Rouge dehors, rouge dedans : Capitalisme, Écologisme et Communisme ou Comment j’ai arrêté d’être écologiste



L’écologisme n’est sur ce point pas une exception : tout comme le reste de la société capitaliste, il est hanté par le spectre du communisme. C’est qu’ aujourd’hui toute production idéologique du capitalisme a pour vocation, en dernière analyse, à attaquer le marxisme – et ce quel que soient les intentions personnelles des intellectuels la produisant, la science la plus exacte se verra retourner contre le marxisme. Des poncifs anticommunistes de droite aux idées les plus « radicales » d’une gauche qui n’est au final que la gauche du capital (le postmodernisme par exemple).

L’écologisme ne fait pas exception, que l’on parle des écologistes les plus mous, ceux qui pensent que pour sauver la planète, il suffit de penser à éteindre la lumière et de trier ses déchets, ou de ceux beaucoup plus radicaux qui prônent des idées comme la décroissance.

L’imposture de l’écologisme mou et du capitalisme vert n’est plus à démontrer. Le capitalisme, soumis à l’anarchie du marché, est incapable de s’autoréguler et s’est transformé, du processus créateur qu’il était à ses débuts en un processus destructeur, creusant toujours plus profond pour exploiter des ressources qui sont dilapidées à des fins de plus en plus futiles dans la surproduction. On produit toujours plus de smartphones et on encourage par le marketing le consommateur à en acheter un nouveau le plus souvent possible, même si son appareil est parfaitement fonctionnel et pourrait encore tenir quelques années. Pour les plus réticents, il y a l’obsolescence programmée. Les appareils sont de plus en plus compliqués à réparer et pour reprendre l’exemple du smartphone, ce qui était dans le passé une opération de routine (changer la batterie) est devenu une véritable réparation que la majorité des utilisateurs ne savent pas faire.

Les prolétaires et les peuples dominés par l’impérialisme sont toujours les premiers a subir le capitalisme. Que ce soit par l’exploitation quotidienne, les crises cycliques ou les effets environnementaux grandissants, ce sont eux qui sont le plus durement touchés par la canicule ou la contamination de l’eau quand les nantis se payent des villas climatisées et de l’eau minérale en bouteille. Mais c’est aussi le prolétariat qui est attaqué en premier par l’écologisme mou bourgeois, c’est lui qui est le plus durement affecté quand des taxes « vertes » sont ajoutées au prix de l’essence, quand leurs voitures trop polluantes (celles qu’ils ont les moyens d’acheter) sont interdites de circulation. Mais ce n’est pas le prolétariat qui vote pour Les Verts !

Peut-on réconcilier écologisme et marxisme ? C’est vrai que certains parlent d’éco-socialisme, mais c’est en fait un pléonasme résultant de falsifications venant du révisionnisme et de l’écologisme bourgeois.

Il est vrai qu’au premier abord, le marxisme, moderniste, avec son analyse des modes de production, n’a pas des airs de pensée écologique. Ni son application : la pratique du marxisme en Chine populaire ou en URSS n’a pas une image écologique. L’URSS, ça fait penser à la Mer d’Aral, à Tchernobyl, aux combinats sidérurgiques, etc. Les écologistes dénoncent le communisme comme « productiviste » et le mettent dos a dos avec le capitalisme.

C’est cependant une falsification philosophique, idéologique et historique.

Philosophique et idéologique car Marx et Engels étaient déjà sensibles – dans les limites de la connaissance scientifique de leur époque – aux problèmes que le capitalisme allait causer à la biosphère. Marx écrivait déjà dans Le Capital que « chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art d’exploiter le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. Plus un pays, les États-Unis par exemple, se développe sur la base de la grande industrie, plus ce procès de destruction s’accomplit rapidement. La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute la richesse : la terre et le travailleur ». La contradiction entre ville et campagne est un point d’attention du marxisme.

D’un point de vue plus philosophique, le concept de « nature », une fois examiné sous tous ses aspects, est bien bancal. En effet, où commence et où s’arrête la « nature » ? A l’idée de « nature humaine » chère aux poncifs anticommunistes, on répond que la « nature humaine » n’existe pas car l’être humain pense, réagit, vit différemment dans des conditions différentes, qu’il s’agisse de régions géographiques ou de modes de production différents. Mais c’est aussi le cas de nombreux êtres vivants qui réagissent différemment et s’adaptent à leurs conditions matérielles ! Et au final, qu’est-ce qui différencie le fait de construire une maison ou une ville et de construire un terrier ou une fourmilière ? A quel moment le mode de vie humain cesse-t’il d’être « naturel » ? Et surtout, quel est le but de cette distinction ?

Je répond à cette dernière question en affirmant que cette distinction ne sert que les intérêts de ceux qui la font. Par exemple, l’appel à la nature est un sophisme très utilisé, que ce soit dans le discours politique le plus souvent réactionnaire (accusations d’être « contre nature », « nature humaine », droits « naturels »), ou dans la… pub ! (produit naturel, etc).Cela est évidemment sous-tendu par un raisonnement fallacieux, ce qui est « naturel » n’étant pas forcément bon : le médicament, de synthèse, est meilleur que de souffrir d’une maladie naturelle ; le bunker, en béton, est meilleur que de mourir d’un ouragan naturel lui aussi ; le paratonnerre, en acier, est meilleur que le feu de forêt naturel, etc.

C’est pourtant ce genre d’argument sur lequel se repose tout un pan de l’écologisme radical, le plus opposé à l’anthropocentrisme, qui souhaiterait que l’humain cesse de se mêler des affaires de la nature, qu’il faudrait revenir à des modes de vie ancestraux, etc. Ce genre d’écologisme1 est soucieux du sort de l’environnement par principe, c’est une mauvaise raison de s’en soucier.

En effet, la conception communiste du lien entre l’humanité et son environnement a comme objectif principal la survie de l’humanité, dans les meilleures conditions possibles.

De là, on peut attaquer un autre concept fallacieux, celui de l’opposition entre la production, le confort humain d’un côté et la préservation de la biosphère de l’autre. En effet, la destruction de la biosphère entraînerait la destruction de l’humanité qui en est dépendante. Nous devons protéger notre environnement non pas en raison de sa valeur intrinsèque mais parce que c’est nécessaire à notre survie en tant qu’espèce.

L’affirmation comme quoi le progrès technique et scientifique est en opposition avec la bonne santé de la biosphère est anti-dialectique. La source de toute connaissance vient de la pratique – principalement de la production en ce qui nous concerne dans cet article – et la connaissance finit par enrichir la pratique. Le développement de la pratique et de la connaissance (de la production et de la science) est un processus dialectique dévolution et au fur et a mesure de son avancement notre connaissance de la nature s’améliore. C’est d’ailleurs ceci le propre de notre espèce : pas le rire, la production en soi, l’élevage ou la construction de sociétés, de nombreuses autres espèces en sont capables, ni le fait que nous soyons « la seule espèce qui détruit son environnement » comme le prétend l’écologisme radical – d’autres espèces ont modifié leur environnement jusqu’à un point où il leur est devenu hostile, invivable, ce qui a permis a d’autres espèces d’émerger – mais le fait que nous sommes capables de continuer ce processus de développement de la connaissance et de la pratique sur plusieurs générations.

Nous arrivons à une étape historique où le développement de la production sous le capitalisme a causé d’énormes problèmes environnementaux mais aussi développé une connaissance scientifique immense. La connaissance du monde est ce qui permet de le transformer et c’est armé de cette compréhension du monde que l’humanité est capable, déjà, de transformer sa relation avec la biosphère. Cette transformation impliquera la transformation de la société humaine et donc de l’humain, par le socialisme (résultat lui aussi d’un long processus dialectique entre pratique et connaissance) mais aussi de la biosphère.

Car oui, il faudra transformer notre environnement de manière scientifique, rationnelle et planifiée, ce que permettra le socialisme. Planter des arbres, sélectionner des espèces, reconstituer les chaînes alimentaires, etc. L’idée de transformer l’environnement fait peur aux écologistes, c’est pourtant ce que fait chaque espèce, chaque individu : les êtres vivants, en respirant, en mangeant, en rejetant, en mourant, transforment l’environnement à leur échelle, l’environnement est en perpétuel changement et la Terre d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle où les premières formes de vie apparaissaient dans les océans il y a des milliards d’années, l’air y aurait été irrespirable pour le vivant d’aujourd’hui, la majorité des changements les plus visibles à notre échelle sont provoqués par le vivant, c’est la signification de la biosphère (ensemble des organismes vivants et leur milieu de vie, la couche vivante de notre planète).

Nous devons ici nous pencher sur la falsification historique dont le marxisme a été l’objet.

Nous avons tout a l’heure parlé de l’image fort peu écologique de l’URSS, c’est une image qui est due au révisionnisme ayant triomphé une vingtaine d’année avant les débuts de l’écologisme.

C’est un pan méconnu et surprenant de l’histoire soviétique, sa politique environnementale à l’époque de Staline.

En 1921, la jeune république soviétique créa les zapovedniki, d’immenses réserves naturelles dont l’accès était limité aux scientifiques, le but de ces réserves étant avant tout scientifique, pour étudier la biosphère sans perturbation et mieux connaître l’environnement. Les soviétiques développèrent dans les décennies suivantes des méthodes agronomiques à contre-courant de l’agronomie occidentale alors centrée sur l’emploi massif d’engrais et de pesticides. La vision que les agronomes occidentaux avaient des sols était celle d’un potentiel limité et épuisable, que la technique devait augmenter par l’utilisation d’engrais, un labourage plus intensif, etc. On sait en effet que la fertilité des champs dans les pays occidentaux diminue d’année en année, mais c’est ce que l’on appelle une prophétie auto-réalisatrice : les techniques n’étant pas le palliatif mais la cause de la destruction des sols et la diminution de la fertilité nécessitant l’emploi de plus en plus intensif d’engrais, un cercle vicieux.

La vision soviétique du sol était celle d’une usine à entretenir. Le sol fait partie de la biosphère, il est vivant. Tous les éléments qui le composent sont liés les uns aux autres. Les nutriments que consomment les plantes viennent de la vie qui se trouve dans le sol, c’est comme ça que le sol devient fertile. Les agronomes soviétiques avaient compris qu’au centre de la biologie des sols se trouvait l’arbre, véritable maître du sol. Les racines profondes des arbres transforment le sol et permettent un meilleur drainage de l’eau, l’arbre change la composition du sol, produit des branches et des feuilles qui, en tombant, nourrissent la vie du sol (champignons, vers, bactéries, etc) et créent de l’humus, augmentant la fertilité du sol. Les arbres protègent aussi leurs voisins, en apportant de l’ombre et en faisant office de coupe-vent quand ils sont nombreux.

Nous pouvons voir en comparant ces deux visions l’influence du matérialisme dialectique.

Les débats entre tenants d’une agriculture à l’occidentale et tenants d’un modèle de type nouveau commencent dans les années 1920-1930 mais les conditions de la seconde guerre mondiale donnent temporairement raison aux partisans des engrais : la nécessité de nourrir la population devient principale et le pays ne peut commencer un plan qui ne portera ses fruits que quand les arbres auront poussé. Ce plan, le Grand Plan pour la Transformation de la Nature, verra le jour en 1947. Ce plan comprenait la plantation d’immenses bandes forestières à travers le pays (sur une superficie supérieure à la France, la Grande-Bretagne et le Benelux réunis) et la restructuration des sols avec un plan pour chaque région via le « système herbaire » : arrêter le labour, protéger et ré-enrichir le sol en matière végétale en le recouvrant par un paillage : la permaculture avant l’heure ! Les agronomes soviétiques, ayant compris le sol, savaient le rendre fertile sans l’abîmer comme le fait l’agronomie occidentale et étaient capables de transformer les sols peu fertiles des steppes en « terres noires » aux caractéristiques très fertiles du sol de forêt.

Ce plan sera cependant abandonné après le triomphe du révisionnisme khrouchtchévien. A partir de là, ce sera l’obsession de « rattraper » les pays occidentaux en imitant leurs méthodes (engrais, pesticides, labour profond, etc) qui primera. Le résultat : dans les années 70, l’URSS perd toute autosuffisance alimentaire et importe du blé américain.

Le révisionnisme, en particulier à l’époque de Brejnev, va également rendre l’économie soviétique dépendante des exportations de pétrole.

Le pays, en effet, dispose d’immenses réserves de charbon et de pétrole, de quoi réaliser facilement l’électrification du pays. Cependant, plutôt que de se jeter à corps perdu dans l’exploitation de ces ressources, à l’époque du socialisme seront construits de nombreux barrages hydroélectriques. L’URSS ouvrira également la première centrale nucléaire civile et sera pionnière dans la recherche sur la géothermie et la fusion nucléaire, pour produire de l’énergie.

Ces plans témoignent d’une vision à très long terme de la politique énergétique soviétique avant le triomphe du révisionnisme. La politique révisionniste mènera l’économie soviétique dans le mur, avec la chute des prix du pétrole dans les années 80.

L’URSS fût également pionnière dans le domaine du recyclage.

Cependant, l’URSS reste quand même « productiviste » selon les critères écologistes, même en prenant en compte leurs méthodes.

Il est vrai que les pays socialistes ont cherché à augmenter leur production, mais cela doit être mis dans son contexte. Les différentes révolutions prolétariennes ont eu lieu dans des pays semi-féodaux et arriérés économiquement. La Russie et la Chine, avant leurs révolutions, étaient peuplés en majorité de paysans illettrés. Les famines y étaient très fréquentes et leurs économies étaient dépendantes des pays impérialistes. Le développement des forces productives était donc une nécessité pour répondre aux besoins de la population, pour la défense nationale – la victoire contre le fascisme aurait été beaucoup plus ardue sans une Armée Rouge moderne équipée par l’industrie soviétique – mais surtout le développement de la production s’accompagne du développement de la science. Une compréhension du monde à même de lancer le Grand Plan pour la Transformation de la Nature ne tombe pas du ciel, de tels projets nécessitent un certain niveau de connaissance, des travailleurs instruits, agronomes, scientifiques, ingénieurs, etc. C’est une société industrialisée qui permet d’atteindre ce niveau d’expertise.

Nous pouvons donc conclure en disant que l’écologie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux écologistes, qu’ils soient des escrocs partisans du « capitalisme vert » ou des radicaux utopistes voués à être bloqués dans une impasse.

La biosphère n’a pas besoin de nous, mais nous avons besoin d’elle pour survivre en tant qu’espèce. Sa bonne santé est avant tout dans l’intérêt de l’humanité, qui doit se réconcilier avec son environnement. Que ce soit pour notre survie en tant qu’espèce, ou même simplement notre confort pour ne pas finir en tant qu’une poignée de survivants à manger des aliments de synthèse dans un bunker. Comme le disait Margaret Thatcher, « Le réchauffement climatique fournit un superbe prétexte pour le socialisme mondial ».

Seul le communisme pourra réaliser cet objectif, en plaçant les intérêts du prolétariat et donc de l’humanité avant tout.

Pour approfondir sur la politique environnementale soviétique, nous conseillons le livre L’écologie Réelle, une histoire soviétique et cubaine, par Guillaume Suing. Bien que révisionniste, il dresse un bon portrait de ce qui s’est fait en URSS.

1 – Signalons au passage que cet écologisme plus radical, lui, reste avant tout un mouvement petit bourgeois. Il est un peu a l’écologisme mou ce que l’anarchisme est au libéralisme : Certes très radical, mobilisé, militant, se déclarant volontiers anticapitaliste, mais au final c’est une idéologie qui cherche a faire tourner a l’envers la roue de l’Histoire (décroissance, anti-tech, anti-civ, etc), donc réactionnaire. La tentation malthusienne, une porte à l’éco-fascisme, n’est jamais loin.

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