L’impérialisme et le Covid-19 en Inde : un crime de masse

L’impérialisme et le Covid-19 en Inde : un crime de masse

Le 24 avril 2021, l’Inde comptait 2624 morts du Covid recensés officiellement dans les hôpitaux du pays. Mais, en Inde, 78 % des décès n’ont pas de cause officielle. L’immense majorité des décès dus au Covid n’est pas recensée (bidonvilles, zones rurales et villes reculées). Le Financial Time recense au moins dix fois plus de décès, soit 25 000 décès par jour en moyenne et de 100 000 à 150 000 en moins d’une semaine. Ce chiffre qui continuera d’augmenter de manière exponentielle pendant au moins trois semaines ne compte pas les millions de personnes subissant des séquelles sur le long terme. Le gouvernement Modi a confiné Delhi forçant des millions de travailleurs à retourner à la campagne pour survivre. Ce confinement d’une durée de 1 à 3 semaines devait aider à casser la courbe exponentielle. Dans les faits, il a été prolongé devant la catastrophe. D’un autre côté, rien n’est fait contre la malnutrition qui affaiblit des centaines de millions de personnes, alors même que les prix augmentent.

Pourquoi la « plus grande démocratie du monde » a-t-elle tant de mal à gérer l’épidémie ? Dans un discours à la nation mardi soir, le Premier ministre Narendra Modi a proclamé que l’Inde devait être « sauvée » non pas de la pandémie, mais d’un confinement qui vise à stopper la progression du virus et à sauver des vies. « Dans la situation actuelle, nous devons sauver le pays du confinement », a-t-il déclaré.

La Chine était « l’usine du monde ». Ce sont désormais les pays du Sud-est asiatique qui jouent ce rôle pour les capitaux impérialistes ; tant pour les usines que dans la sous-traitance de l’industrie de service (les call-centers, par exemple), mais aussi la sous-traitance de services d’ingénierie. D’ailleurs, l’Inde, le Bangladesh, le Pakistan, la Thaïlande et même le Cambodge sont reconnus pour avoir une classe moyenne dynamique. Cela permet de faire croire que ces pays sont sur « la voie du développement », contrairement à l’Afrique et l’Amérique du Sud qui s’enfoncent dans la violence, et ne peuvent pas se développer. C’est faux.

Nehru, premier ministre et son ami,
le dignitaire Anglais Lord Mounbatten

En fait, l’Inde n’a jamais été réellement indépendante. Les erreurs stratégiques du Parti Communiste Indien, lors de la Seconde Guerre mondiale, ont laissé une place immense à la bourgeoisie impérialiste qui n’a jamais brisé son lien avec la bourgeoisie compradore locale. Ses représentants, respectivement Jawaharlal Nehru et Gandhi, ont négocié directement avec l’impérialisme britannique, sans jamais mobiliser les masses paysannes et ouvrières. Pourtant c’est l’agitation et les révoltes populaires qui ont forcé les Anglais à négocier une indépendance de façade. La partition du Raj Indien a fait des millions de morts et de déplacés. Les fascistes d’obédience hindouiste et musulmane, puis la guerre civile de partition entre le Pakistan et le Bangladesh, ont mené à d’immenses massacres. Ce sont les Anglais, qui ont éduqué la bourgeoisie compradore à l’extrémisme religieux à travers leurs écoles, dans lesquelles la culture populaire était niée. Ce sont les Anglais qui ont choisi de créer deux états, dont un pratiquant la charia, alors que l’immense majorité de la population voulait un état laïque.

L’Inde est devenue un état fasciste. Attirant capitaux soviétiques, anglais, américains, l’Inde est devenue l’eldorado du travail à bas coût. Le pays ne s’industrialise pas pour autant. Pendant la période du Raj britannique, la population dépendant de l’agriculture de subsistance est passée de 50 à 75 % de la population. Les paysans sont fixés administrativement et ne peuvent plus se déplacer. Puis, avec la « révolution verte », des dizaines de millions de paysans sont jetés dans les bidonvilles des grandes villes, comme armée de réserve industrielle. La colonisation puis la fausse indépendance ont bloqué le développement du pays et poussé la paysannerie à la misère et la classe ouvrière à la surexploitation, au chômage et à la survie.

Toutefois, l’héritage révolutionnaire et la combativité des masses ont mené à une explosion dans les années 1970. Une immense rébellion armée éclate dans le sillage de l’explosion de Naxalbari. Elle couvre l’Inde, mais aussi dans une moindre mesure l’Afghanistan, le Népal et le Bangladesh, même si elle semble stagner depuis les années 2000. La raison : le déclenchement de l’opération Green Hunt par les fascistes indiens pour réprimer ces mouvements populaires. Les impérialistes font tout pour étouffer l’Inde et empêcher l’expression démocratique des masses. Cela démontre que seules des organisations clandestines peuvent construire une culture populaire, démocratique et anti-impérialiste.

En ce sens et de manière comparable au Brésil, le régime ne considère absolument pas la vie des masses. Aujourd’hui, en Inde comme au Brésil, la seule boussole est de maintenir la production pour le profit des impérialistes. Officiellement, le confinement sert à casser l’épidémie et éviter le chaos et l’effondrement de la production, mais il permet aussi de contrecarrer le mouvement de masse populaire qui traverse le pays depuis plusieurs mois. La vie des masses n’a aucune importance pour eux.

L’Inde n’est pas indépendante. Elle ne peut « choisir » une politique de santé. Vendue par Nehru et Gandhi aux capitaux étrangers après une fausse indépendance qui a mené aux massacres, à la guerre civile entre deux camps menés par les fascistes, à la destruction systématique de tout mouvement progressiste, l’Inde n’a aucune marge de manœuvre. Il a fallu attendre le 25 mars pour que, selon l’Hindustan Times, la production de vaccins soit utilisée pour limiter l’épidémie dans le pays. Mais le Premier ministre Modi promet d’honorer les commandes des impérialistes ! Le QUAD, l’alliance dirigée par les USA, préfère utiliser le vaccin indien pour contrer le vaccin chinois dans la région, plutôt que de sauver des vies.

Dans les prochains mois, les chiffres officiels atteindront peut-être le million de morts ou plus, mais en réalité on risque d’atteindre des chiffres bien supérieurs à ceux des précédentes grandes épidémies qu’a traversé le pays ; comme les 18,5 millions de morts de la grippe espagnole atteints à l’époque. Pourtant, nous savons que la médecine moderne, les moyens techniques, les vaccins et les confinements pourraient limiter l’épidémie. Le gouvernement fasciste de Modi, la bourgeoisie compradore et les impérialistes sont responsables d’un des plus grands crimes de masse que l’humanité a connu. L’Inde indépendante jugera les criminels : c’est ainsi que va la marche de l’histoire.

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