Pologne : le gouvernement réactionnaire attaque le droit à l’avortement



Alors que la Pologne a déjà une des réglementations les plus restrictives d’Europe sur le droit à l’IVG, le gouvernement réactionnaire de Mateusz Jakub Morawiecki souhaite encore plus restreindre l’accès à l’avortement en supprimant la malformation grave de l’embryon des motifs légaux permettant d’interrompre une grossesse.

Alors que les femmes sont déjà parmi les premières victimes du confinement partout à travers le Monde du fait de la précarité et des violences conjugales qu’elles subissent, en Pologne, le gouvernement enfonce le clou en s’attaquant à un droit fondamental de toute femme, celui de choisir si elle souhaite ou non enfanter.

Un long combat des femmes polonaises pour le droit à l’IVG

Alors que l’avortement était légal et gratuit en Pologne jusqu’à la chute de l’URSS, une loi de 1993 est venue modifier cela, restreignant le droit à l’IVG uniquement aux cas dans de viol, de risque pour la santé de la mère ou de malformation du fœtus.

En 2016, le parti Droit et Justice (PiS) a essayé de totalement interdire le recours à l’IVG, y compris dans les trois cas cités plus haut. Cela a déclenché d’importantes manifestations, et le 3 octobre 2016, une grande journée de grève des femmes a poussé le gouvernement à retirer son projet.

3 Octobre 2016 : des milliers de femmes défilent partout en Pologne pour le droit à l’avortement !

Le gouvernement est revenu à la charge en 2018 avec cette fois un projet de loi visant à supprimer la malformation du fœtus des situations ouvrant le droit à une interruption volontaire de grossesse, or, 90 à 95% des avortements légaux en Pologne ont lieu pour cette raison. La supprimer des motifs légaux de recours à l’IVG revient donc presque à interdire totalement l’avortement. Cette nouvelle tentative du gouvernement polonais d’attaquer les droits des femmes a entraîné des manifestations, certes de moindre ampleur que celles de 2016, mais poussant néanmoins une fois de plus le gouvernement à abandonner son projet.

En 2018, les femmes polonaises défilent à nouveau pour le droit à l’IVG !

Depuis 2018, la situation semblait figée. Le gouvernement réactionnaire polonais profite donc aujourd’hui de la crise du Covid-19 pour relancer un projet de restriction du droit à l’avortement.

L’IVG, un enjeu de santé publique et une question de classe

En Pologne, tout semble mettre des bâtons dans les roues des femmes qui ne souhaitent pas avoir d’enfants. En effet, depuis 2015, les gynécologues qui ne pratiquent pas l’IVG n’ont plus pour obligation de renvoyer les patientes vers un confrère le pratiquant, et depuis 2017 la pilule du lendemain n’est accessible dans le pays que sous prescription médicale. Des mouvements réactionnaires manifestent également régulièrement devant les cliniques pratiquant l’avortement dans le but infâme de culpabiliser les femmes qui souhaitent interrompre leur grossesse.

Dans un pays comme la Pologne où le droit à l’IVG est très restreint, le combat pour sa légalisation totale n’est pas seulement un combat pour le droit inaliénable des femmes à décider si elles souhaitent ou non enfanter, c’est également un enjeu de santé publique. En effet, alors que seulement 1100 avortement légaux ont lieu chaque année en Pologne, dans le même temps, selon les associations, 150 000 femmes ont recours à des IVG clandestins, souvent de mauvaises conditions sanitaires. Ces dernières années, le cintre est devenu le symbole universel de la lutte pour le droit à l’avortement, et pour cause, chaque jour dans le Monde de nombreuses femmes utilisent cet objet pour avorter, à défaut de pouvoir le faire légalement dans de bonnes conditions, et chaque jour, certaines de ces femmes meurent.

Le cintre, symbole universel de la lutte pour le droit à l’avortement.

Bien-sûr, en Pologne comme dans tous les pays où l’IVG n’est pas libre et gratuit, les femmes ne sont pas toutes égales face au droit à l’avortement. En effet, la lutte pour le droit à l’IVG n’est pas seulement une lutte pour les droits des femmes, c’est également une lutte de classe. Quand les bourgeoises polonaises peuvent se permettre financièrement d’aller à l’étranger pour avorter, les prolétaires, elles, sont généralement contraintes soit de recourir à un IVG clandestin, soit de garder un enfant qu’elles n’ont pourtant bien souvent pas les moyens d’assumer.

En Pologne comme ailleurs, la lutte pour le droit à l’IVG est encore et toujours une lutte d’actualité, car, comme le disait Simone De Beauvoir « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

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