Depuis l’accord USA-Talibans : La redivison impérialiste de l’Asie du Sud – Partie 3

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Nous publions la troisième et dernière partie de ce dossier sur l’Asie du Sud. La première est disponible ici, et la seconde ici.

La Russie

Bien que la Russie a soutenu l’occupation étatsunienne de l’Afghanistan en 2001, la direction stratégique de l’impérialisme russe a évolué énormément depuis cette époque. Pour la Russie, la déstabilisation de l’Ukraine et la Syrie sponsorisée par les États-Unis dans le dernier décennie représente un empiètement inacceptable dans la sphère de l’impérialisme russe. En réponse, l’annextion russe de la Crimée et la participation militaire ouverte de la Russie en Syrie ont exposé les tensions entre ces deux pays impérialistes. Depuis la guerre en Ukraine, l’OTAN ne peut plus utiliser le territoire russe pour approvisionner leurs forces d’occupation. Cela sert l’intétêret russe le plus urgent par rapport à l’Afghanistan : que les États-Unis et l’OTAN s’éloignent le plus possible de la frontière Russe pour éviter des scénarios de déstabilisation en Asie centrale telle que la Russie a récemmment subi en Ukraine et en Syrie ou ce que la Chine commence à subir à travers sa frontière avec l’Afghanistan.

L’histoire de l’Etat Islamique a été un choc important pour l’impérialisme russe et l’a mené a une nouvelle approche pour l’Afghanistan. L’expansion rapide de l’Etat Islamique en Syrie était sans précedent et a mené au déploiement de la force aérienne russe pour assurer la survie du régime Syrien soumis à l’impérialisme russe. En décembre 2016, l’ambassadeur russe en Afghanistan, Alexander Mantytskiy, a annoncé que la Russie est en contact avec les Talibans pour protéger ces citoyens. En décembre 2017, Mantytskiy a dit devant le sénat afghan que la Russie et les Talibans partagent un intérêt commun dans la lutte contre l’Etat Islamique et que l’organisation djihadiste veut s’étendre dans la Russie, la Chine et en Asie central. Il a aussi critiqué la faillite des États-Unis et de l’OTAN à combattre le terrorisme dans le pays depuis qu’ils l’ont occupé en 2001. La Russie est particulièrement concernée avec la situation depuis que le nord de l’Afghanistan est devenu un centre de regroupement de l’Etat Islamique suivant la perte de leurs vastes zones en Syrie et en Iraq. La Russie aujourd’hui voit les Talibans comme un instrument pour la lutte contre ce qui reste de l’Etat Islamique, proposant même en avril 2017 de servir en tant que médiateur dans des pourparlers de paix entre le gouvernement afghan et les Talibans.

Au-delà de l’Afghanistan, les relations de la Russie avec le Pakistan se sont transformées aussi. En juin 2014, la Russie a levé une interdiction de longue date sur les ventes d’armes au Pakistan, suivant le passage de l’Inde vers les armes occidentales. En octobre 2015, les deux pays ont signé un contrat de 25 ans pour la construction du gazoduc nord-sud de 1 100 kilomètres qui connecte Lahore dans le nord-est avec Karachi dans le sud. Le contrat suivait l’abandon du gazoduc Iran-Pakistan à cause de la pression étatsunienne et saoudienne. Le pays d’environ 215 millions d’habitants représente un marché énorme pour le secteur d’énergie russe, qui est au centre de ses exportations. En septembre 2016, la Russie et le Pakistan ont organisé leur tout premier exercice militaire conjoint, nommé « Friendship 2016 ». Cela a mené à l’accès russe au port de Gwadar pour ses exportations et à prendre un rôle dans le projet du « China-Pakistan Economic Corridor ». Depuis ce rapprochement historique, la Russie, le Pakistan et la Chine ont commencé en décembre 2016 des consultations trilatérales sur l’Afghanistan. La nouvelle stratégie Russe en Afghanistan a mené la Russie a se rappprocher avec le Pakistan et, par conséquence, à s’alligner avec la stratégie chinoise en Asie du Sud.

Un autre allié important de la Russie en Afghanistan est Abdullah Abdullah et son gouvernement afghan contestataire. Suivant sa perte de l’éléction de 2019, Abdullah les a dénoncé comme frauduleuses et a formé un gouvernement parallèle avec lui comme président pour contester le gouvernement reconnu de Ghani. Le 23 mars 2020, les États-Unis ont retiré 1 milliard de dollars d’aide étrangère avec la menace de retirer plus si les deux gouvernement ne parviennent pas à une solution. Pendant que les États-Unis souhaitent que toutes les conditions permettent le succès de leur accord avec les Talibans, la Russie a beaucoup à gagner avec la contestation d’Abdullah. La connection russe avec cette figure politique afghane importante date des années suivant le retrait de l’occupation soviétique et l’effondrement de l’ancien Etat afghan contre les Talibans. Pendant cette période de guerre civile, les anciens moudjahidines anti-Talibans ont créé un bastion de résistance anti-Taliban dans le nord du pays officialisé comme « l’Alliance du nord ». L’Alliance du nord était le premier partenaire de la Russie post-soviétique contre les Talibans en Afghanistan et Abdullah était son ministre des affaires étrangères. Si elle réussit, la manœuvre récente d’Abdullah pourrait augmenter la représentation de l’impérialisme russe dans le gouvernement afghan. Le premier mai 2020, Ghani et Abdullah sont parvenus à un accord provisoire. Selon cet accord, Abdullah mènerait les pourparlers de paix avec les Talibans tout en obtenant une part de 50 % du gouvernement, y compris plusieurs postes importants pour ses alliés.

Les nouveaux blocs impérialistes

Une longue chaîne complexe de facteurs, au sein duquel l’Afghanistan est l’axe central, met les impérialistes dans des nouvelles positions imprévues. Les circonstances ont créé une alliance entre la Chine et la Russie avec le Pakistan, qui sert de pays clé pour réaliser leurs intérêts en Afghanistan. Cependant, les États-Unis doivent mettre tout leur poids derrière l’Inde pour influencer l’Afghanistan après le retrait de leurs forces d’occupation. Les impérialistes étatsuniens vont bénéficier de la rivalité historique entre le Pakistan et l’Inde en soutenant l’Inde, ce qui porte atteinte aux intérêts de l’impérialisme chinois et russe. De plus, la mesure dans laquelle les États-Unis vont vraiment retirer leur présence militaire directe en Afghanistan est incertaine et ils sont toujours en moyen de mobiliser des groupes armés islamistes dans la région pour attaquer les points stratégiques de leurs rivaux.

Ce nouveal arrangement impérialiste démontre plusieurs faiblesses. Premièrement, le Pakistan n’est pas un partenaire particulièrement fiable. L’économie du pays est en état catastrophique, ce qui pousse le Pakistan a demander de l’aide chez presque n’importe qui, que ce soit la Chine où les institutions au service de l’impérialisme étatsunien, tel que le FMI ou la Banque mondiale. L’aspect le plus important de l’État pakistanais est le rôle de l’armée. L’État est un régime militaire à peine voilé sous lequel plus de la moitié du budget national finit dans les poches de son armée parasitaire. Comme la Chine l’a très bien démontré, la loyauté du Pakistan s’achète et le Pakistan suit n’importe qui, qui remplit les poches des commandants de l’armée pakistanaise tout en empêchant le pays de s’effondrer complètement.

Les États-Unis cherchent à exploiter le rôle avantageux de l’Inde en Afghanistan et le transformer en acteur de l’impérialisme étatsunien en Asie du Sud et au-delà, mais celà serait compliqué puisque l’Iran est un partenaire essentiel pour la stratégie Indienne actuelle. Si les États-Unis intensifient leurs attaques économiques contre l’Iran ou décident d’attaquer le pays militairement, ils vont indirectement saboter leur stratégie pour l’Afghanistan et l’Asie du Sud, tout en poussant l’Iran encore plus vers la Chine.

Le dévéloppement de la situation à long terme est difficile a prévoir. A cause du refus du gouvernement afghan de libérer les prisonniers Talibans comme promis par les États-Unis dans l’accord avec les Talibans, les négociations « intra-Afghans » n’ont même pas commencé. En tout cas, les Talibans deviendront la force dominante dans le gouvernement Afghan à venir et la lutte inter-impérialiste qui se concentre sur l’Afghanistan va s’intéresser à gagner la faveur du nouveau gouvernement des Talibans. Ceux qui ont été récemment présentés comme parmi les terroristes les plus maléfiques au monde deviendront soudainement des chef d’État respectés qui serreront leurs mains avec Trump, Xi Jinping, Poutine, Merkel et Macron. Comme avant, le peuple afghan va continuer à être dégradé dans des conditions semblables au moyen-age, pendant que les richesses de leur pays se font exporter pour les profits des grandes multinationales qui nourrissent la bête de l’impérialisme. C’est comme ça comme que la roue de l’impérialisme tourne : toujours en écrasant les masses opprimées entre ses cycles sanglants de division et redivison du monde.

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