Décryptage : la communication du gouvernement français sur les vaccins

Décryptage : la communication du gouvernement français sur les vaccins

Article issu de notre édition imprimée disponible ici.

Voilà plus de six mois que la vaccination contre le COVID-19 a commencé en France. Plus de la moitié de la population est totalement vaccinée depuis le début du mois d’août. De grandes divisions existent entre le nord et le sud du pays, entre la métropole et les Antilles, la Guyane ou la Réunion, entre les campagnes et les villes, entre la vaccination de la bourgeoisie et celle du prolétariat. Le gouvernement français et Emmanuel Macron ont déployé une grande communication médiatique à propos du vaccin. Mais cette opération de com’ tombe à côté de la plaque et ne conduit pas à une meilleure couverture vaccinale. Pourtant, à l’heure actuelle, c’est le vaccin qui est bien la protection la plus sûre contre la pandémie. La Cause du Peuple est favorable à la vaccination et invite ses lectrices et lecteurs à se faire vacciner. Nous allons décrypter dans cet article plusieurs exemples de la stratégie vaccinale du gouvernement français, et expliquer pourquoi celle-ci démontre le point de vue bourgeois du gouvernement à ce sujet et son incapacité à convaincre de la nécessité de la vaccination.

D’où vient la stratégie de communication de Macron autour du vaccin ?

Macron et ses ministres ont adopté une stratégie qui mise tout sur la vaccination. Malgré tout, dés le début, le gouvernement a annoncé qu’il ne rendrait pas cette vaccination « obligatoire », afin de privilégier la « responsabilité individuelle ». Cette méthode de communication est censée apaiser les peurs autour d’une vaccination imposée. Au printemps, le gouvernement avait même voulu organiser un débat entre « pro-vax » et « anti-vax ». Pourtant, avec la mise en place du Pass Sanitaire, c’est le spectre de la vaccination obligatoire qui revient sur le devant de la scène. Au fond, la bourgeoisie n’a pas grand-chose à faire de la santé et du bien être général : son principal mot d’ordre reste le maintien à flot de l’économie capitaliste et de ses profits, qui ne peuvent pas être mis à mal longtemps. Ainsi, Bruno Le Maire, ministre de l’économie, a annoncé la fin du « quoi qu’il en coûte » du gouvernement lors de la rentrée du MEDEF, le fameux trust patronal. L’État siffle la fin de la partie, le retour à la normale pour l’économie est voulu maintenant et tout de suite, malgré la pandémie.

Le gouvernement français joue donc aux pompiers pyromanes avec sa communication sur la pandémie. Il a fait partie des pays qui ont crié au scandale et restreint l’accès au vaccin britannique AstraZeneca (en partie à cause de problèmes commerciaux) dont les doses sont désormais toutes dirigées vers le programme international Covax pour les pays opprimés. Pourtant, Macron veut en même temps rassurer sur le vaccin. Tout cela après avoir attisé une peur qui n’avait pas lieu d’être. C’est la même situation qu’en 2020 à propos des masques de protection : tantôt inutiles, tantôt nécessaires, le gouvernement français change d’avis comme de chemise. Il est à noter que dans ces deux cas, masques comme vaccins, l’absence de production française au début de la pandémie (le grand groupe Sanofi est encore en train de développer son vaccin) a été instrumentalisée par l’impérialisme français pour justifier le manque de confiance envers les produits « étrangers ».

Mais aujourd’hui, Macron se veut rassurant. Comment s’y prend-il ? Au cours du mois d’août, on a pu voir passer le président sur Instagram et Tik Tok pour « répondre aux questions ». Une belle opération de communication : Macron en T-shirt, l’air décontracté, qui répète sans arrêt « le virus tue, le vaccin sauve ». En répondant à des questions absurdes comme « Le vaccin peut-il transformer en titan ? » (référence à l’anime populaire L’Attaque des Titans) ; ou encore « Le vaccin peut-il faire capter la 5G ? » , Macron passe à côté de l’essentiel. Pour l’immense majorité des masses, la défiance n’est pas basée sur des théories absurdes comme l’implantation de puces 5G. Nous avons déjà analysé ces questions dans notre numéro de Juin-Juillet. Mais pour Macron, il est plus important d’infantiliser plutôt que de populariser la vaccination. Ce faisant, son opération de communication finit par se retourner contre lui : il apparaît encore plus détesté et arrogant, incapable de convaincre.

La défiance envers les vaccins, la réponse impossible de la bourgeoisie

D’où vient cette défiance, cette nécessité à convaincre le grand public de la nécessité de ce vaccin ? A première vue, cela peut paraître contradictoire. En effet, le développement des vaccins et leur perfectionnement ont été une arme formidable dans la lutte contre de nombreuses maladies : rage, variole, tuberculose… Ce sont des millions de vies qui sont sauvées chaque année par les programmes de vaccination à travers le monde. Pourtant, c’est en pleine pandémie que le sujet de la « défiance envers les vaccins » revient sur le devant de la scène de tous les médias bourgeois français et internationaux.

Premièrement, il faut comprendre que, comme tout le reste de la société dans laquelle nous vivons, les vaccins ne sont pas de la « technologie pure ». Ils sont profondément liés aux grands monopoles de la santé et à l’industrie pharmaceutique, souvent surnommée « Big Pharma » par ses critiques. Or, cette industrie qui touche de si près à la santé des larges masses est, notamment en France, souvent rejetée ou placée sous le signe de la méfiance. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette attitude, comme les nombreux scandales sanitaires rencontrés ces dernières années. Mediator en 2010, affaire du sang contaminé, crise des opioïdes, scandale de la Dépakine… beaucoup d’exemples de ce type se trouvent à travers le monde. Ils influencent énormément la vision générale de cette industrie. En effet, c’est un milieu perçu comme opaque et très profitable, comme le rappelle l’entrée dans le classement Forbes des milliardaires du PDG français du laboratoire Moderna, responsable d’un des principaux vaccins contre le COVID.

Deuxièmement, il découle de cette situation que les institutions politiques et l’État bourgeois devraient « rassurer » la population sur l’état de l’industrie pharmaceutique. C’est, au fond, ce que tente de faire Macron. Mais sur la base d’un secteur dirigé par le profit capitaliste, un État bourgeois ne peut pas apporter de réponse satisfaisante aux inquiétudes. Il se retrouve coincé soit dans l’apaisement et l’étouffement des scandales, soit dans une politique répressive. Les liens intimes entre les monopoles pharmaceutiques et l’État français ne datent pas d’hier : il y a plus de 10 ans, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, commandait des dizaines de millions de doses du vaccin H1N1, entre autres à Sanofi. Plusieurs millions ont fini détruits et ce sont 400 millions d’euros qui sont partis en fumée. On voit bien la priorité d’un tel État, et ce n’est pas bien sûr pas l’information des larges masses.

La crise de l’impérialisme français au regard des vaccins

A propos de ce sujet, il est intéressant de regarder les spots publicitaires disponibles autour du COVID. Beaucoup utilisent une rhétorique enfantine ou tentent de retirer l’aspect scientifique à la question du vaccin : certains clips disent que « tous les vaccins sont similaires » ou encore qu’il faut se vacciner pour « revivre les bons moments ». A l’inverse, en cherchant des informations anti-vaccins, il est très facile de trouver un grand nombre d’articles utilisant du jargon pseudo-scientifique et faisant référence à des cas de maladies graves soi-disant causées par les vaccins. La communication de la bourgeoisie est donc un coup d’épée dans l’eau. Elle ne répond pas du tout à la crise de confiance qui traverse une partie des masses. En 2020, 70 % des personnes interrogées par CEVIPOF indiquaient ne pas avoir confiance en le gouvernement français, et 30 % plaçaient la méfiance comme leur premier sentiment dans la période actuelle.

Cette situation n’est pas étonnante, comme nous l’avons montré tout au long de cet article, et il est significatif que ce sentiment s’exprime si brutalement lors d’une crise comme celle que nous traversons actuellement avec le COVID. L’exemple des vaccins est une simple goutte d’eau dans un océan d’exemples similaires où l’État bourgeois agit pour représenter et défendre la classe qui l’a façonné et le dirige, et où ses intérêts rentrent en contradiction directe avec ceux des larges masses qui composent la grande majorité de la population, le prolétariat en tête. Bien après cette crise, lorsque les débats sur les vaccins seront derrière nous, cette incapacité chronique à convaincre restera ancrée dans la nature même de l’État bourgeois et de sa stratégie de com’. Cette crise est une des nombreuses facettes de la crise politique que connaît la bourgeoisie : incapable de rallier derrière ses politiques, son pouvoir dépend bien souvent désormais uniquement de sa capacité répressive, du renforcement de son appareil d’État contre l’opposition qui se présente à elle.

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