Non, la répression policière et judiciaire ne vise pas que les « individus violents » !



Les jours de manifestation, lorsqu’on allume la télé pour regarder les infos, on peut entendre une petite musique : si la police et la justice répriment les manifestations, elles ne le font que dans le but de mettre fin à des actions violentes, et cette répression ne vise que les manifestants violents. Ce discours est à l’opposé de la réalité, et la répression policière et judiciaire frappe bel et bien toute personne qui ose relever la tête contre ce système capitaliste, qu’elle soit violente ou non.

Le samedi 12 décembre, à Paris, lors de la manifestation contre la loi de sécurité globale, 142 personnes ont été interpellées. Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin s’est félicité sur Twitter de l’arrestation de 142 « individus ultra-violents ». Voilà une déclaration qui fait peur ! Des centaines de casseurs dangereux défileraient dans les rues de Paris, agressant les passants, détruisant la ville, mettant en danger la population… En réalité, sur les 142 personnes interpellées, l’immense majorité étaient des manifestants n’ayant commis aucune violence, et le reste n’avaient aucune intention de s’en prendre à des passants innocents mais bien aux flics, chiens de garde de l’ordre bourgeois. Le ministère de l’intérieur, en faisant arrêter plus de 100 personnes arbitrairement, en dehors de tout cadre légal, a donc uniquement voulu faire passer un message, d’une part à l’opinion publique, et d’autre part aux manifestants en leur montrant que l’État fait ce qu’il veut.

En plus de ces arrestations arbitraires, l’État a également organisé, tout au long de la manifestation, une répression physique ultra féroce : le cortège était encadré par des milliers de policiers qui, à intervalle régulière, procédaient à des charges ultra violentes contre des manifestants n’ayant pas commis la moindre violence. Ainsi, plusieurs personnes ont été blessées au cours de cette manifestation particulièrement tendue.

Cette manifestation parisienne du 12 décembre est loin d’être une exception, et toute personne participant régulièrement à des manifestations sait qu’il est très fréquent que les policiers chargent sans aucune raison autre que la volonté des autorités d’écraser toute contestation, aussi pacifique fusse-t-elle.

L’idée selon laquelle l’État serait une instance démocratique garantissant la liberté fondamentale de manifester et protégeant celles et ceux qui font valoir ce droit est donc un mythe. Et il ne pourrait pas en être autrement. En effet, le rôle de tout État n’est en aucun cas d’arbitrer entre les intérêts divergents existant au sein de la société ou de protéger les personnes les plus vulnérables, mais bel et bien de protéger les intérêts de la classe dominante, à savoir la bourgeoisie dans le cadre du système capitaliste. L’État français ne fait ici pas exception, et si, dans les périodes calmes, l’État se contente de gouverner avec un relatif pacifisme, ce n’est pas le cas lors des périodes de lutte des classes aigüe. Ainsi, alors que depuis 2016 la contestation sociale se fait de plus en plus forte au sein de l’État français, la police et la justice bourgeoise intensifient leur répression afin de garantir les intérêts de la bourgeoisie. Comme nous l’écrivions récemment dans La Cause du Peuple, il ne s’agit donc pas d’une dérive autoritaire mais bien de l’évolution logique du régime en période de crise.

Pour en revenir à la manifestation du 12 décembre, il ne faut donc pas interpréter les arrestations arbitraires comme un dysfonctionnement de l’État mais bien comme une tactique consciente de la part de celui-ci pour décourager la population de s’opposer au gouvernement, et plus globalement au système capitaliste. Et même si, lors de la manifestation du 12 décembre, les forces policières ont procédé à des arrestations en dehors de tout cadre légal, nous savons d’ores et déjà qu’elles ne seront en aucun cas sanctionnées, car la législation n’est en pas faite pour protéger les intérêts supérieurs de la population ou arbitrer les conflits, elle est simplement la transposition juridique des rapports de force internes à la société, et dans le cadre d’une société gouvernée par la bourgeoisie, elle sert principalement les intérêts de la bourgeoisie.

Ainsi, il est tout à fait logique qu’en période de tension sociale, l’État bourgeois utilise toutes ses prérogatives pour tenter d’écraser la contestation. Alors, les récentes lois, toutes plus répressives les unes que les autres (loi renseignement, état d’urgence permanent, décrets étendant les possibilités de fichage, loi sécurité globale etc), ne sont que des moyens trouvés par la bourgeoisie pour tenter de défendre ses intérêts fondamentaux et pour permettre une répression toujours plus intense de la colère populaire, peu importe la façon dont elle s’exprime.

Une fois que nous avons compris tout cela, une fois que nous avons identifié la nature profonde de l’État bourgeois, une entité qui protège les intérêts de la classe capitaliste, au détriment des intérêts du prolétariat, alors il paraît évident que la distinction entre « manifestants pacifiques » et « manifestants violents » n’a pas lieu d’être. Ou plutôt, toute personne entravant les interêts de la bourgeoisie deviens de facto violent. L’État, lui, est violent, l’État est prêt à tout pour protéger le système capitaliste, alors, nous, révolutionnaires, n’avons pas d’autre choix que d’utiliser les tactiques révolutionnaires, dans le cadre d’une stratégie réfléchie, planifiée et orientée contre les véritables ennemis du peuple, dans le but de servir les intérêts des masses populaires, au premier rang desquelles le prolétariat et son cœur, la classe ouvrière.

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