Depuis l’accord USA-Talibans : La redivison impérialiste de l’Asie du Sud – Partie 2

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Nous publions la deuxième partie de ce dossier sur l’Asie du Sud. La première est disponible ici.

La Chine

L’ennemi commun de l’alliance USA-Inde menace les puissances impérialistes établies en continuant à étendre son propre réseau de tranport eurasien : la Nouvelle route de la soie. Le but de ce projet énorme est d’ouvrir des routes de transport pour le commerce chinois hors de portée des États impérialistes concurrents. Le réseau ouvre des voies maritimes, ferroviaires et routières alternatives en coupant des nouveaux chemins et en construisant des nouveaux ports dans les pays peu dévéloppés de l’Asie et au-delà. La stratégie d’offrir des prêts concurrents et des projets d’investissements de proportion sans précédent ont apporté au social-impérialisme chinois des victoires stratégiques importantes en Asie du Sud. L’exemple en est donné par la domination chinoise du Pakistan. Le « China-Pakistan Economic Corridor » et la construction et dévéloppement continu du port de Gwadar représente l’investissement le plus important dans l’histoire de ce pays semi-féodal. Ces projets sont clés dans la Nouvelle route de la soie puisqu’elle connecte directement la frontière occidentale de la Chine avec le Pakistan et à la mer d’Arabie. Le port de Chahbahar de l’alliance Inde-Iran sert en partie à contrer cette stratégie commerciale chinoise pour que l’Inde et l’Iran puissent avoir leur propre accès à l’Afghanistan, indépendant de la Chine, et pour isoler et affaiblir le Pakistan le plus possible.

Par les connexions maritimes pour accéder aux ressources et marchés afghans, la concurrence entre ces deux blocs est établie. Cependant, la direction de l’Afghanistan entre eux n’est toujours pas détérminée. Comme l’Inde, la Chine continue à investir massivement dans l’exploitation des resources naturelles et un projet de réseau de transport dans ce pays avec l’espérance de le dominer un jour. La Chine a l’avantage d’avoir le Pakistan de son côté. Même si le Pakistan n’a jamais été aussi isolé, c’est toujours l’arrière pays des Talibans, qui contrôlent majoritairement l’Afghanistan. Le régime militaire du Pakistan a des liens profonds avec les Talibans datant de la guerre contre les soviétiques en Afghanistan qui peuvent être utlilisés dans l’intérêt de la Chine. De plus, il serait diffcile pour l’Inde de concurrencer le niveau d’investissement d’un grand pays impérialiste tel que la Chine. Déja en septembre 2016, la première ligne de train de marchandises entre la Chine et l’Afghanistan a été complétée. Le « Sino-Afghan Special Railway Transportation » construite par Qin Geng Industrial Co. Ltd de la Chine et le Watan Group de l’Afghanistan, connecte le nord de l’Afghanistan à la Chine en traversant le Kazakhstan et l’Ouzbekistan. En janvier 2017, le China Road and Bridge Corporation a signé un contrat de 205 millions de dollars pour la construction du projet de route «  Dare-e-Sof–Yakawlang », qui est la deuxième des trois phases du « National North-South Corridor » en Afghanistan. En novembre 2017, la Chine a réussi a faire signer un accord pour la construction du « Lapis Lazuli Corridor » qui devrait traverser l’Afghanistan, le Turkménistan, la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et finalement la Turquie pour accèder à la mer Méditérrannée et l’Europe.

Si l’Inde veut garder son pied en Afghanistan, elle aura besoin du soutien financier des États-Unis. Pourtant, la première puissance impérialiste au monde n’est pas limitée à ses grands moyens financiers pour contrer la Chine. L’expansion du social-impérialisme chinois est devenue assez importante pour que les États-Unis ciblent la Chine avec des guerres par procuration dans les zones les plus importantes et vulnérables. Depuis le retrait de l’Etat Islamique vers 2017, l’organisation djihadiste a commencé à regrouper ses forces dans la province de Jowzjan au Nord de l’Afghanistan. Par coïncidence, le début de l’extraction du pétrole brut par les Chinois dans cette région a été perturbée par des attaques de groupes armés. En 2017, l’ex-président Karzai, en critiquant l’utilisation de la présence militaire étatsunienne pour des buts géopolitiques qui ne servent pas le bien de l’Afghanistan, a parlé d’une histoire de rapports cohérents sur des militants de l’Etat Islamique qui se font transporter à travers le Nord de l’Afghanistan dans des hélicoptères étrangers non marqués Cela est particulièrement curieux puisque l’espace aérien afghan est sous la surveillance des États-Unis. Quoiqu’il en soit, la présence de l’Etat Islamique en Afghanistan perturbe une des régions les plus important du pays pour la Chine. Un problème beaucoup plus important pour la Chine est les activités du Parti islamique du Turkestan (PIT) dans le mouvement d’indépendance ouïghour dans la province chinoise occidentale du Xinjiang. Cette organisation islamiste a résussi à devenir la plus grande menace interne pour la Chine en déstabilisant la partie de la Chine qui sert à accèder à l’Asie centrale et du Sud. Basé historiquement en Afghanistan, le PIT est actif dans plusieurs pays, de la Chine jusqu’à la Syrie. Jusqu’à aujourd’hui, il n’est pas possible de constater avec certitude le rôle des États-Unis par rapport au PIT, mais les impérialistes étatsuniens ont une longue histoire d’instrumentalisation des organisations islamistes pour promouvoir de la déstabilisation là où ça sert leurs intérêts stratégiques, tel que dans la dernière guerre en Afghanistan et plus récemment en Syrie.

En réponse à cette déstabilisation, la Chine dévéloppe un rôle encore plus important en Afghanistan. Depuis 2016, la Chine fournit l’armée afghane avec de l’équipement militaire et en aout 2016, le « Quadrilateral Cooperation and Coordination Mechanism in Counter Terrorism » était lancé en Urumqi, la capitale du Xinjiang. L’initiative « antiterroriste » réunit les armées de l’Afghanistan, la Chine, le Pakistan et le Tadjikistan. En début 2017, des patrouilles régulières de l’armée chinoise ont été signalées dans le nord-est de l’Afghanistan. En Décembre 2017, la Chine a réussi à faire adhérer l’Afghanistan et le Pakistan à un accord contre le térrorisme au Xinjiang et spécifiquement contre le PIT. Tout cela aboutit au début d’une guerre par procuration entre les États-Unis et la Chine sur le sol afghan.

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