La double peine des banlieues populaires



Servir la population, faire respecter le confinement pour le bien de tous : voilà le rôle de la police. Sans eux, la population ne respecte pas, sort, en particulier dans les quartiers populaires. Vraiment ? Pourtant, les témoignages insupportables se multiplient : Sofiane, ouvrier chez Amazon, est tabassé par les flics parce qu’il à oublié son attestation – et qu’il s’enfuit, sachant les emmerdes qui l’attendent. On a aussi le témoignage sur-réaliste d’Houssam, informaticien à la santé publique, qui perd 7 points, prend des amende de plusieurs centaines d’euros et se fait insulter, pour le simple fait d’être arabe dans un quartier populaire. Ramatoulaye, elle, est tazée pour avoir ammené son bébé aux courses. Et ce ne sont que quelques exemples, les témoignages affluent depuis les banlieues, jusqu’à nos lecteurs qui peuvent les voir depuis la fenêtre – ou les subir.

Depuis le début du confinement, voilà le discours des médias et des portes parole des flics : dans les quartiers, le confinement est mal respecté. En Seine Saint Denis par exemple, la mortalité aurait augmenté de 63%. Mais pourquoi ?

Il y à plusieurs réponses à ça. D’abord, le pourcentage de population ouvrière ou employée est plus importante. Les quartiers populaires sont les quartiers où vie la classe ouvrière. Pour Paris, c’est de Seine-Saint-Denis et de la ceinture populaire que viennent les machinistes de la RATP, les aides soignants et infirmiers, les caissiers, manutentionnaires… Les ouvriers d’Amazone et les livreurs de Deliveroo sont concentrés dans ces quartiers. On trouve moins de supermarché, une plus grande concentration d’habitants, dans des conditions souvent insalubres.

Alors, le confinement n’est pas le même, quand les deux parents ont un métier « essentiel à la nation » et sortent tous les matins pour aller bosser – parents à qui on peut ajouter, parfois, un proche, un enfant, qui bosse aussi : les loyers sont très élevés et 56% des 15-29 ans vivent encore chez leurs parents. La défiance de la police et de l’Etat est forte ; alors, si la moitié du foyer n’est pas confiné et se met parfois en danger, sans protections, au travail, pourquoi l’autre moitié le respecterait-il ? Sans compter l’aspect parfois insuportable d’un confinement dans un logement trop petit, surpeuplé, humide ou mal chauffé… Il faudrait rajouter à ça le nombre de travailleurs sans domicile fixe – immigrés ou non, venus chercher du travail et vivotant chez un proche – et les foyers, véritables prisons en période de confinement.

Le confinement est-il moins respecté à Aubervilliers ou à Saint Denis qu’à Neuilly ou autour du Luxembourg ? Il faudrait des chiffres précis pour le savoir. Ce que l’on sait, c’est que, quand il n’est pas respecté, la réaction policière y est fondamentalement différente. Voilà ce que dit Fik’s Niavo, rappeur des Ulis, à Bondy Blog dans une interview :

Cette répression violente est-elle spécifique aux banlieues ?

Maintenant que j’habite Paris intra-muros, je peux vous le dire. Quand je prends l’air sur mon balcon, je constate qu’ici aussi le confinement n’est pas toujours hyper respecté.  Pourtant, dans la capitale, il n’y a pas de coups, pas d’insultes envers les habitants. Les gardiens de la paix font preuve de civisme et de respect, ils sont dans le dialogue.

En banlieue, les mesures de confinement ne sont pas respectées à la lettre, certes, mais les gens se font immédiatement tabasser. On voit des agents assermentés, qui pour certains craquent par manque de moyens, de matériel [sic] …. Plutôt que de régler ça avec leur ministre de tutelle, ils se vengent sur nos quartiers qu’ils confondent avec des camps d’entraînement à ciel ouvert.

Dans des quartiers où beaucoup de gens ne parlent pas ou mal Français, où le rapport à l’écriture est compliqué et où l’accès à internet ou à une imprimante est plus rare qu’ailleurs, les attestations peuvent poser des problèmes de compréhension, même pour des gens qui respectent scrupuleusement les règles.

Les quartiers populaires sont doublement punis : d’abord, le rapport au confinement n’est pas le même. La police est beaucoup plus violente et répressive, le confinement est beaucoup plus difficille et beaucoup moins protecteur. Mais il faut aussi compter sur un système de santé moins efficace qu’ailleurs.

Quand on est obligé de “trier” les patients à sauver ou à abandonner, le nombre de lits disponible est un élément majeur. La Seine-Saint-Denis ne possède que 42 lits de réanimation pour 100 000 habitants, contre 77 en moyenne sur le territoire – soit 45% de moins. 45% de personnes en plus à mettre à la porte des hopitaux. Un chiffre à mettre en parallèle avec les 63% de sur-mortalité constaté dans le département depuis le début de l’épidémie.

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