Les enjeux européens du mouvement de démocratie en Biélorussie : un apéritif pour un festin impérialiste sanglant (Partie I)



Depuis l’élection présidentielle biélorusse du 9 aout, le mouvement de démocratie biélorusse a explosé pour contester le résultat contestable qui confie à Alexandre Loukachenko un sixième mandat présidentiel. Élu la première fois en 1994 en tant que candidat indépendant anticorruption, Loukachenko a mené la Biélorussie sur une voie stratégique prorusse offrant une stabilité économique et politique relative au sein d’un ancien bloc de l’est en chute libre économique pendant les années 90. Même si ce n’est que maintenant qu’ils ont attiré autant d’attention, les mouvements contre les élections frauduleuses et le régime de Loukachenko remontent à 1999 avec la « marche pour la liberté ». Ces mouvements ont resurgi en 2006 avec la « Révolution en jean », qui a été inspiré par les « révolutions de couleur » en Yougoslavie en 2000 et en Géorgie en 2003. Ils se sont répétés en Biélorussie en 2010, 2011, et en 2017.

L’ampleur du mouvement en 2020 semble dépasser les mouvements précédents apparemment en raison de la mauvaise gestion de la crise de la COVID-19 et l’énorme corruption sous le régime actuel. L’élection présidentielle s’est déroulée principalement entre le vieux dictateur à l’esthétique soviétique Loukachenko et Svetlana Tsikhanowskaïa, la femme et candidate de remplacement de Sergueï Tsikhanowski, un entrepreneur devenu fameux youtubeur « anticorruption ». Il a été arrêté par l’État biélorusse le 29 mai. Le résultat officiel de ce duel politique surréel était 80 % des votes en faveur de Loukachenko et 10 % pour Tsikhanowskaïa. Ce résultat discutable a déclenché le mouvement de manifestation actuel, dont Tsikhanowskaïa est de facto la représentante principale. Il apparaît que les manifestations sont largement pacifiques et renforcées par des grèves, notamment dans le secteur industriel d’État. L’État a répondu aux manifestations avec de la violence et des arrestations en masse et des rapports affirment que les détenus se font torturer et humilier. Par contre, il y a aussi des rapports de policiers et de soldats qui refusent de réprimer les manifestants. Vers le 10 aout, Tsikhanowskaïa a fui le pays pour la Lituanie et le 18 aout elle a participé à la première réunion du « conseil de coordination », qui doit rassembler les dirigeants de l’opposition pour organiser un futur « gouvernement de transition » que Tsikhanowskaïa est préparée à diriger. Ce nouveau gouvernement aurait la tâche de réaliser une élection présidentielle équitable pour déterminer le nouveau dirigeant du pays, qui selon Tsikhanowskaïa, aurait dû être elle. Le conseil de coordination a déjà appelé les forces répressives de l’État à changer de camp, ce qui équivaudrait à un coup d’État. L’ascension en quelques mois de Tsikhanowskaïa d’une simple femme au foyer mariée à un youtubeur à la potentielle future dirigeante d’un nouveau régime en Biélorussie avec le soutien de l’Union européenne et des États-Unis est assez ahurissante. Dans ce laps de temps, Loukachenko a cédé un peu à la pression des masses en offrant un référendum sur une réforme constitutionnelle qui mènerait à une nouvelle élection, mais il refuse de s’engager avec les manifestants, qu’il croit être au service de « l’Occident ».

Bien que les aspirations du peuple biélorusse pour un système politique plus démocratique soient à la base du mouvement, l’ampleur et la progression de la situation peut seulement être comprise en analysant de la Biélorussie par rapport à la lutte inter-impérialiste qui entoure littéralement le pays. La Biélorussie est située entre l’Union européenne et la Russie. De plus, les États-Unis sont présents dans le cadre de la mobilisation militaire anti-russe Enhanced Forward Presence (EFP) de l’OTAN, avec les forces étatsuniennes basées en Pologne. EFP complète l’Operation Atlantic Resolve, qui renforce toutes les mobilisations de l’OTAN partout auprès de la frontière russe occidentale sous la direction des États-Unis. Les récentes manœuvres ambitieuses de Loukachenko avaient aussi monté les tensions avec la Russie. Tous ces facteurs découlent de l’affinement de la crise de l’impérialisme dans la crise économique mondiale qui débute. Alors que les puissances impérialistes luttent entre elles pour dominer des marchés d’exportation de capitaux étrangers en recherche désespérée de profits, le moment est arrivé pour chaque grande puissance impérialiste de tirer la Biélorussie sous son influence en prévoyant la guerre mondiale à venir.

La Russie

En 1990, les États-Unis ont promis à Mikhaïl Gorbatchev, le dernier président de l’URSS, qu’en échange de leur coopération avec l’unification de l’Allemagne, ils n’avanceront jamais la présence de l’OTAN vers les anciens pays du bloc de l’est. Aujourd’hui, tous les pays hors de l’URSS qui ont été incorporés dans le Pacte de Varsovie sont devenus membres de l’OTAN. En outre, la révolution de couleur en Géorgie et le coup d’État pro-étatsunien suivant l’Euromaïdan en Ukraine ont mené à la partition de ces deux pays voisins de la Russie entre secteur étatsunien et secteur russe. Le seul voisin pro-russe intact qui restait à la Russie en Europe était la Biélorussie de Loukachenko, mais cela a commencé à changer vers 2019. Dans les premières années de son règne, l’intégration de la Biélorussie avec la Russie a été un projet politique central pour Loukachenko. En collaboration avec l’ancien président russe, Boris Eltsine, l’Union de la Russie et de la Biélorussie a été créé le 2 avril 1997. Le but était de développer l’union vers l’intégration complète de ces deux pays culturellement semblables et aussi d’autres pays pro-russes de la région dans un seul État. Loukachenko promouvait une politique qui faciliterait une future intégration des institutions de l’État biélorusse avec les institutions russes et il a développé l’économie sur la base d’une dépendance sur les hydrocarbures russes vendus sous le prix coutant. L’entente favorable avec la Russie a permis à la Biélorussie de développer une grande industrie de transformation d’hydrocarbures exportant ses produits pour accéder à de précieux dollars étatsuniens essentiels pour le commerce international.

Pourtant, l’enthousiasme de Loukachenko vers l’union avec la Russie commence à s’affaiblir dans les années 2000. Le 31 décembre 1999, Eltsine cède sa position à Vladimir Poutine. Poutine a réorganisé une Russie laissée en ruine par le toutou des États-Unis, Eltsine, qui a permis à la liquidation rapide de l’industrie du pays sous le couvert de réformes libérales radicales, l’extension de la mafia et des oligarques dans tous les aspects de la vie économique et finalement la crise financière russe de 1998. Pendant le règne catastrophique d’Eltsine, Loukachenko pouvait envisager d’avoir un rôle central pour lui-même au sein de l’union, tandis que l’union avec la Russie de Poutine ne lui offre rien sauf de devenir une tête remplaçable dans une Russie en expansion. La direction de Poutine a transformé la Russie d’un pays en désintégration économique et sociale en un pays relativement stable malgré des sanctions importantes. Cette stabilité a permis à la Russie d’agir plus efficacement comme le pays impérialiste qu’elle est. La Russie de Poutine a démontré cela très bien avec la Deuxième guerre d’Ossétie du Sud en 2008, qui a créé deux zones « autonomes » sous contrôle russe à partir de la Géorgie (pro-étatsunienne depuis la « Révolution des roses » en 2003), et avec l’annexion de la Crimée et le lancement de la Guerre du Donbass depuis 2014 suivant le coup d’État pro-étatsunien et pro-UE qui a découlé des manifestations d’Euromaïdan en Ukraine. Les promesses étatsuniennes non tenues des années 90 ont poussé l’impérialisme russe à se méfier justement des impérialistes occidentaux et de leurs projets dans sa sphère d’influence. En conséquence, la Russie a développé un réflexe efficace d’intervention militaire et de partition de territoires voisins selon des lignes ethnolinguistiques sous le prétexte de l’autodétermination des peuples pour créer des zones pro-russes stratégiques le long de ses frontières là où il y a un changement de régime pro-étatsunien ou pro-UE. Cette approche militaire représente une menace importante au régime de Loukachenko si son engagement envers la Russie vacille.

En 2019, les fissures entre la Russie et la Biélorussie de Loukachenko sont devenues évidentes. Les pays voisins n’ont pas réussi à établir un accord d’approvisionnement en pétrole avant la fin de l’année, ce qui a mené à un arrêt à l’exportation de pétrole russe en Biélorussie le 31 décembre. L’impérialisme russe avait tordu le bras de la Biélorussie pour mettre en évidence son rôle semicolonial par rapport à la Russie. 80 % des besoins en énergie de la Biélorussie dépendent de la Russie et l’arrêt d’importation de pétrole russe avait énormément ralenti le fonctionnement des raffineries biélorusses et même temporairement arrêté l’exportation de produits pétroliers, qui fournit plus que 50 % des exportations du pays vers l’Union européenne. Quelques jours plus tard, la Russie a accepté de fournir du pétrole à des volumes inférieurs permettant aux raffineries biélorusses à fonctionner. Le débat à l’origine de cet affrontement économique revient à des attentes divergentes sur l’Union de la Russie et de la Biélorussie. Dans les négociations, la Russie exigeait des pas concrets vers plus d’intégration dans l’union (c’est-à-dire dans la Russie) comme condition pour que la Biélorussie puisse continuer à importer du pétrole russe à un prix subventionné. De l’autre côté, la Biélorussie exigeait d’abord un accord pour du pétrole subventionné avant d’avancer avec plus d’intégration dans l’union. Poutine a forcément remarqué que Loukachenko essayait de le mener par le bout du nez et il a répondu en arrêtant l’approvisionnement en pétrole russe bon marché auquel l’économie semi-coloniale du pays est devenue dépendante au fil des décennies. C’est dans ce contexte que le régime capitaliste-bureaucrate de Loukachenko commence à plus ouvertement défier son maitre à Moscou, mettant son existence en danger. En février, Loukachenko a menacé de siphonner le pétrole russe destiné pour l’Union européenne qui traverse la Biélorussie par oléoduc en proclamant le refus de laisser la Biélorussie devenir une partie de la Russie par moyen de menace économique. Dans le premier trimestre économique de 2020, l’importation du pétrole russe a baissé de 77 % et le régime de Loukachenko a décidé de chercher une solution à la pénurie ailleurs qu’en Russie. Son but était de réduire la part russe des importations pétrolières entre 30 % à 40 %. La Biélorussie s’est tournée vers la Norvège et l’Azerbaidjan pour remplacer les importations russes. Plus important encore, Loukachenko avait accueilli en février le secrétaire d’État des États-Unis Mike Pompeo en Biélorussie. Cette visite représente un rapprochement sans précédent avec les États-Unis, Pompeo promettant de fournir de l’énergie étatsunienne au pays. La Biélorussie avait donc commencé des discussions avec la Pologne pour importer du pétrole étatsunien et saoudien par l’oléoduc de Gdansk. Finalement, en avril, avec la chute globale des prix du pétrole, la Biélorussie a réussi à réaliser une entente avec les grands fournisseurs russes de pétrole, qui ont été frappés durement par la chute des prix. Néanmoins, les problèmes économiques biélorusses ont continué, puisque les prix de ses propres exportations pétrolières ont également chuté.

La contradiction entre l’impérialisme russe et le capitalisme bureaucratique biélorusse a atteint un stade de développement critique. L’intensification actuelle inévitable de la crise de l’impérialisme vers la guerre mondiale exige que la Russie revendique plus de concessions de son petit voisin semicolonial. Le coup d’État en Ukraine en 2014 suivi par la mobilisation massive de l’OTAN dans le cadre d’EFP le long de la frontière russe avec les pays baltes et le long de la frontière biélorusse avec la Pologne représente la plus importante avancée militaire stratégique contre la Russie depuis l’incorporation prolongée des anciens pays du bloc de l’est dans l’OTAN. Cette mobilisation de guerre contre la Russie a été complétée par de dures sanctions économiques qui introduisent sous le prétexte des interventions militaires russes en 2014 pour partitionner l’Ukraine, qui venait juste de tomber dans les mains de l’impérialisme étatsunien. Dans ce contexte, la Russie veut surtout éviter qu’encore un autre pays voisin allié change d’allégeance aux États-Unis par une révolution de couleur. Il est évident qu’aucune révolution de couleur ne sert à promouvoir la démocratie. Le rôle principal de ce modèle de « révolution » conçu par la CIA est de remplacer les régimes pro-russes en place par des régimes qui accueilleront l’armée impérialiste des États-Unis et l’OTAN dans leur progression implacable vers la frontière russe depuis l’effondrement de l’URSS. L’impérialisme russe veut certainement freiner cette progression en incorporant finalement la Biélorussie dans la Russie, ce qui explique le conflit sur les conditions d’un accord pétrolier en fin 2019. Pourtant, Loukachenko démontre ne pas être l’allié dont la Russie a besoin en Biélorussie. Pendant deux décennies, l’économie biélorusse a profité d’hydrocarbures subventionnés et de prêts russes avantageux grâce aux fausses promesses d’intégration par le régime de Loukachenko. Les manœuvres de Loukachenko en début 2020 représentent une trahison ouverte de la Russie qui s’accumule sur de nombreuses déceptions pour l’impérialisme russe, comme le refus continu de la Biélorussie de Loukachenko d’accueillir une base aérienne russe et de vendre ses importantes entreprises d’État aux monopoles russes. L’arrestation de 33 personnes le 30 juillet, soupçonnées d’être des mercenaires russes en Biélorussie, avant l’élection présidentielle, avait encore aggravé les relations entre les deux pays. Le secrétaire du Conseil de sécurité de la Biélorussie, Andrei Ravkov, avait déclaré que leurs investigateurs soupçonnent que jusqu’à 200 mercenaires russes sont entrés dans le pays pour déstabiliser la situation lors des élections.

Depuis la nouvelle vague de manifestations en Biélorussie, la Russie n’est pas venue au secours de Loukachenko et son régime de capitaliste-bureaucrate puisqu’ils ont démontré leur réticence vers un rôle dans le futur de l’impérialisme russe. Poutine aurait probablement préféré que Viktar Babaryka gagne les élections, mais la candidature du banquier au monopole russe Gazprom en Biélorussie était bloquée par la commission électorale et il a été arrêté pour des activités financières illégales. Jusqu’à maintenant, la réaction publique de la Russie à la situation sert à opposer et minimiser l’influence de l’Union européenne et des États-Unis pour éviter qu’une tendance politique pro-occidentale se concrétise dans le pays. L’influence culturelle et politique russe est particulièrement fort dans l’est du pays, donc il est possible qu’une fraction pro-russe se développe. Si la direction pro-UE du mouvement finit par dominer et qu’un régime sous le contrôle de l’Union européenne ou des États-Unis et mis en place, la Russie aurait de nouveau l’option de partitionner la partie orientale plus russe du pays comme elle a fait en Ukraine. Dans ce cas, les armées impérialistes de l’OTAN en Pologne et dans les pays baltes avanceront dans la partie orientale, transformant à long terme la Biélorussie entière dans une zone de guerre de basse intensité. Une stratégie russe plus favorable serait de laisser Loukachenko s’affaiblir en isolation sous la pression des pays impérialistes occidentaux et des manifestants pour le forcer à se tourner vers Moscou pour du soutien en échange de son obéissance complète. Cette deuxième stratégie est assez raisonnable puisque Loukachenko n’a nulle part ailleurs où se tourner et elle représenterait une victoire importante pour l’impérialisme russe avec relativement peu de dégâts militaires, diplomatiques ou économiques. La nouvelle résurgence de dialogue officiel entre le régime et la Russie, le soutien diplomatique russe continu à l’international, le potentiel d’un refinancement d’un milliard de dollars de la dette biélorusse envers la Russie et la mobilisation de forces de répressions russes prête à intervenir si le mouvement devient violent ou surtout si un autre pays étranger intervient indiquent tous que la Russie a réussi à avancer dans cette stratégie favorable à l’impérialisme russe. Le soutien russe depuis le début de septembre a également entraîné des exercices militaires communs de l’armée biélorusse et russe à Brest, auprès de la frontière avec la Pologne.

L’alliance impérialiste européenne

Officiellement reconnue comme l’Union européenne, l’alliance impérialiste européenne dirigée principalement en concurrence entre l’Allemagne et la France a commencé à remodeler ses relations avec la Biélorussie vers le début des années 2010. La stratégie des puissances impérialistes européennes de sanctionner la Biélorussie et ses représentants sous le prétexte hypocrite de s’intéresser aux droits fondamentaux dans le pays s’était révélée être une impasse pour les vrais intérêts de ces États impérialistes. En citant des violations de droits démocratiques et humains autour des élections présidentielles de 2006 et 2010, l’alliance impérialiste a imposé d’importantes sanctions sur une grande partie de la direction du pays, incluant Loukachenko. Par contre, l’intensification des affrontements avec l’impérialisme russe a contraint l’alliance à abandonner la façade humanitaire. En 2008, la Russie est intervenue militairement contre l’offensive militaire du gouvernement comprador géorgien du président Mikheil Saakachvili dans la région autonome d’Ossétie du Sud. Le but de Saakachvili était de finalement consolider le territoire autonome rebelle. Cette courte guerre mènerait à une victoire russe décisive et à la création de la république d’Abkhazie et de la république d’Ossétie du Sud-Alanie. Ces nouvelles républiques pro-russes avaient besoin de reconnaissance internationale et la Biélorussie avait promis de les reconnaitre rapidement. Pourtant, des mois sont passés et la Biélorussie n’avait toujours pas agi sur sa parole. Pendant ce temps, la Biélorussie est devenue membre du Partenariat oriental, inauguré le 7 mai 2009. Le Partenariat oriental est une « politique de voisinage » de l’Union européenne qui sert à ouvrir les marchés de neuf pays à l’est de l’Union européenne aux capitaux européens sous le couvert de la promotion en commun de la démocratie, de l’État de droit et des droits de l’homme. Ce couvert était facilement mis de côté pour inclure la Biélorussie en échange de sa non-reconnaissance des républiques d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud-Alanie. Cela a marqué le début de liens plus étroits avec l’Union européenne. Par exemple, la Biélorussie a refusé d’approuver les sanctions russes contre l’Ukraine après le coup d’État pro-UE de 2014. En octobre 2015, le Conseil européen a effectivement mis fin à des sanctions contre 170 Biélorusses et trois entreprises biélorusses. Entre 2014 et 2020, l’Instrument européen de voisinage et de partenariat a alloué plus de 170 millions d’euros à la Biélorussie. Au cours des dernières années, la Banque européenne d’investissement a accordé de nombreux prêts importants à la Biélorussie, notamment un prêt de 110 millions d’euros pour améliorer une des autoroutes principales traversant le pays. Ce type d’investissement par l’Union européenne sert à améliorer les capacités des infrastructures logistiques pour qu’elles puissent bien gérer le mouvement de biens qui résulte de l’exportation des capitaux européens.

L’ancienne stratégie des sanctions contre la Biélorussie n’apportait pas de bénéfices à l’alliance impérialiste européenne et servait en fait l’impérialisme russe. Puisque l’Union européenne avait fermé sa porte à la Biélorussie, elle a laissé le marché biélorusse entièrement aux monopoles russes et ces monopoles ont eu un accès exclusif aux privatisations des importantes entreprises d’État biélorusses. La politique de l’Union européenne avait effectivement renforcé la domination de la semicolonie biélorusse par l’impérialisme russe. Le changement de stratégie était logique et nécessaire pour l’alliance impérialiste européenne, non seulement pour permettre aux monopoles européens d’exploiter la Biélorussie, mais aussi pour contrer l’ambition impérialiste russe de développer son propre marché unique dans la région : l’Union économique eurasiatique (UEEA). De plus, ce changement de stratégie avait un rôle dans la stratégie plus générale de l’alliance impérialiste européenne vis-à-vis de l’impérialisme étatsunien de défier la domination mondiale du dollar étatsunien en préparant le terrain pour la poursuite de l’expansion de l’Union européenne dans la mesure du possible. Tant que le dollar étatsunien reste la devise standard du commerce international, les monopoles européens seront forcés de suivre les directives de l’impérialisme étatsunien, telles que les sanctions. Cette contradiction a été exemplifiée par les efforts de l’Union européenne en 2018 de permettre aux monopoles européens de contourner les sanctions de l’administration Trump contre l’Iran. Malgré leurs efforts créatifs, les monopoles européens étaient forcés à se retirer de l’Iran puisque leurs affaires en Iran mettaient en risque tout leur commerce en dollars étatsuniens, qui est beaucoup plus important. Les monopoles européens ont également un grand intérêt dans l’énorme marché russe et l’énergie russe est essentielle pour l’Europe, mais l’accès à ce marché est aussi limité et menacé par l’extrême agressivité de l’impérialisme étatsunien aujourd’hui. La stratégie à long terme de l’alliance impérialiste européenne pour minimiser les effets de cette contradiction interimpérialiste est l’expansion du bloc de pays représentés par l’Union européenne pour permettre à une gestion économique moins dépendante du dollar étatsunien. De plus, une plus grande Union européenne pourrait mieux négocier avec les États-Unis, mais en tout cas, cela ne suffirait pas pour contester la domination du dollar étatsunien qui est au centre du système financier mondial.

Avec le début des manifestations en Biélorussie, l’alliance impérialiste européenne est rapidement retournée à sa stratégie précédente. En prévoyant la possibilité d’un changement de régime, les impérialistes européens ont rapidement lâché leur nouvel ami Loukachenko pour soutenir pleinement l’émergence d’un nouveau régime comprador totalement soumis à la volonté des monopoles des différentes puissances impérialistes d’Europe. Les hypocrites européens citent de nouveau la violation des droits démocratiques pendant l’élection et la violation des droits de la personne dans la répression des manifestants. Pourtant, pendant que l’Union européenne se rapprochait du régime de Loukachenko, c’était toujours le même régime dictatorial avec les mêmes pratiques répressives, sous lequel le même peuple a dû souffrir. La seule motivation pour le changement de stratégie de l’alliance impérialiste européenne est qu’une occasion s’est présentée pour prendre immédiatement tout le gâteau, plutôt que d’essayer de le partager avec les Russes. Le 13 aout, le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, a déclaré qu’un changement de régime en Biélorussie est nécessaire. Le lendemain, l’Union européenne a commencé à préparer des sanctions contre des fonctionnaires biélorussiens. Tsikhanowskaïa et le reste du conseil de coordination, composés principalement d’un mélange d’intellectuels, d’entrepreneurs et d’artistes biélorusses petits-bourgeois et puis aussi de quelques « représentants ouvriers », sont le visage de la nouvelle campagne de l’alliance impérialiste européenne contre la Biélorussie. Le but de cette campagne est de remplacer le régime capitaliste-bureaucrate en Biélorussie par un régime comprador près à permettre aux monopoles européens de profiter de la liquidation totale des entreprises d’État biélorusse, de faire des investissements lucratifs dans une économie fraichement rasée et pour ouvrir la voie à l’intégration de la Biélorussie dans l’Union européenne.

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