Débunk : les idées reçues sur le boycott des élections

Débunk : les idées reçues sur le boycott des élections

En période d’élection, tout le monde a un avis sur tout ! Le boycott des élections n’échappe pas à la règle, et il y a un tas d’arguments qui nous passent par la tête quand on entend parler d’une telle initiative. Pour un certain nombre de personnes, ce sont des questions légitimes, car le boycott fait remettre en cause beaucoup de choses qu’on a appris sur la politique, comme le fait qu’elle puisse se passer hors des élections. Pour d’autres, ces arguments sont des tentatives de semer le doute sur le boycott pour appeler à voter pour tel ou tel candidat. Ce petit article cherchera à faire la lumière sur ces quelques idées reçues, afin que les personnes de bonne foi aient des réponses à leurs questions, et que celles et ceux qui boycottent puisse convaincre leurs proches, familles ou collègues d’en faire de même.

Idée reçue n°1 : des gens sont morts pour le droit de vote, c’est aussi un devoir citoyen

C’est quelque chose qu’on apprend à l’école : des gens ont fait la révolution pour que l’on puisse désormais glisser un bulletin dans une urne tous les cinq ans. Évidemment, la réalité est plus complexe. Mais le fait même de lier le droit de vote aux mouvements révolutionnaires pose problème.

En effet, les révolutionnaires de toutes les époques, même les bourgeois de 1789 en France, ont mené un combat pour changer la société. La révolution française n’a pas été faite pour le suffrage universel, mais comme révolte contre le Roi. D’ailleurs, le vote a mis des décennies pour s’installer comme une pratique ouverte à tous : pendant longtemps, il était réservé aux riches. Jusqu’en 1945, il était réservé aux hommes. Ainsi, il n’y a pas vraiment de lien entre révolution et vote.

Les révolutionnaires, bien qu’ils aient parfois pu défendre le suffrage universel (comme en 1848 en France par exemple), n’ont jamais combattu seulement pour lui. Personne n’est mort pour que nous puissions voter : les Communardes et Communards de Paris ou les membres de la Résistance ont pris les armes et ont péri car ils voulaient un changement révolutionnaire de la société, qu’ils s’insurgeaient contre l’ordre établi pourri, l’occupation, et pour une libération sociale complète. Au mieux, le suffrage universel était vu comme un « thermomètre » qui indiquait à quel point les masses soutenaient activement la révolution.

Dés lors, comment le droit de vote pourrait-il être un devoir ? Et un devoir pour qui ? L’origine de cet argument se trouve chez les pires réactionnaires, royalistes, nobles… du XIXème siècle. Pour guider les gens de la campagne au bureau de vote, les prêtres, les comtes et autres conservateurs leur disaient qu’ils faisaient leur devoir de bon chrétien, de bon père de famille paysanne. Aujourd’hui, ce sont les mêmes qui nous le ressortent à une autre sauce : alors qu’un grand nombre ne votent plus, ils voudraient rendre le vote obligatoire.

Pour beaucoup, cet argument résonne encore dans les têtes et il est dur de s’en défaire : aller voter c’est un automatisme, on aurait honte de ne pas le faire. La même question se pose pour les femmes qui ont lutté pour le droit de vote pendant des années. Mais à y regarder de plus près, tout cela ne mène qu’à voter par défaut : à chaque échéance électorale, on y retourne la tête basse, en sachant que ça ne va rien changer. Le boycott, c’est l’opposé de ça : relever la tête et ne plus se laisser guider par l’habitude. Il est temps de sortir du passé et de prendre la voie de nos victoires futures !

Idée reçue n°2 : ne pas voter, c’est abandonner sa voix et laisser les autres parler à sa place

Une autre question que l’on entend souvent, c’est : « Mais alors vous laissez les autres décider à votre place ! ». En gros, boycotter serait idiot, car l’élection sera validée de toute façon, et que notre voix aura été « gâchée » par l’abstention.

Posons le problème au niveau individuel et collectif. Si une seule personne s’abstient, elle peut le faire pour différentes raisons : rejet du système, lassitude, incapacité de se déplacer ce jour-là… Si une seule personne boycotte, elle le fait par principes, et il est certain que le résultat de l’élection ne sera pas influencé. Laisse-t-elle les autres parler à sa place ? Pas plus que les votants, qui délèguent leur parole à tel ou tel candidat et qui placent leur confiance dans un État bourgeois qui ne veut que la ruine et la misère des masses populaires. Bien sûr, les voix des votants dépasseront de loin l’initiative d’une seule personne de boycotter. Voilà pourquoi il faut poser la question au niveau collectif.

Si plusieurs personnes décident de boycotter, qu’elles s’organisent pour avoir des revendications, des analyses, démonter le système bourgeois, comme la campagne Boycott 2022, alors peut-on dire qu’elles abandonnent leur voix ? Au contraire, elles créent une contestation, une opposition, là où l’État bourgeois voudrait que tout rentre dans la case des élections. Le boycott créé un pôle qui s’oppose à tous les candidats de la bourgeoisie sans exception, sans copinage et récupération électorale. Même si l’élection n’est pas invalidée, une telle campagne aura réussi à témoigner du ras-le-bol et de la conscience des prolétaires qui ne votent plus, car il n’y a pas moyen de leur donner confiance dans ce système. Voilà pourquoi celles et ceux qui boycottent, encore plus que s’abstenir, n’abandonnent pas leur voix. Au contraire, ils l’expriment haut et fort !

Idée reçue n°3 : boycotter les élections, c’est faire monter l’extrême-droite/faire gagner Macron

La culture du « barrage républicain » est devenue une habitude de la politique bourgeoise depuis le passage au second tour de l’élection présidentielle de Jean-Marie Le Pen en 2002. Il est attendu que tout le monde vote pour le candidat « contre » l’extrême-droite. Avec le quinquennat Macron et les slogans « Macron démission ! », il y a aujourd’hui une attitude similaire qui consiste à vouloir n’importe qui sauf Macron à la présidence. En toute logique, on nous dit donc que si l’on boycotte, on fait monter l’extrême-droite, ou qu’on contribue à faire gagner Macron, car les partisans de ces politiques vont aller voter, eux.

En toute logique, vraiment ? Cet argument, c’est celui du pompier pyromane, qui met le feu à la maison puis regarde brûler en se lamentant et en disant qu’il va être capable d’éteindre les flammes ! Pendant des décennies, la gauche, la droite, le centre, nous ont tous dit qu’ils étaient « la solution contre l’extrême-droite ». Chirac a été élu à 80 % il y a 20 ans. A-t-il stoppé la montée du FN ? Non, comme Mitterrand avant lui, comme Macron aujourd’hui, il lui avait graissé la patte. Il est évident que Macron et Le Pen se sont choisis comme adversaires à partir de 2017 : ils sont les « meilleurs ennemis » ! Ce n’est pas car des gens boycottent les élections que ces candidats font de tels scores : c’est car ils disposent de grands financements de la bourgeoisie française, qu’ils sont mis en avant dans les médias bourgeois, qu’ils tiennent l’État, et qu’ils convainquent la bourgeoisie et une partie énorme de la petite bourgeoisie et des autres classes de les soutenir.

Mettre un bulletin dans une urne n’est pas un acte « antifasciste », ni une démarche militante anti-Macron. Le véritable antifascisme, la véritable lutte contre le gouvernement, elle était par exemple dans la rue en 2018-2019 lors des Gilets Jaunes, quand les politiciens comme Marine Le Pen ont été démasqués en refusant de soutenir les demandes de hausse des salaires ou que la sécurité de l’Élysée avait peur d’être débordée par les manifestations après les journées à l’Arc de Triomphe lors des premiers actes. C’est bel et bien la seule alternative, car depuis 2002 on voit bien, si l’on en était pas convaincus avant, que les élections ne peuvent pas stopper les politiques réactionnaires.

Idée reçue n°4 : pourquoi ne pas voter pour le candidat le moins pire ? Pourquoi ne pas défendre le vote blanc ?

« Oui mais quand même, il faut bien voter pour le moins pire ! »

Voilà où nous en sommes : nous avons l’embarras du choix… de la maladie que l’on s’inflige. Plutôt peste ou choléra ? Mort lente ou rapide ? C’est, au fond, le choix que l’on fait en espérant que cette fois « la gauche sera différente », ou « on va tenter les écolos, on a jamais essayé » etc. En avançant cet argument, on sait tout à fait qu’il n’y a rien à espérer, mais quand même, on croise les doigts.

Malheureusement, la magie n’existe pas : la « gauche » a trahi depuis longtemps, systématiquement et sans exception. Les « nouveaux » gourous de la politique, qu’ils soient du centre, de l’extrême-droite, ou de l’écologie qui veut remplacer la social-démocratie… ne font que réchauffer la même soupe pour nous la resservir au dessert ! Macron a joué les jeunes loups, « président moderne qui vient changer la politique », pour finalement devenir le président des riches, comme tous les autres. Zemmour, qui se présente comme le candidat du changement, est l’ami de tous les plus grands conservateurs et baigne dans un entre-soi bourgeois. Mélenchon est dans la lignée de son père spirituel Mitterrand, responsable des pires politiques sociales, des coups d’État en Afrique etc dans les années 80-90. Même s’il était élu, il continuerait les politiques impérialistes françaises et l’exploitation des peuples sous un vernis « humanitaire » et « social ». Les écolos n’ont rien fait d’autre que repeindre en vert le PS, pour nous vendre le même programme qu’Hollande avec des éoliennes. Mais voilà, nous sommes un si grand nombre à détester leur politique, qu’ils tentent tous de se faire passer pour le messie, le « moins pire » ! Boycotter, c’est refuser de leur donner ce plaisir et rejeter intégralement les mensonges des campagnes électorales.

« Boycotter, pourquoi pas plutôt demander la reconnaissance du vote blanc ? »

Cet argument revient souvent : il y a d’ailleurs un parti du vote blanc qui demande précisément que celui-ci soit comptabilisé. Il est vrai qu’à chaque élection, encore plus à la dernière présidentielle, des millions de personnes ont voté blanc ou nul (c’est-à-dire un bulletin gribouillé par exemple, en tout cas pas recevable). Il est incontestable que cela part d’une volonté de contester la politique bourgeoise : on rejette tous les candidats d’un revers de la main et on notifie son désaccord.

Mais la demande de reconnaissance du vote blanc reste dans les clous du système électoral bourgeois. On pourrait imaginer sa reconnaissance, et l’invalidation d’une élection à partir d’un certain nombre de votes blancs. Mais que se passerait-il alors ? Comme la légitimité de l’État bourgeois est pour l’instant basée sur le vote, ils relanceraient une élection, jusqu’à ce que ça marche. Alors, on se retrouverait avec exactement le même problème, les mêmes personnes au pouvoir (ou leurs successeurs), et on ne serait pas plus avancés. En plus, on aurait encouragé le système et la bourgeoisie pourrait dire « Vous voyez, on vous écoute ! » alors qu’on aurait pas bougé d’un iota.

Idée reçue n°5 : il n’y a que les élections pour améliorer les choses qui ne vont pas

« Si vous voulez que vos idées soient au pouvoir, il n’y a qu’à vous présenter aux élections ! »

Cet argument sonne comme un coup d’épée dans l’eau. Nous avons tiré les leçons du passé, et nous voyons comme le système bourgeois est verrouillé (il suffit de regarder la situation concernant les 500 signatures par exemple). Nous encourageons nos lectrices et nos lecteurs à lire l’article « Le jeu électoral » qui explique bien pourquoi nous sommes contre les tentatives électorales des candidatures « révolutionnaires » qui se retrouvent simplement à participer et s’intégrer à la politique bourgeoise.

Mais bien plus que cela, nous rejetons l’idée que les élections, les réformes etc puissent changer quoi que ce soit à notre vie (pour le meilleur) et faire avancer une révolution dans ce pays. La politique véritable, du prolétariat, elle se trouve sur les lieux de travail, de vie, de sociabilisation, pas dans les bureaux de vote. Elle a lieu tous les jours dans les grèves, les petites organisations du quotidien, la solidarité, les révoltes, le mouvement révolutionnaire, et pas tous les cinq ans à la date décidée par l’État bourgeois. C’est une politique qui gêne la bourgeoisie, qui la dérange, car elle lui est totalement étrangère, totalement opposée. Le boycott s’inscrit totalement dans cette dynamique, il est l’expression politique de ce que pratiquent déjà les masses : le rejet du cirque électoral et du mensonge des candidats bourgeois. Bien sûr, il n’est pas suffisant : il faut élever la lutte, et c’est seulement la révolution socialiste qui sera capable de balayer ce système, pas seulement un boycott.

Voilà quelques idées reçues sur le boycott et la réponse que nous pouvons donner. Les élections sont un aspect essentiel de la dictature de la bourgeoisie, cela permet de partager le pouvoir entre les mains bourgeoises. Les élections sont faites par la bourgeoisie pour la bourgeoisie : s’y opposer c’est refuser de renforcer leur système.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.