Hold Up : des bourgeois contre le système ?

Hold Up : des bourgeois contre le système ?

Le documentaire Hold Up, diffusé sur Youtube où il comptabilise plusieurs millions de vues, a été au centre de nombreux débats. Qui n’a pas entendu quelqu’un en parler, que ce soit à l’usine, en famille ou par des amis ? Ce documentaire prétend montrer les dessous de la pandémie de covid-19. Il montre les errements du gouvernement Français, prend des témoignages et en vient petit à petit à dévoiler un complot mondial pour asservir l’humanité. Il prend un parti anti-système. Et ce sont en apparence des gens prompts à vouloir lutter et vaincre qui nous en font la publicité.

Pourtant, lorsque l’on regarde les auteurs et contributeurs du documentaire, on trouve une filiation réactionnaire, avec une influence des cercles catholiques les plus intégristes. Le réalisateur, Pierre Barnerias, est né dans une famille catholique bourgeoise, a étudié le droit privé, puis à interwiewé Jean Paul II ; il réalise un documentaire sur les apparitions de la Vierge Marie, tente de prouver que les communistes infiltrent l’Eglise catholique, etc. Les intervenants sont des bourgeois, parmi les 1 pour cent les plus riches de l’Etat Français : avocats, médecins… La dernière intervenante est professeur dans une école privée – condamnée d’ailleurs pour avoir mis sur le marché de faux diplômes sans valeur – de criminologie. Ce ne sont pas des gens qui auraient intérêt à s’opposer à un système qui les met au sommet de la pyramide.

C’est justement là qu’il faut trouver la clef à ce qui est mal nommé le complotisme – et qui devrait plutôt être nommé fascisme. Il y a bien une critique ; mais pas du système. Dans la logique catholique et plus généralement réactionnaire, les choses sont figées, immobiles, crées. Elles ne peuvent pas être modifiées. Tout déséquilibre rend les choses mauvaises par essence. Le système capitaliste existe, selon les réactionnaires, depuis le début de l’humanité : tout a toujours été capitalisme (c’est d’ailleurs ce qui est dit dans les cours d’histoire économique dans les études supérieures). Ce n’est donc pas ce qui ici critiqué. Le problème vient d’ailleurs : le complot. Des gens prenant le pouvoir pour dominer une nation qui, finalement, fonctionnait très bien avant cela.

C’est toute la logique du documentaire : « dévoiler », petit à petit, un « complot » autour du gouvernement, qui opprimerait le peuple ; et appeler à mettre au pouvoir… les fascistes (dans le documentaire, Donald Trump, par exemple, avec un sous entendu : les Donald Trump Français, nous, notre mouvance politique). Ces derniers seraient à même d’épurer la nation, pure par essence, des élements parasitaires. Ici, « l’élite » financière et bancaire, le pouvoir mondial, lié à des individus juifs. On retrouve finalement l’argumentaire antisémite classique, quasiment mot pour mot ; celui de l’Action Française des années 1920, celui des groupes paramilitaires allemands des années 30, dont le NSDAP.

Jamais il n’est fait mention de la classe ouvrière, de l’exploitation, des problèmes quotidiens, en dehors de quelques témoignages servant à rendre crédible l’ensemble (nous y reviendrons). Simplement des références abstraites à « la liberté » : tout le monde défend une conception de la liberté, qui n’est pas toujours la même. Pour le documentaire, la liberté, c’est la possibilité de faire coincider la « nature humaine » avec des lois « justes » pour cette nature humaine : pas de masque, pas de confinement, pas de gouvernement qui puisse empieter sur les caprices de la bourgeoisie et de la petite bourgeoise. On ne parle pas de liberté pour les prolétaires exploités, bien sûr ; mais la liberté de dire ce que l’on veut (même si c’est n’importe quoi), la liberté de faire ce que l’on veut (même si ça met en danger la communauté), la liberté de pouvoir jouir de ses petites propriétés sans entraves.

Pour développer tout cet argumentaire, cette liberté, le documentaire a  recours à diverses méthodes, mais surtout au grand flou : mélanger des choses vraies et frappantes au quotidien qu’il n’y a pas besoin de vérifier, avec des choses connues mais discutables et/ou sorties de leur contexte et des choses purement et simplement mensongères. Sur un documentaire de 2h45 que l’on se contente de picorer, il est impossible d’aller tout vérifier : qui est allé vérifier le nombre de morts annoncé dans le documentaire sur le paquebot de plaisance Diamond Princess ou une étude sur le rôle des masques dans le soit disant mauvais développement cérébral des bébés ? Bien évidemment, une partie plus qu’infime des millions de viewers.

Hold-Up n’est pas un documentaire anti système : c’est une vision du monde établie par une fraction extrèmement aggressive de la bourgeoisie qui rejette toutes les formes de compromis rendues obligatoires par l’exercice du pouvoir. Malheureusement pour nous, prolétaires, révolutionnaires et progressistes, le gouvernement d’Emmanuel Macron tend de plus en plus à raisonner de cette manière, voyant en chaque chose un mouvement naturel et un corps étranger le parasitant. Il use alors des mensonges en sachant qu’il seront démasqués mais que la plupart des gens n’iront pas vérifier, en tendant la main aux conceptions catholiques et « naturalistes » racistes, etc.

Mais tout cela ne sort pas simplement de la tête de quelques personnes : c’est un mouvement global, général, de la société bourgeoise qui s’effondre sur elle même, rendant une partie de la bourgeoisie toujours plus aggressive.

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