Sur la grève de la RATP



Les agents de la RATP, le réseau de transports parisien, ont été parmi les plus combattifs dans la grève de décembre et janvier contre la réforme des retraites. Tous les jours pendant plus d’un mois, des milliers d’entre eux, voire beaucoup plus pendant les plus grosses journées, se sont mis en grève, perdant leur salaire pour défendre nos droits.

A la RATP, ce mouvement a commencé bien avant le 5 décembre, puisque les transports parisiens étaient en grève massive, mais isolée, le 13 septembre 2019. Les agents de la RATP, suivie par la CGT, FO, la FSU et Solidaires, appellent à une journée de mobilisation, et à une grève générale reconductible, le 5 décembre, pour se donner du temps et éviter d’être à nouveau les seuls à faire grève.

Pendant plusieurs mois, les plus mobilisés d’entre eux convainquent un à un leurs collègues de se mettre en grève, même si la plupart, surtout parmi les plus jeunes, dont c’est le premier mouvement de grève, étaient très motivés et n’attendaient qu’une attaque de la bourgeoisie pour y répondre.

Le jour J, presque tous les bus et les métros ne circulent pas, et les manifestations réunissent plus d’un million de personnes. Les semaines qui suivent, la mobilisation continue, et des centaines de gens viennent tous les jours soutenir les grévistes et bloquer les dépôts de bus, chose que les agents de la RATP ne peuvent pas faire sous peine de perdre le travail. Les pertes que la grève et les blocages ont infligées à la bourgeoisie ont été estimées à 400 millions d’euros sur environ un mois et demi !

Evidemment, celle-ci ne s’est pas laissé faire : des dizaines de grévistes sont passés en commission disciplinaire, d’autres sont en cours, et même si la grève est finie, les agents de la RATP mobilisés sont présents en nombre aux rassemblements pour soutenir leurs collègues. Mais ils ne risquaient pas que des sanctions internes : devant les dépôts bloqués, et principalement en banlieue, la police arrivait pour débloquer, souvent violemment, et arrêter les grévistes et leurs soutiens, dont certains vont passer en procès prochainement. Elle n’a pas hésité à remplir jusqu’au bout son rôle de chien de garde de la bourgeoisie en utilisant toutes ses armes sur les manifestants : matraques, gaz lacrymogènes, grenades, flashballs…

Malheureusement, malgré l’héroïsme des agents de la RATP, la grève est terminée, à cause d’un certain nombre de problèmes et d’erreurs dans la mobilisation. Pour commencer, le prolétariat n’a pas été uni dans cette mobilisation, et est retombé dans l’erreur classique de la division par secteurs, dont certains ont commencé à se mobiliser quand d’autres s’étaient épuisés : agents de la RATP, cheminots, éboueurs… Certains chantres de la « convergence des luttes » ajoutaient même dans cette liste de secteurs les Gilets Jaunes ! Cette division vient de la tradition syndicaliste en France, qui confine les luttes au terrain économique, et classe donc le prolétariat par le secteur dans lequel il travaille.

Cela arrange bien les centrales syndicales, qui ont elles aussi participé à la défaite du mouvement, en appelant d’abord à des journées d’action espacées les unes des autres, ce qui a fait retomber la mobilisation dans le schéma habituel des grèves perlées. Pourtant, les grévistes étaient prêts à enchaîner les blocages et les manifestations, des fois sans attendre l’autorisation des centrales, par exemple à la manifestation du 28 décembre, organisée sur un samedi de Gilets Jaunes par la base du mouvement, qui refusait d’attendre plus de 3 semaines entre la journée de mobilisation du 17 décembre et celle du 9 janvier.

Plus tard dans le mouvement, alors que beaucoup de grévistes commençaient à fatiguer, et que la base préparait une journée de mobilisation le 15 janvier, les directions syndicales en ont imposées deux autres, le 14 et le 16 janvier, alors qu’il était trop tard pour déposer un préavis de grève pour le 14 janvier ! Cela montre bien le degré de déconnexion des centrales syndicales des travailleurs qu’ils sont censés représenter !

Enfin, la grève ne suffit pas : de nombreux travailleurs, surtout dans le secteur privé, ne peuvent pas la faire, parce qu’ils risquent d’être renvoyés, ou de ne pas retrouver de travail à la fin de leur CDD ou de leur contrat d’intérim. De plus, beaucoup de gens n’ont pas de travail, et ne peuvent donc pas arrêter de travailler. Ceux qui ne peuvent pas faire grève peuvent toujours soutenir la mobilisation en participant aux actions ou en donnant aux caisses de grève, mais ça ne suffit pas ! On ne peut plus se permettre de rester dans une posture de soutien, on ne peut plus se permettre de lutter pour le retrait de telle ou telle réforme alors que les masses sont toujours plus opprimées par la bourgeoisie ! Il faut aller au-delà, la réforme des retraites s’inscrit dans un système capitaliste tout entier qu’il faut abattre par la révolution !

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