Amazon : lock out contre la décision judiciaire

Amazon : lock out contre la décision judiciaire

Le lundi 13 avril, le tribunal judiciaire de Nanterre a ordonné à Amazon de restreindre son activité sur le territoire de l’État français aux seuls produits essentiels. Le tribunal avait été saisi par le syndicat Sud qui souhaitait une fermeture totale de tous les sites de l’entreprise. Le mercredi 15 avril, Amazon a annoncé la fermeture pour cinq jour minimum de ses six sites situés sur le territoire de l’État français afin, selon la direction de l’entreprise « d’évaluer les risques sanitaires pour ses salariés ».

Plusieurs semaines de lutte entre direction et salariés

La situation actuelle fait suite à plusieurs semaines de lutte entre les salariés des entrepôts d’Amazon et la direction de la branche français du géant états-unien de la livraison. En effet, si l’entreprise affirme qu’elle protège bien ses salariés contre le coronavirus, ces derniers ne sont pas de cet avis. Contacté par La Cause du Peuple, Léo (le prénom a été modifié), qui a travaillé en intérim dans l’entrepôt Amazon d’Aubervilliers nous a confirmé qu’avant la fermeture temporaire des sites de l’entreprise, rien n’était fait par la direction d’Amazon pour limiter la propagation du virus : « il n’y avait pas de savon dans la plupart des toilettes et les gants distribués en trop petite quantité n’étaient même pas portés par tout le monde, rien n’était fait pour assurer les distances de sécurité. D’une manière générale le travail consiste à toucher pendant plusieurs heures des cartons venant de tous les endroits possibles et bien entendu sans aucune hygiène. Travailler n’y était absolument pas sûr et cela ne trompait même pas les cadres puisque peu de temps après le début du confinement ils ont engagé des intérimaires juste pour faire respecter les distances de sécurité, bien sûr uniquement pour faire bonne figure, car cela ne faisait que mettre encore plus de personnes en danger ».

Face à cette situation, les salariés d’Amazon ne se sont pas laissé faire et ont donc protesté face au manque de protection. Interrogé par La Cause du Peuple sur la nature de ces protestations, voilà la réponse de Léo : « Il y a eu des protestations très importantes dès les premiers jours, notamment une moquerie générale du caractère soi-disant essentiel des produits que nous trions. Les droits de retrait ont été invoqués assez rapidement, puis l’action syndicale a pris la suite avec la CGT et SUD. C’est entièrement du fait de ce mouvement et des alertes lancées par les syndicats, et non suite la décision judiciaire, qu’Amazon a décidé de fermer ! ».

18 mars 2020 : les employés du dépôt Amazon de Saran (près d’Orléans) se mettent en grève !

Selon Amazon, tout est de la faute des syndicalistes !

Sur Twitter, Amazon a réagi et annoncé faire appel de la décision. Dans une série de tweets accusateurs, l’entreprise s’en est surtout prise aux syndicalistes en sous-entendant que ces derniers seraient les responsables des conséquences économiques induites par la fermeture des entrepôts Amazon et les restrictions d’activité de l’entreprise. Vous refusez de travailler dans des conditions qui mettent en danger votre santé ? Eh bien vous serez considéré comme responsable de la crise économique, voilà la logique de la direction d’Amazon.

Sur Twitter, Amazon tient les syndicalistes pour responsables des conséquences économiques du Covid-19 !

Au delà des traditionnels poncifs anti syndicalisme, cette série de tweets d’Amazon illustre bien une réalité du capitalisme monopoliste : les petites entreprises sont dépendantes des grandes et les multinationales ont tellement de pouvoir, tellement de puissance, qu’une simple restriction de leur activité a un impact énorme sur tout le fonctionnement de l’économie. Ainsi, en parlant des conséquences de la mise à l’arrêt de ses activités sur les TPE et PME, Amazon démontre clairement que dans le système capitaliste-impérialiste contemporain, la libre concurrence n’existe pas, les grandes entreprises écrasent les petites, et cet état de fait est une réalité universelle aux quatre coins du globe. Ainsi, comme nous le dit Léo, la décision d’Amazon de mettre à l’arrêt les entrepôts plutôt que de restreindre l’activité comme demandé par la justice relève de calculs cyniques : « c’est Amazon qui a décidé de tout fermer plutôt que de se cantonner à l’essentiel, cela permet de faire pression sur les intérimaires et les salariés et d’accuser les syndicats. »

2 thoughts on “Amazon : lock out contre la décision judiciaire

  1. La seule solution est de ne plus consommer que le strict nécessaire comme l’a fait un pays de l’est pourinverser le rapport de force car il est i utile d’espérer quoi que ce soit des politiciens du monde entier pour la plupart vendus au système .

    1. Salut camarade,

      la production définit la consommation. Comment définir le nécessaire, lorsqu’il faut payer sa voiture pour aller bosser, parce que la production impose la consommation de voitures ?

      Il faudrait, selon toi, des sortes de “ZAD partout” ? Mais nous ne pourrions plus produire les biens nécessaires en nombre suffisant avec de la petite agriculture et de la petite production artisanale, du petit capitalisme avec deux siècles de retard. Le seul moyen, ce serait bel et bien une révolution, une reprise en main de la production par les masses populaires.

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