Mali : le coup d’État du colonel Goïta met une épine dans le pied aux plans français

Mali : le coup d’État du colonel Goïta met une épine dans le pied aux plans français

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Mené par le colonel Assimi Goïta, un putsch militaire ébranle à nouveau les plans malveillants de l’impérialisme français et sa politique criminelle au Mali. Le président de la transition Bah N’daw, et son Premier ministre civil Moctar Ouane, ainsi que trois de leurs collaborateurs, ont été démis de leurs fonctions puis maintenus en détention sous le commandement du colonel Goïta dans la nuit du lundi 24 mai 2021. Après avoir officialisé leurs démissions, les deux hommes ont été libérés sains et saufs. Ils avaient été menés au pouvoir par un précédent coup d’État en 2020, dont le colonel Assimi Goïta était également l’instigateur. Celui-ci a ensuite été confirmé en tant que président de la transition.

Soixante ans après l’Indépendance supposée du pays en 1960, le problème principal du Mali est encore l’impérialisme français et ses chiens de garde dans le pays. En 2020, Goïta avait chassé Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), au pouvoir depuis 2013. Celui-ci était alors favorable aux Français et à l’opération militaire Barkhane, où plus de 5100 militaires français sont déployés pour occuper le nord du pays, alors en guerre. Suite à des manipulations électorales pour maintenir IBK au pouvoir, une large révolte populaire s’est déclenchée à Bamako en 2020. Plus de cent personnes ont été gravement blessées, et onze manifestants tués par l’armée dépêchée sur place pour réprimer la voix du peuple. Aucune couverture médiatique n’a pourtant relayé l’évènement, alors même que les médias internationaux à la botte de la bourgeoisie prétendent ces jours-ci s’émouvoir du sort de deux hommes d’État emmenés trois jours dans la caserne de Kati (ville du Mali proche de Bamako).

Ce rebondissement dans le putsch au Mali intervient à un moment spécial. La France, par l’intermédiaire d’Emmanuel Macron, s’était montrée plutôt satisfaite de la junte militaire au pouvoir. Précisément, Bah N’daw, le président, avait été reçu par Emmanuel Macron à Paris. Lors de leur entretien, le président français l’avait assuré de son soutien et N’daw avait annoncé vouloir reprendre le cours de l’accord de paix d’Alger, signé en 2015 et soutenu par la France. Cet accord avait pour objectif de mener à la « paix » au Mali, c’est-à-dire à la paix favorable aux impérialistes dans le nord du pays. Malgré cela, Assimi Goïta n’a agi qu’en mai, alors que les plans de N’daw pour s’attirer le soutien français étaient connus depuis des mois. Quelle en est la raison ? N’daw et son Premier ministre Ouane ont décidé d’évincer des putschistes du gouvernement à la fin du mois de mai 2021. On peut noter que parmi les deux militaires qui ont été virés du gouvernement, l’un d’entre eux, Sadio Camara, a été formé à Moscou. Il avait déjà été pris pour cible par les médias français et américains lors du premier coup d’État de 2020, qu’il était accusé d’avoir préparé militairement. Selon Etienne Fakaba Sissoko, directeur du Centre de recherche d’analyses politiques, économiques, et sociales du Mali, Sadio Camara s’apprêtait à signer des conventions avec la Russie. Ces signatures seraient évidemment inacceptables pour la France, mais aussi pour les États-Unis, qui ont dénoncé le putsch récent. Goïta, quant à lui, a reçu des formations de la part des Américains. Pour l’instant, ni Goïta ni l’armée malienne n’ont dénoncé la France, qui occupe une partie du pays. Les divisions à l’intérieur de l’armée et du pouvoir civil représentent les fractions de la bourgeoisie malienne. Ainsi, ce qui inquiète les impérialistes, français en tête, c’est qu’Assimi Goïta et les gradés de l’armée malienne cherchent désormais à négocier la mainmise sur le Mali avec le « partenaire » international le plus offrant. La diplomatie française est donc prise dans une situation compliquée à cause de sa propre hypocrisie. Après avoir autorisé un coup d’État militaire au Tchad il y a quelques semaines, la France s’offusque maintenant au Mali ! Voilà pourquoi Emmanuel Macron a d’ores et déjà lancé un ultimatum : « Je ne resterai pas aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique ». C’est une manière pour les impérialistes français de menacer le nouveau pouvoir militaire au Mali afin de s’en assurer la soumission. Toutes ces magouilles entre impérialistes et dirigeants corrompus du pays, civils ou militaires, ne mènent qu’a la misère des masses du Mali.

Car il faut se poser une question centrale : quelle est la situation dans le pays ? Nous avons pu nous entretenir avec des Maliens en France et au Mali qui nous ont expliqué ce qu’ils vivent ou comment vivent leurs proches au pays.

Par rapport à l’impérialisme français, il est clair qu’il est détesté au Mali. Oumar [NDLR : les prénoms ont été changés] nous dit : « Le Mali n’a pas de droit de regard sur ce qui se passe à l’intérieur des bases françaises et autour à 200 kilomètres. Toutes les forces étrangères en présence ont le droit de garder leurs armes au Mali. Un truc que tu ne vois dans aucun autre pays… ». Selon lui, les impérialistes avancent leurs pions au Mali en profitant de la guerre qui provoque des massacres ethniques et la misère sociale : « Aujourd’hui, pour dominer un pays il faut créer une guerre, déstabiliser le pays après quoi les grandes entreprises ont un boulevard devant elles pour se servir en ressources naturelles sans avoir à se justifier. Sans avoir à payer de taxe ou d’impôts au gouvernement local puisqu’il y en a à peine un. Aucun Malien n’a de contrôle sur ce qui se passe au nord par exemple. Or on sait qu’en 2007 des réserves de pétrole ont été découvertes dans cette zone du Mali. C’est bizarre comme coïncidence, on découvre du pétrole, deux ans après : boum, pagaille. ». Quand on lui demande comment est vécue la présence française au Mali, Souleymane répond directement : « Je peux vous dire très honnêtement que ce n’est pas apprécié du tout. Ce n’est pas du tout ce qu’on entend sur BFMTV. ». Il donne un exemple de l’occupation parasitaire des militaires dans le pays : « J’ai été témoin d’une chose, il y a quelques années. Il y a eu une attaque de bandits armés à côté de l’autogare dans un quartier de Bamako, on s’est tous barrés en voiture. Eh bien dites-vous que j’ai failli me faire renverser par un véhicule des militaires. Enfin, ils étaient habillés en militaires. Ils ont fui comme tout le monde. Alors on s’est demandé “À quoi servent-ils à part parader en uniforme militaire ?” […] Vous savez il y a plus de dix mille forces étrangère au Mali [NDLR : rien que la mission de l’ONU au Mali déploie 13 000 militaires en 2021] et le territoire est de plus en plus grignoté, Bamako est quasiment encerclé. Dans tout ça, les djihadistes avancent quand même, alors dans ce cas, laissez les Maliens régler leurs comptes. »

Les masses laborieuses du Mali vivent dans des conditions catastrophiques dues à la faillite de l’État malien à être autre chose qu’un groupe de corrompus, vendus à la France. Avant le coup d’État de Goïta, le principal syndicat du pays, l’Union nationale des travailleurs du Mali, était entré en grève illimitée pour des salaires toujours trop bas. Il a depuis suspendu sa grève faute d’interlocuteurs fiables. Souleymane nous raconte : « Les coupures de courant, c’est tous les jours. Tous les jours et tout le temps. […] Les familles ayant un repas par jour sont beaucoup plus nombreuses que celles qui en ont deux aujourd’hui au Mali. Il y en a de plus en plus qui ne mangent pas du tout et qui finissent dans la rue. ». Pour Oumar, la division de classe dans la société malienne est évidente au premier coup d’œil : « Une grande part de la population est très pauvre ; au Mali aujourd’hui soit tu es ultra riche, soit ultra pauvre. ». Daniel, travailleur du Mali, indique les besoins du prolétariat et du peuple malien, et africain en général : « Éducation et industries sur le sol africain, transports et santé ! ».

Mais alors où vont les richesses du Mali ? Quelle est la voie pour le peuple ? Rien n’est possible pour les masses laborieuses du Mali à travers les impérialistes et leurs chiens de garde au Mali. La France, en particulier, cherche toujours à maintenir son influence au Mali. Souleymane nous indique : « Emmanuel Macron a félicité le président Bah N’daw. Ça veut dire “Ne réfléchissez pas, acceptez et c’est tout.” De même que les Américains disent “Oncle Sam” moi je dis “Oncle Macron”. ». La prise de contrôle de Goïta vient pour le moment attaquer les plans de « l’Oncle Macron ». Mais ce n’est pas en jouant sur les contradictions entre les impérialistes que le Mali pourra conquérir une réelle indépendance et un avenir loin de la crise. La tactique criminelle des impérialistes visant à mettre en place des sanctions pour étouffer le pouvoir malien serait une attaque sur le peuple. Youssouf Coulibaly, conseiller juridique d’Assimi Goïta a ainsi déclaré : « La communauté internationale peut prendre des sanctions, cela n’aura pas un grand impact [sur les putschistes]. C’est le peuple qui en souffrira ». Les élections qui doivent être organisées d’ici dix-huit mois pour la transition sont l’objet de nombreux débats. Les problèmes profonds que vit le peuple malien ne peuvent pas être réglés par un simple scrutin, et encore moins si les candidats et les votes sont influencés par une présence étrangère. Contrairement à ce qu’affirme l’impérialisme français, ces élections ne sont pas garantes de la démocratie dans le pays.

Dans un Mali où les habitants de la capitale ne sont pas approvisionnés en électricité stable alors même que le pays produit 71,2 tonnes d’or par an ; la nécessité impérieuse est une politique intérieure réellement axée sur les intérêts du prolétariat et du peuple malien et non plus gouverné par son envahisseur français. En effet, la politique de voyous orchestrée par l’impérialisme français, qui ne peut survivre sans les marchés africains, dont celui du Mali, laisse ouverte une seule voie pour les masses laborieuses du Mali : la révolte organisée pour une réelle démocratie.

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