Le défenseur des droits est-il un “contre pouvoir” ?



Visuel de Nantes Révoltée

Le média Nantes Révolté a posté récemment un court texte intitulé : « Défenseur des droits : extinction des derniers contre-pouvoirs ? ». Le défenseur des droits est présenté comme une figure cosmétique de la bourgeoisie, puis, plus loin, comme un des « rares contre-pouvoirs » contre la « toute puissance policière », police devenu indépendante du reste de l’Etat et des structures bourgeoises.

Mais alors, que représente le défenseur des droits ?

Dans le système bourgeois, les deux classes antagoniques, la bourgeoisie et le prolétariat, s’affrontent. La bourgeoisie fonde, construit, contrôle son Etat, l’Etat bourgeois pour réprimer le prolétariat et le maintenir dans sa position de classe dominée. Mais on ne peut maintenir une majorité de la population dans l’exploitation par la seule force de la matraque.

Ainsi, il y a plusieurs aspects qui expliquent la capacité de résistance du système bourgeois face aux assauts des masses populaires.

Le premier de ces aspects est l’impérialisme, c’est-à-dire le pillage des pays opprimés. Cela permet d’accumuler du capital en métropole, de développer les forces productives à un point tel que le problème principal deviens la sur-production. Les masses parviennent donc à prendre, par un moyen ou un autre, les miettes de cette surproduction, rendant leur vie matériellement plus confortable. Les masses ouvrières de France ne vivent pas dans des bidonvilles mais des appartements ou des maisons (de plus en plus mauvaise qualité), possèdent une voiture (pour aller travailler, généralement). Cela tend à rendre plus pacifique la situation.

Le second aspect, c’est la force culturelle de la bourgeoisie, la domination idéologique totale du système de pensée bourgeois. Dans les masses, les mythes bourgeois ont la peau dure, comme celui de la « réussite ». La bourgeoisie redistribue les subsides de l’impérialisme et permet à de rares prolétaires de sortir par le haut de leur classe, souvent au prix de la sueur, du sang et de l’écrasement des autres. Mais dans tous les domaines, du cinéma à l’histoire, c’est la logique de la bourgeoisie qui prévaut. Jamais les masses ne sont les héros de l’histoire, il y a seulement des individus exceptionels.

Enfin, le dernier aspect, c’est l’existence d’un compromis social. L’Etat bourgeois est, d’une certaine façon, le « quartier général » de la bourgeoisie. L’Etat décide donc, pour le bien de toute la bourgeoisie, de choses pouvant aller à l’encontre d’intérêts immédiats de fractions de la bourgeoisie, voire de la majorité de la bourgeoisie, pourvu qu’à long terme, les intérêts généraux de la classe soient défendus.

C’est le compromis social issu de l’après guerre. Les masses en armes ont été vendues par le PCF, mais il a fallu faire des compromis : la sécurité sociale, le chômage, la retraite… Bref : les « acquis du CNR ». Pour l’accumulation capitaliste, cela a aussi été une bonne chose, des masses capables de consommer la production, tant locale qu’importée. Le compromis a continué.

Tout ces compromis ont donné les protections sociales, les syndicats de cogestion, les partis politiques « révolutionnaires » trotskystes, etc. Et bien sûr, tout un tas de positions « de gauche » visant au meilleur compromis pour les masses populaires. Le défenseur des droits est un des aspects de ce compromis.

Mais en 2008, la crise a mis à mal la période de compromis, déjà bien effritée par la chute de l’URSS. La seconde crise, commencée fin 2019, accentuée par l’épidémie mondiale de covid-19, balaye tous ces compromis. La bourgeoisie se met en ordre de bataille pour redresser le profit et écraser toutes les révoltes par la violence – car elle le sait, les révoltes seront inévitables. La bourgeoisie change sa propre légalité, son propre système de normes pour se préparer à la période.

Le défenseur des droits n’a jamais été un « contre-pouvoir ». Il n’a été qu’un outil de contrôle social de la bourgeoisie, un compromis. Et, aujourd’hui, ce compromis n’est plus utile à la bourgeoisie. Alors, il disparaît. En confondant compromis et contre-pouvoir, l’anarchisme montre ici sa nature fondamentalement réformiste, derrière le vernis révolutionnaire.

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