Compteurs Linky : un scandale révélateur sur l’État bourgeois français

Compteurs Linky : un scandale révélateur sur l’État bourgeois français

Depuis plusieurs années, si vous avez déménagé, changé de fournisseur d’électricité ou reçu des travaux électriques chez vous, vous n’avez pas pu les louper : les compteurs Linky se sont installés pour remplacer les vieux compteurs d’électricité. C’est un projet vieux de 10 ans, puisqu’il avait été annoncé à la fin des années 2000. En théorie, que des avantages : les compteurs Linky sont plus modernes, peuvent transmettre et recevoir des informations à distance, améliorer l’alimentation en électricité… Et depuis plusieurs années, la plupart des logements en sont équipés, avec pour objectif d’atteindre la totalité de la France d’ici la fin de 2021.

Un mouvement avait émergé, principalement sur internet, contre Linky, dans les années 2010. Des rumeurs avançaient que les compteurs pouvaient espionner leurs utilisateurs, prendre feu, couper le courant à distance… Rien de cela n’a été confirmé, et les compteurs Linky ont déjà été installés dans des millions de foyers sans problème. Mais comme souvent, le véritable scandale se trouve dans les chiffres, dans l’argent que coûtent les compteurs Linky. Le ministre de l’Énergie qui avait porté le projet, Eric Besson, avait dit en 2011 qu’il ne coûterait « pas un centime aux particuliers ».

Or, au début du mois de juin 2021, une enquête parue dans le Parisien annonce bien que la facture sera payée par les usagers, c’est-à-dire principalement les masses populaires qui composent l’immense majorité de la population en France ! Mais le gouvernement et Enedis, l’immense monopole de l’énergie française qui pilote l’opération, ont immédiatement démenti en disant qu’il n’en était rien.

Alors où se trouve la vérité ? Il faut voir tout d’abord que la facture est salée : 5,7 milliards d’euros selon la Cour des Comptes, dont 5,39 milliards pris en charge par Enedis et financés à 90 % par un emprunt à la Banque européenne d’investissement. Cet emprunt, il faut le rembourser. Alors qu’il était à un taux de 0,77 % pour la Banque européenne d’investissement, le taux appliqué aux clients est de 4,6 % ! Cela permettrait à Enedis d’effectuer une marge et d’être bénéficiaires sur les compteurs.

Pourquoi le gouvernement affirme-t-il que les consommateurs ne paieront pas plus ? Tout simplement car par un mécanisme de « tarification différée » et par les « économies associées au projet », l’augmentation devrait être légère ou « compensée ». Cette « compensation » dépend évidemment du bon vouloir du géant Enedis à baisser ses tarifs plutôt que d’engranger du profit. Surtout que les compteurs Linky s’annoncent comme bénéfiques pour les coûts d’Enedis, qui prévoit d’économiser un milliard d’euros sur les quatre prochaines années. Selon le Parisien et une source proche du dossier, c’est 15€ par foyer qui pourraient être ajoutés pour les sept ou huit prochaines années. Nous pouvons nous rappeler ici d’un autre exemple de grand contrat où l’État avait promis un paiement « temporaire » à travers les péages : les autoroutes. Force est de constater qu’aujourd’hui, les autoroutes françaises sont souvent très chères, gérées par des monopoles privés comme Vinci, et qu’on ne voit pas de gratuité à l’horizon. Nos portes monnaies à toutes et tous en souffrent et c’est le pouvoir d’achat des larges masses qui est attaqué. Là où il y a socialisation des dépenses, il y a privatisation des profits, voilà la loi en régime capitaliste.

Cette histoire nous montre une réalité sur l’État bourgeois. L’État bourgeois n’est pas neutre, il n’est pas au dessus de la société, à servir les intérêts de tous. Même lorsqu’il utilise une filiale du groupe public EDF (Enedis), il cherche à maximiser le profit de la bourgeoisie française dans tous ses projets. Les compteurs Linky ne sont pas une opération de surveillance gigantesque ou un plan grandiose de modernisation bienveillante et gratuite du réseau électrique français : c’est un contrat juteux qui permet d’engranger d’énormes montants que nous sommes chargés, toutes et tous, de payer, que ce soit « en différé » ou non.

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