La lutte des Baloutches et la tempête impérialiste à venir – Partie II



La lutte prolongée des Baloutches

Malgré la propagande et la répression de l’État pakistanais et l’effort d’assimiler la culture et la conscience baloutche avec l’idéologie de l’identité pakistanaise, les Baloutches n’ont pas abandonné la lutte populaire et armée pour la libération depuis l’annexion en 1948. Cette histoire de lutte est marquée par cinq vagues de résistance qui représentent ensemble l’évolution de la conscience nationale vers une plus forte unité qui va au-delà des relations tribales qui ont historiquement lié le peuple.

La première vague en 1948 a été une réponse directe à l’annexion et dirigée par le prince Abdul Karim, le frère du Khan de Kalat, qui a été forcé à soumettre le Baloutchistan au Pakistan cette même année. Le Dosht-e Jhalawan a mené une guerre de guérilla contre l’armée pakistanaise pour deux ans en mobilisant le soutien des tribus opposées au Pakistan. Cette première vague a planté la graine d’une tradition de résistance et de lutte qui mènerait aux futures organisations indépendantistes.

La deuxième vague entre 1958 et 1959 a été déclenchée par la politique du « One Unit » (une unité). Officiellement, cette politique envisage à régler le problème de l’inégalité politique, administrative et économique causé par la division entre le Pakistan de l’Ouest (le Pakistan d’aujourd’hui) et le Pakistan de l’Est (aujourd’hui le Bangladesh) qui ont été séparés par un vaste territoire Indien. Selon cette politique introduite en 1954, les subdivisions du Pakistan de l’Ouest et leurs organes politiques et régionaux seront dissolus pour laisser seulement deux régions administratives de proportions semblables avec plus d’autonomie : le Pakistan de l’Ouest et le Pakistan de l’Est. En réalité, cette politique n’était qu’une stratégie cynique de centraliser davantage l’État et d’éviter l’indépendance inévitable du Bangladesh. L’opposition parlementaire à cette politique a contribué au premier coup d’État militaire par Ayub Khan, ce qui a marqué le contrôle ouvert de l’État par l’armée et l’a permit de s’enraciner dans toutes les institutions de l’État. Cette tentative désespérée à tenir debout la prison des nations, en enlevant des différents peuples le peu d’autonomie dont elles disposaient, a de nouveau mobilisé le peuple baloutche derrière Nawab Nauroz Khan de la tribu des Zrakzai. La guerre de guérilla dirigée par Nauroz Khan le transformerait en symbole du mouvement pour un Baloutchistan libre. Il serait emprisonné pour le reste de sa vie après avoir été piégé dans une réunion pour dialoguer avec le régime.

La troisième vague a repris la lutte contre la dictature militaire de Ayub Khan, sa politique du « One Unit » et le vol des ressources naturelles du Baloutchistan. Entre 1963 et 1968, Sher Muhammad Marri (portant les lunettes de soleil en photo ci-dessus) a dirigé la guerre de guérilla qui a réussi à arrêter une division entière de l’armée pakistanaise. Après la chute de Ayub Khan en 1968, un cessez-le-feu a été négocié et est descendu des montagnes comme une inspiration héroïque pour la jeunesse baloutch ayant gagné le surnom « le Che Guevera du Pakistan ». Même si Sher Muhammad Marri provenait d’une importante famille tribale, il n’était aucun chef féodal, ce qui représentait un progrès important dans la direction du mouvement nationaliste et, par conséquent, la conscience du peuple baloutche. En 1970, la politique du « One Unit » était abolie et les subdivisons provinciales réintroduites avec les anciens organes politiques régionales.

La quatrième vague entre 1973 et 1977 a découlé de la panique de l’État suivant la libération du Bangladesh en 1971 et la perte d’encore une autre guerre contre l’Inde. Le gouvernement de Yahya Khan est remplacé par nomination avec celle de Zulfikar Ali Bhutto, un ancien dirigeant du gouvernement du coup d’État d’Ayub Khan. Après, Bhutto serait élu Premier ministre avec son parti, le « Pakistan People’s Party » (PPP), qui a unifié un large éventail d’opportunistes incluant des libéraux de gauche, des sociaux-démocrates et des révisionnistes. En 1973, Bhutto renvoie le gouvernement provincial du Baloutchistan dirigé par le National Awami Party (Wali) (NAP) et en 1975, il interdit le NAP. Le NAP était le parti d’opposition le plus important et aussi au pouvoir dans une coalition à l’assemblé provincial du North-West Frontier Province (la subdivision pachtou). Idéologiquement, le NAP était à la gauche du PPP, ce qui nuisait à l’image « progressiste » du PPP. Contrairement au PPP, le NAP n’ignorait pas la question nationale, qui demeure jusqu’à maintenant la contradiction principale de la politique pakistanaise interne. Le NAP était une coalition nationaliste des divers peuples opprimés du Pakistan influencé par le Marxisme et avec une politique de nationalisation et de redistribution sociale. Pour répondre à la question nationale, le NAP envisageait une décentralisation du Pakistan pour créer une confédération de quatre peuples. En interdisant le NAP, Bhutto s’est donné le moyen de devenir le personnage du progrès, produisant une mythologie politique que le PPP continue à exploiter jusqu’à maintenant. De plus, c’était un spectacle d’intimidation importante contre tous les aspirants de l’indépendance, suivant la perte humiliante du territoire du Bangladesh. Pour justifier le renvoi du gouvernement provincial, Bhutto a cité la découverte d’une livraison d’armes dans l’ambassade iraqienne (à l’époque l’Iraq était un allié stratégique de l’Inde), qu’il prétendait être destiné aux guérillas baloutches. La découverte a contribuée à la persécution des politiciens du NAP pour la trahison et leur emprisonnement à la suite d’un procès-spectacle à Hyderababd. La dissolution du gouvernement régional élu du Baloutchistan et la persécution de ses représentants ont naturellement provoqué une intensification de la guerre de guérilla au Baloutchistan. Pour le chef du NAP au Baloutchistan, Khair Bakhsh Marri, ce dernier geste draconien contre son peuple représentait l’évidence finale que la lutte politique du peuple baloutche n’a qu’une seule voie : la lutte armée pour un Baloutchistan totalement indépendant. Bien qu’il soit un chef d’une tribu important, le Marxisme a énormément influencé sa vision pour le Baloutchistan. Au sein du NAP, il a insisté sur la primauté de la question nationale et a lutté contre toutes illusions sur le caractère de l’État oppressif et son armée meurtrière. Pendant que plusieurs dirigeants du NAP ont été ouvert à travailler avec le « nouveau Pakistan » de Bhutto, Khair Bakhsh Marri les rappelait que la main de l’amitié qui leur est tendue est trempée du sang de jusqu’à trois millions de bengalis qui ont été tués par l’armée et leurs intermédiaires islamistes du Jamaat-e-Islami (équivalent régional des Frères musulmans) dans le génocide de 1971 au Bangladesh. De plus, entre 200 000 et 400 000 femmes bangladaises ont été violées pendant le génocide. Après avoir été libéré en 1977 suivant le coup d’État de Muhammad Zia-ul-Haq, Khair Bakhsh Marri restera en Afghanistan jusqu’à la chute du régime afghan prosoviétique pour continuer à soutenir la lutte armée avec des membres de sa tribu et d’autres dirigeants du mouvement. Jusqu’à sa mort en 2014 à 86 ans, Khair Bakhsh Marri est resté un partisan convaincu de la libération nationale et de la nécessité de la lutte armée. Il est une légende reconnue dans tous les coins du Baloutchistan. La fin du régime de Bhutto, de lourdes pertes chez les Baloutches, et l’amnistie générale offerte par la nouvelle dictature de Zia aux militants baloutches mettent fin à la quatrième vague en 1977. Pourtant, les semences de la cinquième et courante vague avaient déjà été plantées par l’expérience précédente et les vétérans de la lutte, tels que Khair Bakhsh Marri, ont été là pour guider la prochaine génération de sarmachars (combattants de la liberté).

La cinquième vague a commencé en 2004 et s’est aggravée en raison d’une série d’événements. Elle continue jusqu’à présent, dépassant la durée et la portée de toutes les vagues précédentes mises ensemble. Parmi les premières causes, la dictature militaire de général Pervez Musharraf, ayant accédé au pouvoir par un coup d’État en 1999, a passé des contrats avec des entreprises internationales pour explorer le pétrole et le gaz dans la région de Kohlu au Baloutchistan. Le régime planifiait aussi la construction d’un oléoduc traversant le Baloutchistan depuis l’Iran et le développement du port de Gwadar. Comme depuis l’annexion, tels projets ne bénéficient que l’impérialisme et l’armée. Le battement et viol d’un médecin, Shazia Khalid, à l’installation de gaz de Sui par un capitaine de l’armée en janvier 2005 a éclaté les confrontations armées. Le dictateur Musharraf a naturellement défendu le capitaine, puisqu’il est avec l’armée. Au Pakistan, tous les membres de l’armée (y compris les retraités) sont effectivement au-dessus de la loi et les critiquer est socialement inacceptable. Cependant, Khalid a été tranquillisé après le viol pour tenter de dissimuler le crime et elle serait finalement chassée du pays à la suite d’une campagne de harcèlement. Les guérillas baloutches ont répondu au crime avec un déluge d’attentats sur l’installation de gaz, ce qui a coupé l’approvisionnement en gaz de plusieurs métropoles, incluant Karachi et Lahore, provoquant la réponse de l’armée. C’était pendant cette période qu’Akbar Bugti, chef de l’importante tribu Bugti et défenseur réformiste de longue date des droits des Baloutches, décide de prendre les armes avec ses compagnons de tribu à côté de Balach Marri, fils de Khair Bakhsh Marri. Ensemble, ils ont proposé une liste de revendications de 15 points à l’État, incluant l’arrêt de la construction de base militaire et plus de contrôle sur les ressources naturelles du Baloutchistan. En aout 2006, l’armée trouve la grotte où Akbar Bugti est caché et ils le font exploser, tuant le chef tribal de 79 ans. L’assassinat de ce personnage politique et historique respecté par les Baloutches a déclenché une des plus grandes révoltes populaires dans l’histoire du mouvement. Le 3 avril 2009, le président du Mouvement national baloutche, Ghulam Baloch (dont le neuveu était très récemment tué en Suède) ; le secrétaire général du Front national baloutche, Lala Munir et le vice-président du Parti républicain baloutche, Sher Mohammad Baloch, ont été innocentés de toutes accusations par le tribunal antiterroriste. Ils ont été ciblés par l’État pour leur travail politique et leur activisme sur les personnes enlevées au Baloutchistan. Ce même jour, les trois dirigeants ont été enlevés par des hommes non identifiés pendant une rencontre avec des avocats. Leurs corps en état de décomposition ont été retrouvés cinq jours plus tard dans une région montagneuse. Les trois corps avaient des blessures par balle à la tête. De nouveau, le Baloutchistan a révolté pendant des jours qui a rendu la vie normale presque impossible dans plusieurs régions. Le niveau de répression violente sans précédent exercé par l’armée pakistanaise et ses intermédiaires envers le mouvement démontre que dans cette courante vague, l’armée ne s’intéresse plus à faire des compromis avec les Baloutches. La raison pour cette approche est que dans la vague courante, le but de l’État n’est pas simplement de garder l’intégrité du territoire du Pakistan pour continuer à exploiter les ressources baloutches. Depuis les premières discussions sur le développement de CPEC, l’armée pakistanaise a la tâche essentielle de « nettoyer » le Baloutchistan pour l’investissement chinois. La prison de nations reconnue comme le Pakistan suit une politique de génocide contre les Baloutches pour permettre à son existence semi-féodale décrépite de continuer sous la domination du social-impérialisme chinois. Par conséquent, la lutte pour l’indépendance du Baloutchistan est passée à un stade supérieur.

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