Le reconfinement de la honte



Ça y est, on y est, le territoire de l’État français va à nouveau être confiné, il sera à nouveau interdit de sortir de chez soi sauf raison impérative, et ce sous peine d’une amende de 135€. On s’y attendait depuis déjà quelques semaines, c’est donc chose faite. Ce reconfinement n’est pas anodin, il illustre tout l’échec des politiques menées ces derniers mois dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19, il illustre toute la violence de ce système contre le prolétariat, et il illustre enfin le fait que le système capitaliste est incapable de gérer une épidémie correctement.

Cet été, Emmanuel Macron annonçait fièrement que l’État français était prêt en cas de deuxième vague et il se vantait de l’efficacité des mesures mises en place pour lutter contre la pandémie de Covid-19 suite au déconfinement. En effet, jusqu’à la fin de l’été, l’épidémie était plutôt maîtrisée sur le territoire de l’État français, mais il ne s’agissait là que d’un trompe l’oeil : les départs en vacances, les établissements scolaires fermés, les congés d’été, le beau temps, tout ça a fait que le nombre de contacts à risque a été largement diminué, et l’épidémie est donc revenue de plus belle dès la rentrée, c’est à dire dès que tous les travailleurs ont repris le boulot et dès que les jeunes sont retournés en cours. L’arrivée des mauvais jours a évidemment amplifié le retour de l’épidémie, car, on le sait désormais, le virus se transmet beaucoup plus facilement en lieu clos qu’à l’air libre.

Ainsi, depuis la rentrée, on a pu à nouveau voir tous les signes d’un système de santé au bord du gouffre, incapable d’endiguer une épidémie, faute de moyens : laboratoires de tests submergés, équipes en charge du traçage des cas contacts surchargées de travail, services de réanimation saturés, personnels hospitaliers obligés de venir travailler même contaminés etc. Tout cela résulte, bien-sûr, d’un échec de la stratégie gouvernementale visant à essayer tant bien que mal de contrôler l’épidémie tout en préservant l’économie, et entendez par là les profits de la bourgeoisie. Mais, en prenant du recul, on peut constater que ce n’est pas seulement la stratégie de lutte contre le Covid qui est en cause, mais bien toute l’organisation de nos systèmes de santé qui, année après année, réforme après réforme, sont démantelés méthodiquement par des politiciens qui souhaitent faire des économies sur la santé des masses populaires et donner des parts de marché de plus en plus grandes au privé qui se frotte les mains à l’idée de récupérer un marché de plusieurs dizaines de milliards d’euros. C’est d’ailleurs contre cette destruction de l’hôpital public que les personnels hospitaliers sont en lutte depuis plusieurs années maintenant.

Alors, quand on manque cruellement de places en réanimation, quand on manque cruellement de personnel capable de s’occuper des patients atteints du Covid, quand le système capitaliste nous a tellement inculqué l’individualisme comme valeur suprême que des millions de personnes vivent sans faire attention aux autres, le confinement reste la dernière solution. Mais ce confinement, bien plus encore que le premier, est le confinement de la honte. Non seulement il montre à quel point les États gouvernent dans l’urgence, faute de capacités (ou de volonté ?) d’anticipation des crises, mais en plus, il arrive bien trop tard. Comment le gouvernement pourra-t-il justifier auprès des proches des milliers de morts de ces prochaines semaines le fait d’avoir attendu aussi longtemps avant de reconfiner, alors qu’on savait déjà depuis au moins un mois que l’épidémie allait devenir incontrôlable ? La situation est la même que durant la première vague : en confinant une semaine plus tôt, on aurait sauvé des milliers de vies, en confinant deux semaines plus tôt on en aurait sauvé des dizaines de milliers. En effet, il y a deux semaines déjà, nous avions dépassé les 20 000 cas quotidiens détectés, et nous savions déjà alors que, malgré toutes les mesures barrières mises en place, ces 20 000 quotidiens allaient devenir 40 000 au bout de deux semaines et 80 000 au bout d’un mois sans mesures de confinement. Malgré cela, le gouvernement a préféré mettre en place un couvre feu dans quelques villes et fermer les bars. Quant aux entreprises, Macron s’est contenté de « recommander » le télétravail. Autrement dit, pour les gens qui sortent se promener à 21h30, c’est une amende de 135€, mais pour les entreprises qui contribuent à la propagation de l’épidémie en refusant de mettre en place le télétravail (quand il est possible), là, aucune sanction. Si le gouvernement voulait éviter une saturation des services de réanimation, si il voulait éviter d’avoir 50 000 cas détectés par jour (le record étant de 52 013 cas le 25 octobre), il fallait donc confiner il y a deux semaines, et non aujourd’hui.

Bien-sûr, le confinement qui arrive est une fois de plus un confinement ultra violent contre le prolétariat. Alors que la bourgeoisie demande à tout prix que soit protégée l’économie (leurs profits, donc), le gouvernement se plie à cette volonté et souhaite mettre en place un confinement « éco-compatible ». Concrètement, cela signifie que les ouvriers continueront à aller au boulot, dans la plupart des secteurs d’activité, y compris ceux non essentiels. Alors qu’au printemps dernier, de nombreuses usines non essentielles avaient fermé, il semblerait donc que ce ne soit pas le cas cette fois. Et pour cause, si le système capitaliste a démontré qu’il est incapable de gérer une épidémie, les bourgeois ne comptent pas pour autant rogner sur leurs profits.

Le confinement qui se prépare sera donc violent, à tous points de vue. Il le sera pour les personnes isolées, il le sera pour les travailleurs, il le sera pour les personnels hospitaliers, il le sera bien-sûr pour toutes les personnes contaminées au Covid-19, qu’elles soient placées en réanimation ou non, qu’elles survivent ou non, enfin, il le sera pour les dizaines de milliers de personnes qui vont perdre des proches d’une maladie qui, à coup sûr, aurait été bien mieux maîtrisée dans le cadre d’un système socialiste, contrôlé par et pour les ouvriers.

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