Tribune – Où est le privilège du prolétaire blanc ?



Nous publions cette tribune d’un camarade, à propos de la théorie post-moderne et petite bourgeoise du “privilège blanc”. Nous sommes conscients des pincettes à prendre dans ce débat, pollué autant par la petite bourgeoisie de gauche que par l’extrème droite. N’hésitez pas à réagir en commentaires. Bonne lecture !

Où est le privilège du prolétaire blanc ?

Quand on travaille sur certains chantiers nous pouvons avoir des moments pour réfléchir. Cela dépend bien sur de la tâche, mais beaucoup sont répétitives et ne demandent pas toujours beaucoup de concentration effective. L’assassinat du prolétaire afro-américain George Floyd a bouleversé beaucoup de monde. La vidéo, mais surtout, les immenses émeutes qui ont suivies et qui plus est au pays de l’Oncle Sam ont eu un écho gigantesque dans beaucoup de pays. Bien entendu la presse bourgeoise, les post-modernistes, les racialistes de tout bord ont en effet éviter d’aller au fond du problème, qui est, et demeure, l’oppression de classe. Ce n’est pas Kobe Bryant (non, eux ont plus de chance de se tuer en hélicoptère) qui a été assassiné, mais un prolétaire d’une quarantaine d’années qui aurait eu en sa possession un faux billet de 20 dollars.

Au milieu de la décomposition idéologique généralisée, un concept importé d’outre atlantique, particulièrement dangereux, tend à prendre de plus en plus de place dans les milieux universitaires et chez la petite bourgeoisie en décomposition, je veux parler de celui de « privilège blanc ». Selon ces  penseurs les « blancs » auraient, dans l’état français, des privilèges par rapport aux gens non blancs et cela en dehors de tout rapport de classe. D’un coup Fabrice mon collègue intérimaire de 54 ans se retrouvait au même niveau que Lagardère et Macron. Il appartenait à la noblesse de couleur, il est vrais, sans le savoir.

Concrètement je me devais de mener l’enquête sur la question des «  privilèges blancs ». Je jetais mon dévolu sur Bruno. Ce n’est pas qu’il était forcement le meilleurs sujet d’enquête mais c’est plutôt que je n’avais que lui sous la main à côté de la mixo à ce moment là. La mixo, c’est une machine venue tout droit des enfers qui envoie du coulis sous pression pour renforcer les fondations des maisons. Bruno, c’est un portugais immigré de 32 ans qui travaille comme un chien depuis l’âge de 13 ans. C’est une force de la nature qui a, comme beaucoup d’ouvrier, tout compris à la vie. J’aidais Bruno à transvaser les sacs de ciment à injecter de 30 kg environs, de la palette à la mixo. Le bruit du piston de la machine, est à proprement parler, infernal, et la poussière du ciment, sans être toubib, pose sacrement des questions de santé publique. C’était sûrement pas le bon moment pour mener l’enquête. Et puis je me demandais si il y avait un moment pour demander à ce type si il se sentait privilégié comme blanc. En fait, je me sentais pour les moins con d’aborder un tel sujet et pire j’aurais été d’une indécence sans nom par rapport à sa vie. C’est une question que tu abordes, à la rigueur, dans un amphi de fac de lettres, dans une radio « culturelle », au pmu entre deux courses, mais pas décemment sur un chantier.

Je m’intéressais donc plus précisément à l’étymologie du terme « privilège ». Je fais cela systématiquement car le post-modernisme a tendance à changer le sens des termes pour que cela colle avec leurs lubies. Le mot privilège, vient du latin juridique privilegium (« loi concernant un particulier »), est à l’origine une disposition juridique conférant un statut particulier. Est-ce que les blancs ont un statut particulier dans l’état français ? Assurément non. Il n’y a pas d’apartheid, ni de ségrégation en hexagone. Un blanc fait la queue à la Caf comme les noirs et les arabes. Il fait le tour des agences d’Interim, pointe à l’usine, comme les noirs et les arabes. Il faut être sacrement mal honnête pour dire qu’un ouvrier blanc a des privilèges par rapport a un noir et un arabe. Concrètement nous avons, blanc, noir et arabe, comme prolétaire les mêmes privilèges : celui de se faire exploiter, de vivre dix ans de moins qu’un cadre, d’avoir mal au dos, de respirer les mêmes merdes, de se faire plumer par toute sorte de taxes, de payer des loyers absurdes, de connaître la joie de la sciatique précoce et surtout de créer la richesse et de n’avoir aucun pouvoir.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de racisme, ni de discrimination raciale, dans la société, en système capitaliste dans un état impérialiste, cette abomination ne peut qu’exister, mais c’est un problème social et pas racial. On me rétorquera que les noirs et les arabes ont plus de chance de se faire tuer par la police, c’est un fait, mais qui sont ces noirs et arabes ? Des prolétaires, jeunes, des quartiers défoncés des périphéries des grandes villes. Il faut combattre la discrimination raciale, mais en l’intégrant à la lutte pour le pouvoir. La discrimination raciale est un renforcement du poid de la société sur les épaules d’une fraction de la classe ouvrière, simplement.

Dire noir, blanc, arabe sans stipuler l’origine sociale c’est créer un miroir déformant idéaliste. Surtout à notre époque, où de plus en plus de fils et filles d’immigrés accèdent aux études et intègrent la petite bourgeoisie. Les fils d’immigrés, aujourd’hui, quand ils ont du fric, font comme les autres, ils voyagent, investissent dans une logique impérialiste, il suffit de voir l’attrait pour l’investissement au « bled » ou encore celui pour la Thaïlande. Posséder un passeport de l’UE et des euros blanchit assurément tout le monde.

La vérité c’est que ces théories sont portées par cette couche là, qui voudrait, au fond être considérée comme des blancs petits bourgeois et faire leur place dans le nid chaud de l’impérialisme. Elle est soutenu par l’État qui y voit un bon moyen de diviser le prolétariat. Car la petite bourgeoisie de couleur tente de s’appuyer sur le prolétariat qu’elle pense sien. C’est une tactique vieille comme la petite bourgeoisie et peu importe sa couleur : se servir du prolétariat pour tenter d’exister entre le prolétariat et la bourgeoisie.

Car avant toute chose, ce type de théorie ne fait que retarder l’avènement d’une nouvelle conscience de classe du prolétariat. Ceux qui portent ces théories, blancs, arabes ou noires, n’ont que faire de la révolution socialiste. Ils veulent transformer la superstructure sans toucher à l’infrastructure. c’est faire le lit du fascisme car les masses exècrent ce type de théorie coupée de la réalité. Retarder la révolution, c’est continuer à avoir des policiers majoritairement racistes, c’est ne pas être du côté du peuple, qu’il soit arabe ou blanc. C’est, au fond, criminel.

Les Gilets Jaunes nous a aussi rappelé, un fait que les années de recul révolutionnaire nous avait fait presque oublié : quand tu luttes, la police et la justice, l’état, en somme, n’a que faire de ta couleur. La police a tabassé, matraqué, éborgné, avec la même joie que dans les quartiers à dominance africaine. La justice a bien rappelé son caractère de classe en condamnant à de lourde peine des prolétaires dans leurs immenses majorités blancs. Rien que cette réalité matérielle suffiraient à faire écrouler tout l’édifice du « privilège blanc ». En fait, les quartiers de prolétaires immigrés sont des quartiers où l’exploitation est plus violente, plus forte, soumise à une superstructure raciste, mais parce que centre du prolétariat exploité. Le coeur du prolétariat est toujours soumis à une oppression supérieure, parce qu’il résiste plus. Le racisme n’est cue la forme idéologicue particulière dans un état impérialiste comme la France, à forte population immigrée.

Le pire, c’est que ces théories arrivent à recréer le même système de domination. Certains penseurs post-modernistes noirs ou arabes disent aux « privilégiés » blancs de les soutenir, de les aider, voir de les protéger contre le racisme. Nous arrivons à cette illustration où nous voyons une femmes blanches porter une femme noire sur ces épaules avec comme légende : « voilà comment utiliser ton privilège de blanc-he ». Il n’y a rien de plus dégradant pour les masses noires que ce type de sollicitation. Quelle différence y a t’il entre le discours des colonialistes sur la nécessité d’avoir les blancs comme tuteur pour se développer ? Le post-modernisme reproduit, toujours, la situation d’oppression qu’il entend dénoncer. La classe ouvrière noire ou arabe est liée à la classe ouvrière blanche. Il y a des combats spécifiques à mener – mais dans le but de l’unité ouvrière.

L’idéologie du prolétariat, le communisme, n’a rien avoir ni avec la petite bourgeoisie blanche « de gauche » qui est prête à se rouler dans la boue pour se faire « pardonner » (comme dans l’illustration) ni avec les racialistes qui veulent à tout prix voir dans la « race » le fond du problème. Nous ne voulons pas des victimes, mais des combattants et des combattantes qui s’unissent sous la seule bannière qui peut en finir avec le racisme et toutes les oppressions : celle de la révolution socialiste et du communisme.

Je me permettrais de citer le président Mao, en août 1963, lors de la visite de camarades Africains en Chine.

« Au cours de la conversation, il a condamné (le président Mao) la discrimination raciale pratiquée par l’impérialisme yankee, ainsi que celle promue par les autorités colonialistes en Afrique du Sud et dans le monde entier. “La discrimination raciale”, a déclaré le président, “se retrouve en Afrique, en Asie et dans le monde entier. La question de la race est essentiellement une question de classe. Notre pays n’est pas un pays uni-ethnique, c’est une unité de camarades et de camarades femmes. Nous devons renforcer notre unité et lutter ensemble contre l’impérialisme, le colonialisme et leurs sbires pour parvenir à une indépendance et une libération nationale complète et parfaite”. »

Il ajoute plus tard :

« la discrimination raciale, est rencontrée en Afrique, en Asie et dans tout le monde. La question raciale est essentiellement une question de classe. Notre pays n’est pas un pays d’une seule ethnie ; c’est une unité de camarade hommes et femmes. Nous devons renforcer notre unité et mener une lutte en commun contre l’impérialisme, le colonialisme et ses laquais pour atteindre l’indépendance et la libération nationales complètes et parfaites ».1

Notre rôle comme communiste, aujourd’hui, est de lutter avec fermeté pour l’unité de la classe ouvrière en expliquant que les discriminations et oppressions de toutes sortes ne peuvent être réglées que par la révolution prolétarienne qui est le seul chemin vers l’émancipation.

1 https://serviraopovo.wordpress.com/2016/07/16/a-questao-racial-e-uma-questao-de-classe-mao-tsetung/#more-322

6 thoughts on “Tribune – Où est le privilège du prolétaire blanc ?”

  1. direngal dit :

    Salut camarades, j’ai plusieurs critiques à cet article :

    -D’abord l’usage du terme “racialiste”, au-delà du fait qu’il appartient totalement au champ lexical de l’extrême-droite, est hyper-vague. Désigne-t-on par lui des mouvements faisant de la question raciale la seule contradiction sociale ou à tout le moins une contradiction antagonique ? Si c’est le cas on parle vraiment d’une frange très marginale de la lutte antiraciste, même le PIR n’est pas sur cette ligne…

    -Bien que s’en défendant, l’article a une grosse tendance à forcer une lecture niant la prépondérance de la race dans les crimes policiers et omet de parler du fait que les personnes racisées sont objectivement bien plus marginalisées socio-économiquement que les blancs et balaie ça d’un revers de main en invoquant Michael Jordan (qui je pense est confondu avec Kobe Bryant dans l’article vu la référence à l’hélicoptère) un représentant de la grande bourgeoisie noire bénéficiant d’une forte popularité, oubliant que, même dans ce cas, il lui suffit de ne pas être reconnu physiquement pour être la cible de harcèlement policier. Cela ne signifie évidemment pas qu’on doit plaindre ou pire soutenir une quelconque branche de la bourgeoisie, mais bien qu’on doit à tout prix éviter de sous-estimer l’importance de l’impact déshumanisant et meurtrier du discours raciste dominant sur les corps racialisés. Comprendre ça c’est comprendre que, si le racisme est effectivement un outil contemporain de contre-révolution préventive, les catégories qu’il créé ont des conséquences très concrètes sur la vie des intéressés qu’on gommera jamais juste avec un discours de type “il faut lutter pour l’unité de la classe ouvrière”, croire ça c’est justement faire preuve d’une sacrée dose d’idéalisme. C’est justement parce qu’on comprend ça que nous, MLM, avançons qu’il est nécessaire de mettre aussi notre énergie dans la résolution de la contradiction blancs/racisés (en occident à tout le moins) dans l’application de notre ligne de masse (et donc évidemment à l’intérieur de la classe prolétaire, mais quand on est marxiste, dire ça est de l’ordre du truisme) et ce dès la préparation de la guerre populaire.

    -Si la notion de “privilège blanc” est politiquement ultra-limitée (car en dernière analyse libérale), sous-entendre (même sans l’assumer) qu’il n’existe pas une différence de traitement significative entre blancs et racisés dans le traitement par la police sur la base que les GJ ont subi la “même” violence dans leur lutte est tout simplement complètement délirant. Déjà parce qu’il est faux de dire que la violence subie par les GJ est équivalente à ce que subissent les racisés de quartiers populaires ; que je sache, pour ignobles qu’aient été les violences policières envers les GJ, aucun d’entre eux n’a été tué ou violé avec une matraque, mais surtout parce que, contrairement aux GJ blancs, les racisés ne subissent pas les violences pour ce qu’ils font mais pour ce qu’ils sont. Un banlieusard racisé peut littéralement être complètement passif politiquement et se faire buter parce qu’il se promenait au mauvais endroit au mauvais moment.
    Être dans un discours niant cette réalité revient à prolonger la division blancs/racisés à l’intérieur du prolétariat.

    -Si une critique de la notion de privilège dans sa version postmoderne est nécessaire, il faut l’effectuer de manière un minimum pertinente. Faire appel à l’étymologie de “privilège” contre sa définition postmoderniste n’en est pas une ou alors on accepte que plein de notions marxistes sont non-pertinentes sur la même base. La mobilisation de “Bruno le prolo blanc sur son impression d’avoir un privilège blanc” est aussi complètement hors-sujet, elle suppose que les personnes ont une compréhension totale de leur condition, ce qui dans la logique n’est d’ailleurs pas très éloigné du délire postmo “les concernés ont toujours raison partout tout le temps”. Ajoutons que la plupart des sjw postmo ne nieront pas les difficultés de Bruno et répondront simplement qu’il est quand même mieux loti qu’un racisé dans la même situation (ce qui en plus sera presque tout le temps vrai en plus).
    La critique de la notion de privilège qu’on doit avoir en tant que marxistes est qu’elle voit les oppressions comme une série de conditions sociales comprises comme d’égale importance avec une lecture superficielle consistant à simplement dire “moins t’as de privilèges plus t’es opprimé”, ce qui est déconnecté de la réalité et ne mène nulle part politiquement. Nous marxistes comprenons au contraire que les oppressions sont indissociables de la lutte des classes et qu’elles s’exercent avant dans son cadre. En soi ça signifie qu’on doit en permanence analyser les rapports d’oppressions avec une grille de lecture prolétarienne et non les ignorer avec la conception idéaliste qu’ils seront réglés par la simple révolution prolétarienne. D’ailleurs citer Mao pour défendre ce genre d’approche c’est un peu le stade suprême du wtf quand on sait ses efforts actifs en faveur de l’inclusion des minorités ethniques (notamment pendant la révolution culturelle).

    1. admin dit :

      Salut camarade,

      Tu fais bien de noter le terme racialiste, car il est effectivement erroné, et aurait dû nous sauter au yeux, d’autant qu’il met sur le même plan fascistes et post-modernistes, ce qui est évidemment clairement faux.

      d’abord, cette tribune ne fait que critiquer le concept de “privilège blanc”. En tant que Cause du Peuple, nous avons commencé à affirmer, ces derniers temps, notre ligne sur la question du racisme, avec deux articles en particulier : “Pourquoi y’a t-il du racisme” et “racisme et lutte de classe”, mais aussi dans “Les violences policières ne sont pas des bavures, mais le fonctionnement normal de l’institution policière“. Nous y affirmons, en général, qu’il existe, de fait, une division dans la classe ouvrière, une division raciste, basée sur la division du travail, sur l’impérialisme, et sur laquelle s’érige une superstructure raciste.

      Toutefois, il est très important de comprendre plusieurs choses, et c’est pour celà que nous avons publié cette tribune :
      – il n’y a pas de contradiction antagonique entre blancs et non blancs ;
      – il y a une unité réelle de condition entre blancs et non blancs de la classe ouvrière ;
      – le combat antiraciste doit combattre le racisme de manière autonome, tout en appuyant partout ou il est possible sur les points d’unités. Or, ces points d’unité ne peuvent exister qu’au sein du prolétariat, ou contre le prolétariat. Il y a une lutte de classe dans le combat antiraciste.

      La question centrale est : qu’es ce qu’un privilège ? Trimer dans la boue est-il un privilège ? Les ruraux peuvent considérer comme un “privilège” la proximité des centres urbains des quartiers populaires à majorité immigrée, par exemple. Ca ne veut juste rien dire.

      Certains quartiers populaires “blancs” sont traités de manière violente – il n’y en a pas de taille comparable à ceux des grandes métropoles, mais les émeutes de 2005 avaient éclaté aussi, en particulier dans le nord-pas-de-calais, dans des zones majoritairement blanches avec des émeutiers blancs. Concernant les Gilets Jaunes, si la répression n’est évidemment pas la même, il faut préciser : si certaines zones rurales deviennet contestataires et doivent être mattés comme les banlieues populaires, (ce qui n’est pas possible par définition : les centre urbains sont au coeur de la révolution), elles le seront, elles seront militarisés, une gestion tirée de l’expérience coloniale, telle qu’appliquée dans les zones populaires, sera alor smise en place.

      Il n’est pas question, ici, de nier le racisme. Un prolétaire racisé sera sur-exploité, porte deux fois le poids de l’exploitation. Ce que nous avons précisé, et que tu n’as pas relevé dans ta critique. En effet, ta critique n’aborde pas l’aspect central du racisme et de la question du rapport au travail, et c’est ici que l’absurdité du terme de “privilège blanc” ressort le plus et offre un boulevard pour les fascistes, ne tend pas à résoudre la contradiction que tu as cité mais a la renforcer.

      Nous soutenons de toutes nos forces les mobilisations antiracistes, nous relayons de manière systématique les appels et textes de l’avant garde de ces luttes ; mais nous ne pouvons pas ne pas critiquer ce terme. La question du racisme est très difficille à comprend et articuler, mais nous devons comprendre que c’est une question de classe, et c’est ce que nous avons lû dans cette tribune. Sans nous baser sur la réalité de la masse ouvrière, de tous les “Brunos”, nous ne pourrons rien faire contre le racisme, nous ne pourrons créer aucune unité.

      Toutefois, nous te remercions de ta critique, très argumentée et qui porte a reflexion.

      Lal Salaam !

      1. direngal dit :

        D’abord, merci pour ta réponse camarade.

        La notion de privilège n’est pas pertinente politiquement quand on parle des classes dominées, on est bien d’accord, je dis moi-même dans mon commentaire qu’elle est à critiquer (mais j’aurais sans doute dû dire “combattre” pour éviter toute ambiguïté). Et il est évident pour tout MLM conséquent que la lutte antiraciste doit œuvrer à l’unité des masses racisées avec les masses blanches et qu’il ne doit jamais être question de suivre des lignes bourgeoises d’où quelles viennent (je pense que mon commentaire était clair là-dessus), simplement cette unité doit se construire concrètement et ce n’est pas en ignorant la surcriminalisation et la violence spécifique à laquelle les racisés doivent faire face qu’on y arrive. Malheureusement c’est plus ou moins ce que fait l’article en traitant comme un détail le fait que les racisés ont drastiquement plus de chances de se faire tuer par la police et ce que tu continues à faire avec ton exemple des émeutes dans le Nord-Pas-de-Calais :

        “Certains quartiers populaires “blancs” sont traités de manière violente – il n’y en a pas de taille comparable à ceux des grandes métropoles, mais les émeutes de 2005 avaient éclaté aussi, en particulier dans le nord-pas-de-calais, dans des zones majoritairement blanches avec des émeutiers blancs. ”

        Personne ne nie ça, mais comme je l’ai dit dans mon commentaire les prolos blancs ne prennent de violences policières comparables à ce que les racisés subissent que lorsqu’ils s’opposent activement et ouvertement à la bourgeoisie ; ils sont alors vus comme illégitimes dans leurs revendications et c’est la raison pour laquelle ils sont RÉPRIMÉS. Un prolo (enfin s’il a la chance d’avoir un taf) racisé n’a pas besoin d’avoir la moindre activité politique pour se faire TUER par la police parce qu’il est vu comme illégitime (ou en tout cas moins légitime) dans son existence même (le traitement médiatique des victimes des meurtres policiers est particulièrement éloquent là-dessus).
        La “relativisation” de cette différence conséquente entre prolos blancs et racisés est sans doute une simple maladresse d’approche, j’ai confiance en la bonne foi et la ligne générale de la CdP (sinon je ne la vendrais pas dans mon quartier ^^) mais c’en est une qui, je le répète, contribue à maintenir la division raciale dans notre classe en aliénant sa frange racisée (là où au contraire le concept postmo de “privilège blanc” aliènera les Brunos).
        Bref soyons rigoureux dans nos critiques et suivons la ligne correcte à la fois contre les lignes postmo ultragauchistes ET contre les lignes réacs.

        1. admin dit :

          Salut camarade,

          il s’agit en fait d’une différence de quantité plus que de qualité, malheureusement. Les prolétaires blancs des quartiers touchés par le racisme et au centre de la classe ouvrière peuvent être touchés également. La différence, c’est que lorsqu’ils sortent de cette zone/ce rôle, ça change pour eux. Romain, dont nous avions parlé ou Cédric Chouviat, en sont de malheureux exemples.

          Bien sûr, c’est emminement moins fréquent. Mais ces gens viennent de zone et sont assimilé à un prolétariat multinational, luttant sans cesse et qu’il faut matter.

  2. direngal dit :

    “il s’agit en fait d’une différence de quantité plus que de qualité”

    C’est là notre seul vrai désaccord de fond (même si je maintiens que la tribune est globalement très maladroite dans sa forme et peut favoriser des crispations voire des divisions avec les camarades actifs et sincères dans la lutte anti-raciste). Parce que personnellement et en toute camaraderie je trouve qu’il faut avoir de sacrées œillères pour ne pas voir que qualitativement les discours bourgeois visant les prolétaires blancs, même en lutte, n’atteignent jamais le niveau de déshumanisation de ceux visant les racisés de manière générale. Certes c’est surtout la frange prolos /sans-emploi/lumpen qui en fait le plus objet, mais même la maigre frange racisée de la bourgeoisie (qu’on ne doit encore une fois jamais soutenir, mais ça dit quelque chose) y a assez régulièrement droit (remember les traitements médiatiques ignobles de Taubira et NVB etc) et il suffit finalement de peu pour qu’un bourgeois racisé (ou tout du moins aisé) se retrouve à être la cible de flics même sans aller aux extrêmités connues par Adama Traoré ou Théo (un flic qui ne (re-)connait pas Omar Sy a de bonnes chances de lui mettre tarif dans la rue, donc non l’embourgeoisement ne blanchit pas non plus complètement). Ce que je veux dire c’est que c’est justement parce qu’il y a différence de qualité (déshumanisation constante du corps racisé par tous les vecteurs socio-culturels) qu’est légitimée une différence de quantité (harcèlement policier normalisé pour les racisés de manière générale, meurtres et violences policières très largement plus hardcores pour la frange racisée la moins bien lotie socialement). Et ça je pense que Bruno est très capable de le comprendre 😉

    Bref je maintiens ma critique, même si on est par ailleurs d’accord sur tout le reste (jusqu’au sujet même de la tribune !).

    1. admin dit :

      Oui, dans le fond il y à une différence de qualité entre racisme et traitement “classique”, c’est un fait. Maintenant, il y à aussi une déshumanisation (moins hard) d’ouvriers blancs les moins biens lotis. Quelle image à t-on des ouvriers d’abattoirs ou de l’automobile ? En Bretagne, certains disent qu’on peut reconnaitre la gueule d’un gars qui bosse à l’abattoire. Quid également des immigrés blancs, polonais, roumains, etc, difficilles à distinguer de la population “de souche” ? Dans l’agriculture, dans le btp, ils sont exploités dans des conditions proche de l’esclavage.

      Bien sûr, il y à un “pire”, un racisme ordinaire en plus de l’exploitation, une dialectique entre racisme et exploitation renforçant l’un et l’autre, un traitement d’exception des quartiers populaires, et, avec un peu de bonne foi, il faut avouer que l’embourgeoisement lui même ne parviens pas à “blanchir”, comme tu le soulignes.

      Mais il faut bien voir, malgrès tout, que ce qui arrive à jeunes noirs ou arabes, peut arriver à des jeunes blancs. Et il n’y à pas que la police : il y à aussi le racisme vis à vis des langues nationales, du manque de capacité à manier la langue de l’administration, le style vestimentaire, la religion, etc. Mais tout celà ne peut pas être réduit à une couleur de peau. Un ouvrier blanc sans papiers (russe, par exemple), est il dans une situation de privilège vis à vis du racisme instutionnel face à un jeune ouvrier noir français ?

      Il n’y a pas de frontière, il y à une limite floue. Il y a une limite qui est du domaine de l’interprétation sociale. Un arabe bourgeois passe pour un blanc, là ou un prolétaire blanc basané passe pour arabe. Il y à tout un aspect de classe au racisme, indéniablement.

      Peut être certains aspects de cette tribune étaient mal tournés, et il aurait fallu préciser la position de notre journal sur le racisme et surtout, sur le mouvement en cours (que nous soutennons sans réserves), mais dans le fond, il y a un aspect principal de réalité : le “privilège blanc” est une fiction libérale, dont la propagation ouvre des portes encore plus immenses au fascisme.

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