Depuis l’accord USA-Talibans : La redivison impérialiste de l’Asie du Sud – Partie 1

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Cet article sera publié en trois parties. Il s’agit d’un document essentiel pour comprendre la situation en Asie du Sud, où, par ailleurs, se développent de grand mouvements révolutionnaires. Bonne lecture !

Le 29 février 2020, les États-Unis ont réussi à signer un accord de paix conditionnel avec les Talibans qui permettrait aux Étas-Unis de retirer leurs soldats et mercenaires du pays tout en essayant de ne pas laisser l’Afghanistan tomber dans les mains de ses concurrents impérialistes. Pourtant, l’accord est seulement entre les États-Unis et les Talibans et il reste encore à réaliser un accord « intra-Afghan » entre le régime de Ghani à Kaboul et les Talibans. Puisque l’immense majorité de cette guerre se déroule entre l’armée Afghane et les Talibans, peu a changé sur le terrain avec le nouvel accord. Les États-Unis ont même redémarré les frappes aériennes en soutien de l’armée. De plus, Abdullah Abdullah continue à contester les résultats de l’élection présidentielle récente et a formé son propre gouvernement en réponse. La prochaine étape des négociations entre le régime et les Talibans est déjà enlisée à cause de la réticence du régime de Ghani à libérer des prisonniers Talibans en respect de l’accord, mais quel que soit le résultat, il suivra une intensification du conflit dans le pays.

Pour résumer, les éléments essentiels de l’accord sont les suivants :

– Retrait de touts soldats étrangers dans le pays (incluant les mercenaires et soldats de pays alliés aux États-Unis) dans les 14 mois.

– Les Talibans n’acceuilleraient aucun groupe terroriste hostile envers les États-Unis, y compris l’offre de refuge légal (visas, passports, etc.)

– Les deux premiers éléments sont dépendants l’un de l’autre ; l’un n’aura pas lieu sans l’autre.

– Les Talibans doivent mettre en oeuvre un cessez-le-feu permanent avec le régime Afghan pour débuter les négociations « intra-Afghans ».

– En tant que mesure de confiance pour démarrer les négociations « intra-Afghans », le régime de Kaboul doit libérer 5000 prisonniers en échange de 1000 prisonniers détenus par les Talibans.

– Révision de toutes sanctions étatsuniennes contre les Talibans avec le but de les lever.

– Reviser les listes des personnes recherchées contre les militants Talibans avec le but de les enlever des listes.

Depuis les premières phases de cette guerre de bientôt 20 ans, les gouvernements de Ghani et de son prédecesseur Karzai ont tenté à plusieurs reprises de mettre en place un accord de paix avec les Talibans, mais les États-Unis ne se sont pas engagés avant l’arrivée du President Trump. La faillite et le gaspillage de la guerre et la nécéssité de sortir les troupes de l’Afghanistan était un point essentiel de la rhétorique « America First » de la campagne éléctorale de Trump. Pourtant, cet accord avec les Talibans arrive vers la fin du premier mandat présidentiel de Trump. Bien que le moment choisi sert bien la prochaine campagne électorale de Trump, les raisons pour l’évolution de cette longue guerre sont beaucoup plus profondes et datent de bien avant l’invasion impérialiste étatsunienne en 2001. Depuis plus que deux ans il se passe dans la région un changement de stratégie des grandes puissances impérialistes et ce dernier accord est un évènement clé dans cette transformation. Les acteurs principaux sont la Chine, la Russie et bien évidemment les États-Unis. Ces grandes puissances impérialistes sont entrain de rediviser l’Asie du Sud en impliquant l’Inde, le Pakistan et l’Iran dans leur intérêt pour contrôler l’Afghanistan.

Il devient de plus en plus important de contrôler l’Afghanistan pour deux raisons : premièrement, l’importance géostratégique du pays, et deuxièmement, ses réserves énormes de resources inexploitées. L’histoire moderne de l’Afghanistan est une histoire de lutte contre la domination impérialiste sans arrêt. L’Afghanistan est un des rares pays non-impérialistes à ne jamais avoir été colonisé avec succès. Pendant le 19ième siècle et le début du 20ième siècle, les peuples de l’Afghanistan ont humiliés par les armées britanniques et n’ont jamais permis l’empire Russe à prendre le contrôler non plus. Entre 1919 et 1929, le roi Amanullah, inspiré par l’occident, a essayé brusquement de séculariser et moderniser le pays sur un modèle européen, mais il finira en exil. En 1973, Mohammed Daoud Khan, membre de la famille royale, réalise un coup d’État pour établir la République de l’Afghanistan et s’autoproclame le Président avec le soutien de l’URSS et avec le parti communiste Parcham à son côté. Suivant la distanciation de Daoud avec l’URSS, il y a un autre coup d’État par le « People’s Democratic Party of Afghanistan » (PDPA) en 1978. Le PDPA pro-Soviétique s’attaque au système féodal et annule les dettes et les prêts paysans pour réaliser la réforme agraire. Pourtant, le nouveau régime ne réussit pas à stabiliser son contrôle du pays. Depuis le sud, les impérialistes Étatsuniens et Britanniques cherchent à déstabiliser l’État via le Pakistan en financant, eintrainent, et armant les guérillas moudjahidines. Partant du nord, l’URSS social-impérialiste occupe le pays vers la fin de 1979 pour tenir le pays sous leur contrôle. Aux deux côtés, L’Iran et la Chine social-impérialiste agissent aussi pour déstabiliser le régime du PDPA avec le but d’affaiblir l’URSS. Pendant toute cette histoire, la richesse des resources naturelles afghanes n’a jamais été exploitée de manière importante, que ce soit par des impérialistes ou par les afghans eux-mêmes. Les capacités industrielles pour les exploiter n’ont jamais été dévéloppées, notamment en raison du recul vers le féodalisme le plus arriéré sous le régime Taliban. Pour les grandes puissances impérialistes, l’Afghanistan est un grand coffre au trésor bien garni. Ceci est mis en évidence par l’intèret croissant de la Chine pour l’Afganistan. Prétendument avec l’aide d’un pot-de-vin de 30 millions de dollars au ministe des mines, la société nationale chinoise «  Metallurgical Group Corporation » a obtenu un contrat de 30 ans pour la mine de Mes Aynak en novembre 2007. La mine donne accès à la deuxième plus grande réserve de cuivre au monde avec une valeur estimée de plus de 90 milliards de dollars. En décembre 2011, l’Afghanistan a signé son premier contrat international d’exploration et d’exploitation pétrolière avec le « China National Petroleum Corporation ». La Chine a obtenu un contrat de 25 ans dans la région du bassin Amu Darya pour un investissement de 3 milliards de dollars. Il est estimé que le basin contient une réserve de plus de 1,6 milliard de barils de pétrole brut. De plus, Il est estimé que les réserves dans les provinces de Balkh et Jawzjan contiennent 3,5 milliard de barils de pétrole brut.

Toutefois, c’est l’importance géopolitique de l’Afghanistan qui précipite l’intèret des impérialistes de manière si urgente. Le Nord du pays est à la frontière de l’influence Russe en Asie centrale. A l’Est il y a une courte frontière avec la province chinoise du Xinjiang. Au Sud il y a le Pakistan, qui est en conflit permanent avec son grand voisin l’Inde. Finalement, à l’Ouest il y a l’Iran. Avec les États-Unis qui occupent le pays depuis 2001, L’Afghanistan est le carrefour de luttes inter-impérialistes dans le monde.

Les États-Unis

Depuis leur intervention indirecte en Afghanistan contre l’occupation soviétique et le régime du PDPA, les États-Unis ont compris l’Aghanistan comme un axe stratégique pour leur influence impérialiste en Asie du Sud. Après le retrait de l’URSS de l’Afghanistan et la victoire finale des Talibans, l’Afghanistan est tombé sous l’influence direct du Pakistan, qui a été central dans le dévéloppement concret des Talibans. À leur tour, le Pakistan est devenu dépendant du soutien économique et militaire des États-Unis pendant dix ans en tant qu’arrière-pays pour la guerre en Afghanistan contre l’URSS. Après la fin de cette guerre, l’importance du Pakistan pour les États-Unis est diminuée pendant que le social-impérialisme Chinois a continué de s’étendre. Aujourd’hui, les grands prêts et investissments et les acquisitions d’équipements militaires viennent principalement de la Chine. Le niveau d’investissement de la Chine est sans précédent dans l’histoire du Pakistan. Cela est exemplifié par l’immense projet Chinois du « China–Pakistan Economic Corridor » qui connecte la frontière occidentale de la Chine à la mer d’Arabie pour le transport commercial. La Chine a lentement pris le dessus des États-Unis au Pakistan. Par conséquent, les États-Unis ont perdu le contrôle de leur moyen établi d’influencer l’Afghanistan. La situation est devenu très ironique et embarassante pour les impérialistes étatsuniens. Les Talibans, dont le développement était financé par les États-Unis pour servir leurs intérêts dans la région, est devenu l’obstacle principal à une occupation réussie du pays. Après 19 ans de guerre, les Talibans contrôlent environ 60 % du pays. Ils ont effectivement gagné la guerre contre les États-Unis et ses alliés, ce qui leur permet de négocier des termes aussi favorables dans le retrait des États-Unis. La distanciation du Pakistan, la montée de la Chine et la victoire stratégique des Talibans ont écrasé les efforts de l’impérialisme étatsunien en Afghanistan et en Asie du Sud. Les États-Unis n’ont aucun autre choix que de réinventer leur présence en Asie du Sud avec leur dernier ami dans la région : l’Inde.

Depuis l’occupation étatsunienne en 2001, l’Inde a pris un rôle de plus en plus important en Afghanistan. Aucun pays en Asie du Sud a investi tant dans l’Afghanistan que l’Inde avec plus que deux milliards de dollars. Aujourd’hui, l’Inde a un intérêt commun avec les États-Unis à agir contre la Chine et le Pakistan, mais elle n’est pas suffisament dévéloppée pour confronter la Chine toute seule sur tous les plans. Pour l’Inde, l’essor économique de la Chine représente une menace pour l’accès aux ressources, aux marchés et aux routes de transport dans la région. Ces deux économies à forte croissance ont tout intérêt à exploiter les ressource de ce pays tout proche. En octobre 2011, l’Inde a signé le « Strategic Partnership Agreement » avec le gournement Afghan de Karzai. Cet accord prévoyait le rôle de l’Inde en Aghanistan après le retrait des troupes internationales attendu en 2014. L’Inde avait accepté une responsabilité centrale pour le soutien des forces de sécurité et aussi le développement social du pays. Le mois suivant la signature de l’accord, un consortium d’entreprises indiennes dirigé par la Steel Authority of India a remporté un contrat de 10,8 milliards de dollars pour l’extraction de trois des cinq blocs des gisements de minerai de fer de Hajigak, l’une des plus grandes ressources inexploitées en Asie.

En outre, la soumission du Pakistan à l’impérialisme chinois a étendu la portée du conflit entre le Pakistan et l’Inde afin d’impliquer directement tous les acteurs importants de la région. L’Afghanistan est au centre des stratégies géopolitiques de ces deux pays et celui qui réussit à prendre le dessus en Afghanistan réussirait à mettre l’autre sur la touche au niveau commercial. Le plan de l’Inde est le « North-South Transport Corridor » et le développement du port de Chahbahar en Iran. Le « North-South Transport Corridor » est un réseau de voies maritimes, ferroviaires et routières de 7,200 km qui sert a connecter l’Inde à l’Asie occidentale, l’Europe et la Russie en connectant l’Océan Indien avec le golfe Persique et la mer Caspienne. Le port de Chahbahar est un aspect central de ce plan et tire l’Iran du côté de l’Inde.

En mai 2016, l’Inde, l’Iran et l’Afghanistan ont signé un mémorandum d’entente pour construire un couloir de commerce et de transit international à travers l’Afghanistan, qui inclut une ligne ferroviaire irano-indienne de Hjigak au port de Chahbahar. De plus, l’autoroute Zaranj-Delaram de 215 km dans la province afghane Sud de Nimroz a été contruite en 2009 pour connecter le Sud de l’Afghanistan à Chahbahar. L’autoroute permet aussi de connecter les routes commerciales entre l’Asie centrale et l’Asie du Sud tout en contournant le Pakistan. La ligne ferroviaire partant de Hjigak a le même objectif stratégique : de transporter le minerai de fer Afghan et permettre l’importation de produits Indiens en évitant complètement le Pakistan. Cette stratégie ne sert pas seulement à voler l’arrière-cour du Pakistan. Plus important encore, elle sert comme une alternative pour concurrer le projet de réseau de transport de la Chine dans la région, dans lequelle le Pakistan et l’Afghanistan sont essentiels. Bien que les États-Unis ne peuvent pas s’engager à long terme dans une alliance indirecte avec l’Iran, ces manœuvres font que l’Inde est un allié indispensable pour repousser la Chine en Asie du Sud, tout pendant que l’Inde reste dépendante principalement des capitaux étatsuniens.

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