Gérald Darmanin nommé ministre de l’intérieur, malgré la plainte pour viol dont il fait l’objet



Alors qu’il était déjà ministre de l’action et des comptes publics depuis 2017, Gérald Darmanin vient de recevoir une belle promotion en étant nommé ministre de l’intérieur du nouveau gouvernement de Jean Castex. Alors qu’il fait l’objet d’une plainte pour viol, Gérald Darmanin devient donc le « premier flic de France ».

Alors que nombre de personnes ont témoigné sur les réseaux sociaux et devant le ministère de l’intérieur de leur désapprobation suite à cette nomination, le gouvernement se cache de son côté derrière la notion de « présomption d’innocence » pour défendre Darmanin. Cette notion de droit est depuis longtemps utilisée par tous les politiciens dès lors qu’ils sont accusés de quoi que ce soit. Ils prétendent en effet « bénéficier de la présomption d’innocence comme tous les citoyens », pourtant, force est de constater que la présomption d’innocence est un privilège bourgeois. Combien de travailleurs se sont retrouvés derrière les barreaux en quelques jours suite à une comparution immédiate juste pour avoir participé à une manifestation de gilets jaunes ? Lorsque des travailleurs se révoltent, pour eux, c’est la présomption de culpabilité qui prévaut devant les tribunaux : c’est à eux de prouver devant le tribunal qu’il n’ont pas commis d’infraction, et non au tribunal de prouver qu’ils en ont commis une. Bien-sûr, ce n’est pas écrit de cette façon dans les textes de loi, mais c’est bien de cette façon que la justice bourgeoise réprime les révoltes prolétarienne.

Le droit de l’État capitaliste français est donc à deux vitesses, au sens propre comme au sens figuré : alors que les bourgeois bénéficient généralement de plusieurs années pour préparer leur défense quand ils sont accusés d’une infraction, les prolétaires, quant à eux, passent souvent en comparution immédiate, et la justice ne prête pas grand intérêt à leur cas. En effet, comment établir précisément des faits, comment déterminer les tenants et aboutissants d’une affaire en à peine quelques heures et sans réelle enquête ? C’est impossible, c’est pour cela que la comparution immédiate est une usine à fabriquer des détenus. L’état d’urgence instauré suite aux attentats de 2015 et dont beaucoup de dispositions sont désormais entrées dans le droit commun a également permis aux capitalistes d’appliquer une justice d’exception à l’égard de milliers de personnes en permettant l’assignation à résidence d’individus sur simple ordre de la préfecture et uniquement sur la base de soupçons. Cette mesure, qui a été notamment utilisée contre des militants politiques sous prétexte de lutte anti terroriste, illustre encore une fois à quel point une présomption de culpabilité peut facilement peser sur un individu dès lors qu’il est soupçonné de quoi que ce soit et qu’il n’est pas un bourgeois. Le troisième exemple de présomption de culpabilité est bien évidemment la détention provisoire en attente de procès. Par ce procédé, une personne peut être mise en prison sans même avoir été jugée coupable de quoi que ce soit. Bien-sûr, cette détention provisoire est là encore souvent utilisée contre les travailleurs, y compris pour des délits mineurs, mais extrêmement rarement contre les bourgeois, même pour de graves crimes.

Défendre Gérald Darmanin en invoquant la présomption d’innocence est donc d’une grande hypocrisie de la part d’un gouvernement qui ne s’est pas gêné pour piétiner cette notion de droit dès lorsqu’il s’agissait de prolétaires, notamment en incitant la police et la justice à utiliser massivement la qualification pénale de « groupement en vue de commettre des dégradations et des violences » contre les gilets jaunes. Quant aux autres arguments de défense employés, ils sont tout aussi pathétiques. En effet, il y a quelques semaines, Nicole Belloubet, alors ministre de la justice, avait affirmé que Gérald Darmanin est un « bon ministre du budget au demeurant » lorsqu’un journaliste l’avait interrogée sur l’accusation de viol dont il fait l’objet, comme si ses compétences, réelles ou supposées (et en l’occurence plutôt supposées) en tant que ministre changeaient quoi que ce soit au fait que ce puisse-t-être un violeur.

En permettant la nomination de Darmanin au ministère de l’intérieur et celle de Dupont Morreti, ennemi juré du mouvement Me Too, au ministère de la justice, Macron et l’État français prouvent une fois de plus qu’ils sont bien plus du côté des violeurs et des hommes qui battent leurs conjointes que des femmes qui luttent contre ces horribles violences dont elles font l’objet quotidiennement.

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