Les lois sur l’avortement : un cas d’école sur les politiques patriarcales de l’État bourgeois

Les lois sur l’avortement : un cas d’école sur les politiques patriarcales de l’État bourgeois

Ces dernières semaines, la question de l’avortement a fait les gros titres. En effet, l’État du Texas, aux États-Unis, a passé une loi particulièrement restrictive à ce sujet. En décidant d’interdire l’avortement après 6 semaines, ce qui n’est même pas suffisant pour la plupart des femmes pour apprendre qu’elles sont enceintes, le Texas s’est doté d’une des législations les plus dures du pays. 12 autres États des États-Unis, sur 50, avaient adopté des mesures similaires ces dernières années. Cela va contre les droits constitutionnels garantis pour les femmes aux États-Unis. Pourtant, la Cour Suprême, plus grande institution judiciaire du pays, a approuvé l’entrée en vigueur de la loi.

Les États-Unis ne sont pas le seul pays où le mouvement de restriction de l’avortement se traduit dans des lois. République Dominicaine, Pologne, voilà quelques pays qui ont restreint leurs lois sur l’avortement ces dernières années. D’un autre côté, des pays comme la Thaïlande ont entériné la « dépénalisation » de l’avortement, qui était pratiqué massivement de manière illégale et dangereuse. Là où l’avortement n’est pas remis directement en question par le gouvernement, comme en France, ce sont les forces politiques les plus réactionnaires qui s’y attaquent systématiquement. Par exemple, le Rassemblement National (RN) a plusieurs fois tenté de faire baisser les budgets médicaux, dans le but d’en faire diminuer mécaniquement le nombre.

Lorsque ces politiques sont mises en place par les États bourgeois, la résistance est de mise. Bien sûr, il y a des mouvements de contestation : cela a été le cas au Texas en 2021, où des dizaines de protestations ont eu lieu de diverses manières. Par exemple, des manifestantes se sont déguisées en « servantes écarlates » avec de longues robes rouges, issues du roman et de la série du même nom, qui racontent des États-Unis parallèles ayant adopté les lois les plus réactionnaires sur la famille et les droits des femmes. L’État fédéral lui-même a réagi après avoir vu le tollé médiatique provoqué par cette loi. En Pologne, un grand mouvement de masse principalement animé par des femmes avait vu le jour en 2020 lors des annonces des restrictions. Cela montre les larges réactions à ces attaques.

Mais pourquoi ces nouvelles lois ? En général, la législation sur l’avortement a été entérinée il y a plusieurs dizaines d’années, surtout dans les pays occidentaux. En France, cela date de 1975, plus de 45 ans ! Alors pourquoi en parler maintenant ?

C’est que, l’avortement est le cas d’école parfait des politiques patriarcales de l’État bourgeois. Après avoir « donné » des droits, ce qui signifie qu’il a cédé à la pression populaire sur un sujet donné, cet État est toujours en mesure de les reprendre. C’est ce qu’il se passe aux États-Unis. La montée des élus réactionnaires dans la politique américaine, leur domination éhontée de certains États, leur confiance grandissante et leurs liens avec les milieux évangélistes les plus conservateurs… tout cela a rendu d’autant plus facile et forte leur charge contre les droits des femmes au Texas. Des droits, qui étaient pourtant supposés être constitutionnels (!), les « représentants » texans n’ont pas hésité à se mettre d’accord pour tirer un trait dessus.

Cela nous donne une leçon sur l’État bourgeois et son droit, ses lois. Ce qu’il prescrit, ce qu’il interdit, tout dépend de la bourgeoisie, et jamais des aspirations des larges masses. Vouloir changer la nature de l’État bourgeois de l’intérieur, en pensant que les droits seront garantis malgré toutes les attaques réactionnaires, c’est se bercer d’illusions. Nous avions déjà parlé de ce sujet dans notre article récent sur le mouvement des femmes en Turquie.

Dans ce pays, comme dans l’exemple des États-Unis, les femmes sont les premières à faire les frais des réformes réactionnaires de l’État. Et encore une fois, l’exemple de l’avortement montre que sur ce sujet comme sur tous les autres, la bourgeoisie et le prolétariat n’ont rien à voir. En effet, les femmes bourgeoises étatsuniennes pourront se permettre plus facilement que les autres, malgré la loi texane, d’aller à l’étranger ou dans un autre État pratiquer un avortement par exemple. Pour les femmes des masses qui subissent une grossesse non volontaire, en particulier à l’adolescence, la seule solution sera l’avortement illégal, particulièrement dangereux. Surtout que le Texas ne s’est pas contenté de restreindre le droit à l’avortement, mais a aussi créé les moyens d’encourager la délation à ce sujet avec des incitations financières à la clé.

En conclusion, nous pouvons dire que les lois sur l’avortement sont très représentatives de la dynamique portée par les réactionnaires, pas seulement aux États-Unis, mais dans de nombreux pays du monde. Il est important de ne pas inverser les rôles. L’État bourgeois au Texas et ses lois ne sont pas « victimes » de ces réactionnaires, ils sont au contraire leurs outils pour rogner sur les droits, pour attaquer les masses, particulièrement les femmes, et renforcer l’exploitation et l’oppression pour leur compte. Aucune victoire acquise au sein de l’État bourgeois n’est garantie. Ce récent scandale prouve que ce que cet État a « donné », il n’hésite pas à le reprendre lorsque la fraction la plus réactionnaire de la bourgeoisie est en mesure de l’imposer. Face à cela, la lutte est bel et bien la seule voie.

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