Le meilleur des ennemis pour le meilleur des mondes.



Ce n’est pas une une dystopie, ni un mauvais article d’anticipation mais le résultat du cheminement de l’état capitalo-parlementaire. Confronté à la crise finale de son système, la bourgeoisie n’a plus grand chose pour maintenir le « tissu social » c’est-à-dire sa domination sur la société de classe. Le quasi plein emploi (ou du moins avec un taux de chômage acceptable) assurait jusque là le ciment de la société de classe et de son système d’exploitation. Aujourd’hui la crise jette des millions de personnes dans la misère, la précarité, l’angoisse, elle sape les fondements du système demo-bourgeois. Cette crise économique, qui est devenue une crise sociale va se transformer, tôt ou tard, en crise politique, c’est-à-dire en crise de régime. La crise économique, qui est la crise du système impérialiste se traduit par une lutte aiguë entre les différentes puissances impérialistes pour garder leurs parts de marché ou en conquérir. Nous assistons à un nouveau partage du monde. Cette lutte va devenir de plus en plus aiguë, pour cela il faut renforcer l’appareil militaire par des investissements massifs qui se feront sur le dos de la classe ouvrière et des couches intermédiaires. Pour qu’une société accepte la guerre, il faut qu’elle se dise que la guerre est nécessaire pour sa sécurité, il faut que la guerre passe pour légitime aux yeux de la population. Pour qu’il y ait consensus guerrier il faut un ennemi commun. Il faut signaler que plus l’appareil militaire se renforce plus le fascisme progresse.

Comment maintenir une population sous contrôle si ce n’est par la peur. La peur conditionne notre cerveau, nos réactions. Si les êtres humains sont régulièrement stimulés par la peur, elle provoque des réponses conditionnées.

Les sociétés qui ont peur sont prêtes à tout accepter. Le criminologue en vogue, Alain Bauer, affirmait que nous allions sûrement devoir perdre quelques libertés pour défendre notre sécurité.

L’islamisme n’est pas un danger pour l’ordre établi, c’est-à-dire pour la société de classe. Il ne mettra jamais en danger le pouvoir de la bourgeoisie. Il est évident que jamais une part suffisante de la population ne choisira l’islamisme comme possibilité politique et d’ailleurs même si c’etait le cas cela ne changerait rien. Ce n’est pas un ennemi du système, comme l’a été et le sera de nouveau le communisme, c’est plutôt un dispositif passager pour renforcer l’Etat et préparer les vrais futurs affrontements qui seront sur le terrain de la lutte des classes.

Si l’islamisme menaçait véritablement le système dominant il serait chassé sans relâche, c’est loin d’être le cas. L’Etat a laissé proliférer les imans radicaux, les lieux de cultes pseudo-legaux et les associations islamistes, bien content d’un côté d’encadrer le prolétariat musulman et de l’autre pouvant s’en servir à volonté.

L’islamisme, c’est le meilleur des ennemis, il ne prendra jamais une importance sociale trop forte, il y a un consensus pour l’écraser, et il permet de mobiliser les masses contre un ennemi, il permet de légitimer les aventures militaires de type néocoloniales. Mais le plus important, c’est sa fonction de diviseur du prolétariat de France.

Les lois et mesures d’exception, qui ne le sont déjà plus, vont s’intégrer peu à peu comme normalité pour maintenir l’ordre. D’un point de vue idéologique, on est sommé de prendre parti entre l’islamisme ou la république bourgeoise (c’est-à-dire la dictature des riches sur la majorité des travailleurs) comme avant on prenait parti pour l’Est ou l’Ouest, le capitalisme ou le communisme. Bien entendu cette tentative « d’union sacré » ne peut tenir face à la lutte des classes, moteur de l’Histoire. L’ennemi islamiste est un ennemi tactique, quand va ressortir le véritable ennemi par l’action de la lutte des classes (le communisme), il sera balayé d’une façon ou d’une autre par la bourgeoisie. Les accusations d’islamo-gauchisme visent de même à tenter d’empêcher un rapprochement entre le prolétariat blanc et arabo-musulman.

Pour l’instant nous assistons à un virage à droite de tout le monde politique, les sorties génocidaires de Melenchon sur le « problème » avec la communauté tchétchène (génocidaire car l’essentialisation d’une communauté est la base idéologique du génocide), les appels répétés à lutter comme un seul homme face à l’islamisme, les accusations d’islamo-gauchisme contre ceux qui défendent les droits des musulmans etc. Toute cette ambiance est un complément de l’instrumentalisation de la crise sanitaire, ou l’Etat use et abuse du vocabulaire militaire : conseil de défense ou de guerre, mobilisation, couvre-feu etc. Ce n’est pas de la pure rhétorique mais cela rentre dans cette mobilisation réactionnaire nécessaire en temps de crise de l’impérialisme.

L’assassinat barbare du professeur Samuel Paty, le jour du couvre-feu qui plus est, permet de faire oublier le problème de fond qui est en dernier ressort la crise économique gigantesque qui se profile. Cela permet en outre de normaliser des pratiques qui vont à l’encontre des lois même de l’Etat bourgeois. Les « visites » par la police de plusieurs islamistes ne faisant pas parti de l’enquête pour « leur montrer que nous sommes là », comme l’a affirmé fièrement Darmanin, auraient, il y a quelques temps alerté n’importe quel démocrate, même bourgeois. Engels nous le rappelait il y a plus d’un siècle, les bourgeois sont prêts à violer leurs propres lois pour se maintenir au pouvoir. Concrètement cela signifie qu’il ne faut pas avoir confiance en l’Etat et encore moins espérer une « justice », ni attendre quoi que se soit des « défenseurs des droits de l’homme ».

Demain les masses en mouvement et leur avant-garde seront les nouveaux terroristes, tout ce que l’Etat se permet avec les islamistes, il se le permettra avec nous. A savoir les arrestations arbitraires, les exécutions systématiques comme pour les islamistes et tout ce qui se passe à l’abri des murs décrépis de nos commissariats.

Surtout, ne soyons pas naïf de tout ce qui est en train de se passer, en terme de calcul comptable, les bénéfices que retire l’Etat de cet ennemi intérieur (et plus important extérieur) est largement supérieur aux quelques morts civils. Le contrôle social ainsi que les profits retirés de la lutte contre le terrorisme en Afrique, valent bien quelques attentats. Pour l’instant ce sont les masses comme tout le temps qui trinquent. Il faudra, un jour, que tous ces politicards, ces spécialistes du maintien de l’ordre, ces stratèges de salon, rendent des comptes.

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