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A propos du Coronavirus : analyse de la crise

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Une première analyse de la crise en cours a été publiée par le Parti Communiste maoïste. Nous la partageons ici avant de futurs articles :

“Depuis plusieurs semaines, l’Etat français et le monde vivent une crise d’ampleur. Cette crise a plusieurs aspects liés les uns aux autres : c’est une crise à la fois sanitaire, politique, financière et économique. C’est donc une crise générale que nous traversons.

Celle-ci a atteint un tel niveau que le confinement a été déclaré par décret dans l’Etat français tout entier le 17 mars 2020. Le couvre-feu a été mentionné mais n’est pas encore à l’ordre du jour. Une telle mesure, si elle venait à être prise, n’aurait pas été vue depuis la révolution algérienne où le couvre-feu avait lieu en Algérie occupée, mais aussi en métropole pour les algériens. L’année dernière, des couvre-feux avaient eu lieu à La Réunion pendant le mouvement des Gilets Jaunes.

Une crise sanitaire majeure

Le coronavirus, ou COVID-19, est un virus qui, depuis décembre 2019, s’est répandu dans le monde entier depuis la Chine. Selon les informations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il toucherait actuellement plus de 146 pays, c’est-à-dire la grande majorité du globe. Dans ce contexte, le COVID-19 est désormais considéré comme une pandémie. Aucun remède n’existe pour le moment, mais dans la majorité des cas, les malades se rétablissent.

Ce virus est un danger pour les personnes présentant des problèmes de santé et ayant plus de 50 ans. Son taux de mortalité général est faible, même s’il est plus élevé que la grippe saisonnière qui contamine de la même manière, mais il se concentre sur des populations très précises : personnes âgées et malades. Sur ces catégories de population, il peut s’avérer foudroyant et entraîner la mort, comme pour plus de 7500 personnes à l’heure actuelle.

Selon les CHU, le virus a déjà infecté une grande partie de la population de l’Etat français (entre 35% et 50%, variable selon les régions), mais il n’y a souvent aucun symptôme (70% des cas). C’est cette absence de symptômes et la lenteur pour en développer qui entraîne la crise sanitaire : des porteurs sains du virus infectent des personnes vulnérables en masse dans les déplacements quotidiens et cela entraîne des maladies graves.

Cette crise sanitaire touche le monde entier. Mais dans l’Etat français, elle intervient en plein cœur d’un mouvement prolongé des hôpitaux, déjà surmobilisés en temps normal. Le personnel et les lits manquent déjà pour les tâches ordinaires : comment faire face à l’afflux de nouveaux patients avec le COVID-19 ? D’ores et déjà, de nombreuses soignantes et soignants ont été réquisitionnés pour travailler toujours plus. Les lits dont les hôpitaux auraient cruellement besoin ont été supprimés par toutes les réformes successives des gouvernements à la tête de l’Etat bourgeois, qui ont bradé la santé. Dans plusieurs hôpitaux, les stocks de masques, gel hydroalcoolique et autres matériels essentiels ont déjà été liquidés. Des lits ont été réquisitionnés pour les réanimations, mais trop peu. De leur côté, plus d’un mois après le début de la crise, des cliniques privées continuent leur activité comme si de rien n’était.

La crise politique encore renforcée

Par ailleurs, depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes en novembre 2018, une crise politique secoue l’Etat français. Ce mouvement sans précédent a fait trembler la machine jusqu’au sommet de l’Etat. Le rôle du gouvernement (être au service de la bourgeoisie) et de ses forces de répression (police et justice) est apparu clairement aux yeux du plus grand nombre : préserver le système tel quel, et même pousser toujours plus fort l’exploitation des travailleurs et travailleuses, en dégradant toujours plus les conditions de vie des masses populaires. Le gouvernement tout entier, incarné en particulier par Macron, est détesté, mis a mal par la colère et la mobilisation populaire.

Il fallait alors que ce gouvernement tape fort et réaffirme son autorité loin d’être “naturelle”. C’est ainsi que Macron déclarait l’état de guerre contre le virus du COVID-19 et appelait à l’union nationale dans son allocution du lundi 16 mars 2020. Comme si la situation était la même pour tout le monde et que tout le monde partageait les mêmes intérêts. On voit bien que les conséquences ne sont pas les mêmes pour tout le monde : on sait déjà qui va en souffrir le plus, les plus pauvres et les plus isolés (ce qui lié est dans l’immense majorité des cas). L’Histoire nous l’a montré à plusieurs reprises : les guerres ou autres “circonstances exceptionnelles” n’ont jamais mis fin à la lutte de classe. Il en va de même pour ce confinement dont Macron n’a même pas osé prononcer le nom.

La guerre que le gouvernement mène en réalité n’est pas la guerre contre le COVID619 : cette guerre, ce sont les travailleurs et travailleuses de la santé, des usines pharmaceutiques, etc. qui la mènent. Non, la guerre que mène réellement ce gouvernement, c’est la guerre de la bourgeoisie contre la classe ouvrière. Et il faut avoir à l’esprit que toutes les mesures “exceptionnelles” de répression et de contrôle de la population prises par le gouvernement pourront trouver leur chemin dans le droit commun une fois le pic de la crise passé : c’était déjà le cas pour l’état d’urgence.

C’est la contradiction qui va tendre à se développer et qui met en avant la contradiction interne de la bourgeoisie au pouvoir : les plus grandes libertés pour le business, la plus grande fermeté contre les masses populaires et la classe ouvrière. En temps de guerre, cette tendance de la bourgeoisie est exacerbée, c’est la tendance au fascisme. Et lundi 16 mars, Macron a répété 6 fois qu’il était en guerre.

La guerre des masses est totalement différente car c’est par ingéniosité, solidarité, entraide qu’elles vaincront le virus du COVID-19. Mais surtout, parce que leur véritable ennemi, leur véritable cible est celui qui utilise le virus du COVID-19 pour maintenir et approfondir l’exploitation en prétendant lutter contre. Et cette guerre-là ne sera pas finie tant que resteront au pouvoir celles et ceux qui maintiennent le système en place.

Le gouvernement de Macron, a la tête de l’Etat bourgeois, a-t-il pris au sérieux le COVID-19 ? On se rappelle qu’avant de dire aux masses d’arrêter de sortir dans les parcs, 10 jours avant le confinement, le couple Macron était allé au théâtre comme si de rien n’était. Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, balance aujourd’hui qu’elle savait dés février que le COVID-19 serait « un tsunami devant nous » ! Et pourtant, rien n’a été fait. Les mesures sanitaires ont pris des mesures surdimensionnées en moins d’une semaine alors qu’auparavant, on nous disait de ne pas nous inquiéter.

Quelle hypocrisie ! Edouard Philippe, le premier ministre, dénonçait vendredi 13 les sorties au parc, au restaurant ou au bar. Pourtant, deux jours après, il encourageait tout le monde à aller voter ! Ce gouvernement ne dit que ce qui l’arrange : être au parc à l’air libre est un risque mortel, mais voter dans un isoloir utilisé par tout le quartier est sans aucun risque !

Voter et bosser : voilà à quoi l’Etat bourgeois nous réduit. Et désormais que le confinement est déclaré, seulement bosser. A distance pour ceux pour lesquels c’est possible, oui, mais pour les autres ? Eh bien les usines, centre d’appels et entrepôts restent souvent ouverts : c’est le cas d’Amazon par exemple. Malgré les risques et les mesures sanitaires quasi nulles (des paires de gants au mieux), la classe ouvrière doit continuer à faire tourner la société toute entière.

Et pour les travailleuses et travailleurs de la santé, le gouvernement n’arrange rien. En les réquisitionnant sans embaucher et sans former, en leur donnant en plus de nouvelles missions (fabriquer les gels hydroalcooliques et les masques) en plus du travail habituel, le gouvernement envoie au casse-pipe toutes les personnes déjà au bout du rouleau dans ce secteur.

Voilà la situation dans l’Etat français : la crise sanitaire a renforcé et révélé la crise politique qui faisait déjà rage depuis plusieurs mois. Les masses sont en première ligne, particulièrement la classe ouvrière qui est mobilisée la plus durement dans certains secteurs (distribution, entretien, santé, centres d’appels informatiques et internet…).

La crise générale de l’impérialisme dans le monde entier

Mais cette crise ne touche pas seulement l’Etat français, elle met à mal l’ensemble du système impérialiste mondial. Elle est le symptôme de contradictions plus profondes.

On dit souvent d’une chose que c’est l’arbre qui cache la forêt. Cela est particulièrement vrai avec la crise financière déclenchée par le virus du COVID-19. Tout comme la crise des subprimes avait été le déclencheur de la crise de 2008, la crise du COVID-19 est le déclencheur de la crise financière de 2020 qui prend ses racines d’une part dans la crise de la dette (spéculation sur les profits grâce aux taux de crédit très bas) et d’autre part sur la baisse du prix du pétrole. Les bulles éclatent toutes en même temps et ça fait mal. Les marchés piquent du nez sur tous les continents (volet financier), et au niveau de l’économie, les productions de tous les secteurs sont durement impactées.

Tous les capitalistes espèrent être sauvés encore une fois par l’argent public comme en 2008. Sauf que cette fois, ça n’est pas aussi facile. Une crise économique est donc en train de se développer sous nos yeux et les répercussions sur les conditions de vie des masses vont être grandes : licenciements (déjà annoncés par certaines compagnies), perte de pouvoir d’achat, endettement, etc.

Plusieurs contradictions vont s’accentuer dans le déroulement de cette crise :La contradiction entre pays impérialistes et pays opprimés : non seulement les pays impérialistes vont porter la responsabilité des milliers de morts à venir lorsque le virus du COVID-19 va se répandre dans des pays avec faible infrastructure de santé – par leur rôle dans le maintien en sous-développement de ces pays pour mieux en piller les richesses ; mais en plus, le pillage de ces pays va s’accentuer puisque c’est un autre levier que les impérialistes utilisent afin de garantir un taux de profit le plus élevé possible et éventuellement “calmer la grogne à la maison” en redistribuant quelques miettes du pillage généralisé.

Dans tous les pays mais plus précisément au sein des pays impérialistes comme l’Etat français, la contradiction entre prolétariat et bourgeoisie. Pour certains capitalistes comme Amazon, cette crise est une grosse affaire, qui va permettre de développer de nouveaux monopoles. Comme à la suite de la crise économique de 2008, les lois Travail, “réforme” des retraites, et autres attaques contre les droits des prolétaires vont s’accentuer et s’accélérer afin de garantir un taux de profit le plus élevé possible aux capitalistes.

Entre les impérialistes eux-mêmes, cette situation va développer la tendance guerrière de l’impérialisme à l’extérieur (en addition à la tendance au fascisme à l’intérieur). Les premiers témoins sont là : fermetures des frontières, refus de l’aide chinoise, attaques financières liées au coût du pétrole, chantage aux migrants, etc. Trump, chef de file de l’impérialisme US, a quant à lui déjà qualifié le COVID-19 de « virus chinois », rajoutant de l’huile sur le feu dans la lutte entre l’impérialisme américain et le social-impérialisme chinois.

Cette crise remet en cause le cadre général de la société capitaliste

Cette crise remet au centre la classe ouvrière et le prolétariat. On voit bien que sans travailleurs et travailleuses dans la production, rien ne tourne. Même en « chômage partiel », les pressions sont nombreuses pour travailler d’une manière ou d’une autre. C’est bien le prolétariat, et plus précisément des secteurs entiers de la classe ouvrière, qui sont au front de la lutte contre le virus du COVID-19, pas le gouvernement et ses ministres.

Mais surtout, il apparait de manière limpide que le système actuel ne produit que crises, guerres, famines, épidémies, misère et qu’on ne peut plus laisser faire. Ce que démontre cette crise, avec ces mesures “exceptionnelles”, c’est qu’en fait tout change et peut changer, qu’il n’y a rien d’immuable. Nous pouvons transformer cette société !

Le défi devant nous est de poursuivre le chemin sur la voie révolutionnaire, et en particulier dans ces circonstances toutes particulières. La tâche immédiate et journalière est de construire la solidarité au sein de la classe, en apportant notre aide et en s’organisant avec nos voisins, voisines si nous sommes confinés totalement. Si nous continuons de travailler d’une manière ou d’une autre, alors il faut commencer à organiser la lutte à l’image des grèves qui se développent partout en Italie et qui ont déjà commencé ici aussi pour faire fermer les sites. Apportons notre soutien à celles et ceux qui, dans la santé, font face à la pandémie et à des cadences intenables décidées par ce gouvernement rapiat.

Profitons également de cette période de déplacements restreints pour nous former et approfondir notre compréhension de l’idéologie et des lignes politiques (voir bibiliomarxiste.net et causedupeuple.info, notamment).

Pour nous, la crise n’est pas subie : elle est prise en compte comme un facteur supplémentaire que nous devons maîtriser pour avancer sur la voie révolutionnaire. Pour cela, la méthode est toujours la même : avoir confiance dans le potentiel révolutionnaire des masses et leur créativité. Nous avançons de manière disciplinée et en respectant la sécurité nécessaire pour nous lier partout avec les larges masses.

Transformons le négatif en positif !

Développons le potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière et des masses populaires dans les conditions difficiles !

La véritable guerre à mener, c’est contre la bourgeoisie et son Etat !

Parti Communiste maoïste, 17/03/20

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