avec parfois 500kg dans le coffre. Il y a aussi un autre problème : on peut bosser 1/3 de plus ou 1/3 de moins que notre contrat l’indique. C’est équilibré sur l’année, mais on travaille en moyenne plus que moins… et les heures sup’ sont payées seulement en juin avec une bonification ridicule. Et comme on est « autonome » dans nos horaires, ça permet « d’oublier » pas mal de temps de travail : quand on remplit la paperasse, quand on va demander au cadre comment faire notre secteur, quand on charge notre bagnole ou qu’on la décharge (c’est payé au forfait, 15mn pour parfois des centaines de kilos de pub et plusieurs secteurs)… Parfois, le temps de récupération des pubs avant la préparation n’est même pas compté. Bref : on nous oublie surement plusieurs heures de travail par mois, voire par semaine.

Bientôt, la préparation n’existera plus, tout sera « mécanisé », c’est à dire que des usines à pub préparerons les poignées et on ne fera plus que distribuer, ce qui permet d’augmenter la productivité des distributeurs et aussi de casser le peu de temps que l’on passe ensemble. Il ne restera plus que le temps qu’on passe à manger au dépôt quand on distribue proche. Comment créer de la solidarité à ce moment ?

La pub est un énorme gâchis. Alors que la planète flambe, que le plastique envahit les espaces sauvages et détruit la vie sur terre, on peut distribuer parfois des tonnes de pub en une semaine pour un seul distributeur. C’est une logistique énorme, de l’arbre coupé pour le papier à l’usine où sont imprimés les magazines en passant par les camions, les dépôts, les voitures des distributeurs… C’est une énergie énorme, une main d’oeuvre importante qui ne sert à rien. Le seul intérêt, c’est que sous le capitalisme beaucoup de prolétaires attendent la pub pour les réductions et les promos. Mais sinon, c’est vraiment un boulot néfaste et contre productif.

Ce boulot montre bien la stupidité du capitalisme : des ouvriers qui travaillent dur pour gagner leur vie, dans un boulot inutile socialement et complètement contre productif. Quitte à marcher toute la journée, je préfererais récuperer du plastique sur les bords des nationales, retaper des logements pour les rendre écolos, aider les facteurs à distribuer le courrier… Peu importe. Malgré l’augementation du nombre de « stop pub », le secteur est en croissance. Ce n’est pas un choix individuel qui empêchera la pub de submerger les boites au lettre et l’espace urbain, mais la lutte des prolétaires contre ce monde de mort.

Quand on aura fait la révolution socialiste, ce travail n’existera plus et les distributeurs, comme tous les autre travailleurs de la publicité, pourront agir à des fins utiles pour le peuple et la planète.

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