Témoignage prolétaire : secrétaire médicale



Nous partageons dans notre journal cet important témoignage prolétaire du boulot de secrétaire médicale, envoyé d’une de nos lectrices. Envoyez-nous vos témoignages à [email protected]. Nous les publierons sur la Cause du Peuple.

Ma vie professionnelle

Titulaire d’un BTS Secrétariat, j’ai connu le chômage pendant un an. J’ai alors fait un stage d’anglais reconnu par un diplôme pour compléter mon CV.

Malgré tout j’ai obtenu un poste de secrétaire où l’anglais n’était pas utile. Au bout de 3 ans, l’entreprise a fermé, résultat : licenciement économique. J’ai profité de cette période pour faire une formation de perfectionnement sur Excel et Word qui m’a permis de postuler pour des missions intérims, en CDD ou en temps partiel jusqu’à mes 35 ans. Et là, ce fut le Saint Graal, enfin un CDI !

Mon poste consiste à rendre un service public dans une entreprise de droit privé : donc pas un poste de fonctionnaire, mais 14 mois de salaire pour un salaire minimum (SMIC).

Première déconvenue… Après mon embauche on m’annonce que je dois passer deux examens pour obtenir un diplôme uniquement valable dans mon service ou dans l’institution. Il m’a fallu an et demi de formation en cumulé pour enfin l’obtenir.

Et quand j’ai commencé à travailler au bout de cet ultime chemin, ce fut juste l’horreur, on entre dans une spirale d’obéissance, de soumission envers la hiérarchie, d’adaptation continue pour l’utilisation des logiciels, du travail qui change éternellement, des informations qui ne me sont pas (volontairement) transmises… Je me suis vite rendue qu’une manager faisait la pluie et le beau temps et se faisait bien voir de sa cadre en faisant la taupe, mais tout en se mettant continuellement en valeur et en dénigrant le personnel qui ne lui plait pas.

Mais je m’accroche : c’est un CDI, on a tous des prélèvements en fin de mois.

Au fur et à mesure qu’il y a des embauches dans notre service, il y avait des démissions peu de temps après car les filles ne tenaient pas, pleuraient et tout ça grâce à cette manager qui mériterait d’être surnommée « SATAN ».

Tous les ans il y a des points de compétences qui sont attribués sur une base de 40% du personnel, ce qui est déjà dégueulasse à la base. Mais un petit noyau composé de la manager (SATAN), sa collègue de bureau et la cadre-adjoint, qui sont amies, avait systématiquement les points tous les ans ou les deux ans. Même si les points sont censés être confidentiels, en novembre, mois de cette gratification, tout s’apprenait vite dans les bureaux.

En 2016, après encore deux démissions dans l’année et des larmes de jeunes collègues, je décide enfin de dénoncer ce qu’il en est avec la manager lors d’un entretien à ma cadre-adjoint. Mais la cadre-adjoint a juste minimisé les faits et surtout n’a rien restitué de la conversation dans mon dossier qui aurait pu être vu par la direction. Du coup, je me suis dis « vois plus haut » ! Un matin d’août 2016, je suis allée tout balancer à mon chef de service.

Il m’a écoutée et j’ai eu 15 jours d’arrêt pour m’en remettre. Mais rien n’avait changé : une autre collègue avait demandé sa mutation interne, et le harcèlement oral continuait toujours pour moi. Petite chose importante, les formations pour l’examen et l’obtention du diplôme ont un coût supplémentaire à chaque fois (environ 2500€) mais les continuelles embauches et formations suivies de démission n’inquiétaient personne.

Dans le service tout le monde se taisait, de peur d’être mal vu, et finalement à quoi bon ? Car le petit noyau dur avait le dernier mot et s’entendait très bien avec le chef de service. En résumé si les résultats sont là, les objectifs atteints, alors on ne fait rien…

De plus ils remplaçaient une personne sur 3 ! Eh oui, efficience oblige et restrictions budgétaires obligent : ce n’est pas parce qu’une personne a démissionné dans la ville X qu’elle sera remplacée dans la ville X. Non ! L’ensemble de ces embauches va là où il y a plus de besoin dans l’ensemble de la région (que je ne peux même pas citer tellement on est peu dans
cette institution !)

Mais mon problème c’est que je ne SUPPORTE PAS L’INJUSTICE.

En cet été 2019, après encore un entretien plein de reproches durant une heure trente alors que je suis un bon petit soldat, que j’aide mes collègues et que je maîtrise mon travail, mon cerveau a disjoncté et j’ai dit STOP. J’étais en mode robot dans mon travail pour me blinder durant tout ce temps, mais 14 ans après le corps lâche.

J’ai su que je ne reviendrais plus jamais dans ce service, que je ne subirais plus ces injustices : 3 jours après j’étais en congés et c’était fini avec ce boulot. Ah oui, petite précision, cela faisait 3 ans que j’étais sous médoc pour dormir entre larmes et angoisses du dimanche soir…

Mon médecin m’a soutenue. Je suis allée voir la médecine du travail pour tout dénoncer mais cette médecin là n’a rien fait pour moi. Pire, elle m’a fait pleurer et dit de chercher ailleurs. En parallèle, elle me parlait d’un courrier de mon employeur qu’elle avait reçu concernant une alerte du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) car sur mon lieu de travail et dans une autre ville, cela se passe mal. La médecin du travail pensait d’office que c’était moi qui avait fait l’alerte ! Je lui ai dit que je n’étais au courant de rien (c’est le cas, ça montre bien à quel point ça va mal dans ce service). Elle m’a alors dit de prendre contact avec ma direction et de demander un entretien. Je lui ai dit non et que le service GRH (gestion des ressources humaines) était déjà au courant de la situation (voir plus loin).

En fait, ce courrier d’alerte la faisait flipper plus qu’autre chose et elle ne voulait surtout pas s’en mêler. C’est juste tellement plus intéressant de mettre à longueur de journée « apte au travail » plutôt que de mettre les pieds dans le plat ! Je lui ai montré un courrier de mon médecin traitant demandant une étude de poste suite au harcèlement. Ah oui ! Elle a été faite l’étude de poste, en catimini avec la cadre adjointe, la médecin du travail et la manager qui ont minimisé les faits et n’ont surtout pas questionné le peu de personnel qu’il y avait dans le service ! On m’a rapportée en plus que la cadre adjoint était tout le temps avec la médecin du travail et répondait à la place des salariés !

J’ai appelé 2 semaines après la médecine du travail qui m’a dit que j’étais apte à travailler et que c’est moi qui prenait mal les choses et « que je devais m’adapter à la manager car elle restait encore 2 ans avant de partir en retraite » (retraite qu’elle pouvait déjà prendre normalement maintenant, mais quand la soupe est bonne, alors on reste…).

C’est donc comme cela que l’on est soutenu ! Ensuite, j’ai été convoquée dans le cadre de mon arrêt par un médecin conseil pour justifier un arrêt de 2 mois et demi ! Pendant 3/4 h et rebelote à tout redire et vivre ce cauchemar. Arrêt justifié au final (la bonne blague, je suis une épave).

En juillet, en parallèle, j’ai décidé de demander une rupture conventionnelle où je devais motiver ma demande (or ce n’est pas obligatoire). Convocation en août auprès du nouveau responsable ressources humaines, très “à l’écoute” pendant 1h30, pour me dire à la fin “Je refuse la demande de rupture conventionnelle car vous êtes un bon élément, vous travaillez bien, et je n’ai pas de reproche sur vous de votre cadre adjoint sur la restitution de votre entretien. C’est votre parole contre la sienne.”

Il m’annonce qu’il va interroger les personnes concernées et me recontactera… Et boum, voilà comme on est défendu ! Pire, il me dit de faire une confrontation dans le service avec la cadre adjoint, la manager, lui et moi ! Je croyais rêver !

En septembre (car oui on attend les délais maximum avant de convoquer et de donner réponse, ça sert à ça un responsable ressources humaines : à bien connaître la loi pour défendre l’employeur !), j’ai ma lettre de refus de rupture conventionnelle, car l’employeur n’est pas obligé de l’accepter. Fin septembre, j’écris au CHSCT une belle lettre de trois pages qui dénonce tout ce que moi et mes collègues vivons. Je n’ai plus rien à perdre.

Sauf que le CHSCT n’a des réunions qu’une fois par mois et je vous le dis tout de suite, rien a été fait à l’encontre de ces personnes qui, en janvier 2020, sont toujours à leur poste au chaud tranquille… et je n’ai aucune nouvelle de leur part.

Prolongation d’arrêt, et, en octobre, je rappelle les ressources humaines comme je n’ai pas de nouvelles. Accrochez-vous bien, il me répond “Ah mais je croyais que vous aviez repris le travail, vous êtes encore en arrêt ?”  C’est une blague ? Je dois rire ou pleurer ?! Je l’informe donc de mon arrêt et je veux savoir si les personnes concernées par tout ce merdier, qui ont fait démissionner tant de personnes, ont été interrogées. Sa réponse : “Ah non ! Car il y a une alerte au CHSCT et qu’on attend la fin de la procédure”. Il essaie de me faire parler pour que je lui donne des noms, pour savoir qui avait fait cette première alerte au CHSCT. Je n’y croyais pas !

Le responsable ressources humaines n’était pas encore au courant de la deuxième alerte, que moi je venais de lancer. Je lui ai dit que je reviendrais uniquement si la manager et la cadre adjoint partaient du service, et il m’a répondu qu’elles resteraient.

Je lui ai fait part de ma deuxième demande de rupture conventionnelle. Mais celle-ci avait encore été refusée, directement sans me convoquer. J’ai compris à ce moment qu’il fallait que je parte, que rien ne bougerait ni de la médecine du travail, ni du GRH. Si on est pas content, alors on démissionne !

J’ai démissionné le 1er décembre. J’ai aujourd’hui un CDD de dix mois à 48 ans ! Une semaine après, j’ai reçu un courrier comme quoi je ne bénéficierais plus de la mutuelle complémentaire à compter du 2 décembre, ni de la prévoyance. Je dois également signer un courrier de confidentialité sur mon expérience professionnelle et mon prochain salaire me sera versé avec les papiers de rupture si ces documents sont fournis. Il faut savoir que maintenant, le CHSCT aura moins d’heures pour défendre le personnel. Déjà que jusqu’à maintenant, il n’avait servi à rien à part faire des réunions mensuelles… Nous sommes dans un système « hâtons nous lentement »

Fin de l’histoire ! Battez vous pour vos droits, ne lâchez rien et partez directement si un boulot vous martyrise.

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