La Drill : Soupir de la créature opprimée

La Drill : Soupir de la créature opprimée

Qu’est-ce que le drill? Comment a-t-elle évolué?

La drill est un sous-genre musical du rap né il y a quelques années à Chicago. La drill se caractérise par une violence exacerbée sur des productions minimalistes et très sombres, où les batteries sont prédominantes. Les paroles de la drill reflètent généralement la vie dans la rue et ont tendance à être cruelles, violentes, réalistes et nihilistes. La grande précarisation, le chômage toujours plus élevé, l’éducation qui se voit retirer toujours plus de moyens, un manque d’avenir font que ces jeunes sont marginalisés et basculent dans la violence, la guerre de gang. L’origine de la drill vient donc de jeunes afro-américains des quartiers pauvres, cherchant une manière de s’exprimer, de se montrer eux et leur gang tout en montrant leur force, leurs armes, leurs drogues face aux autorités (avec Pacman et Chief keef du gang Black Discipline par la suite). La drill est en vogue grâce à son authentique violence, mais aussi son côté dansant avec une rythmique décalé fait qu’elle s’est progressivement popularisée chez les jeunes de quartier/ghettos du Royaume-Uni d’abord puis partout dans le monde. D’abord au Royaume-Uni et à Londres (Brixton) puisque leurs vies étaient semblables, proche d’une très grande ville, dans un ghetto à forte population immigrée pauvre avec une guerre de gangs et des histoires de meurtres omniprésents. Les drillers Londoniens n’hésitent pas à menacer les gangs adverses (voir les sons de Harlemo et de Moscow17 He’s dead ou de SR Welcome to Brixton). C’est au Royaume-Uni où l’on commence à assimiler la drill aux vêtements noirs, gros manteaux et cagoules. C’est ce courant-là qui émerge en France avec les figures de Freeze Corleone qui se réapproprie les codes anglais et américains et les Ziak, Ashe (Lyonzon) et Zeu (CZ8) bien plus influencés par la drill anglaise. La nouvelle vague de drill venant de New York avec Pop Smoke bien plus mainstream, gangster rap classique, d’apparence moins violente n’ont pas réussi à cacher la guerre de gang et la violence de la rue puisque Pop Smoke s’est fait tirer dessus par des membres d’un gang. Le tireur n’avait que 15 ans.

Mais alors que font la justice et les autorités?

Au lieu de traiter les problèmes à la source, c’est-à-dire créer des perspectives pour ces jeunes de quartier souvent racisés et les insérer dans la société, ils sont marginalisés, traités d’indésirables par les médias, réprimés par la police. Ils sont censurés : leurs clips de musiques sont supprimés, leurs concerts annulés par la justice. Dans le même temps, les extraits les plus violents sont diffusés en boucle dans les médias. Les rappeurs/drillers sont jugés et parfois même emprisonnés à cause de leurs textes et la description qu’ils font de la société, de la violence. Pourtant ils ne sont que les voix hors champ d’un documentaire relatant un contexte socio-économique qui leur est défavorable.

Pourquoi les médias, les autorités les traitent-ils ainsi?

Ils le font, car c’est dans l’intérêt de la bourgeoisie de diviser la classe prolétaire, entre noirs et blancs, banlieues et campagnes, jeunes et vieux. Ils poussent ces jeunes à se refermer sur leurs communautés, sur les sentiments réactionnaires, sur la religion, à leurs désintérêts pour les études et la drogue. C’est comme cela que les discours racistes émergent, comme ceux de Zemmour qui veulent pousser au maximum le racisme d’État. Mais tout le reste du champ politique quasiment appelle au renforcement de la police, de la justice, demandent plus de moyens pour neutraliser cette colère, cette rage, pour pacifier la jeunesse désespérée. On peut légitimement se dire que les autorités les poussent à la violence, à se rebeller encore plus et poussent les populations à se méfier des jeunes, des migrants et attiser la haine.

Quelle est la solution?

La seule solution au racisme, à la précarisation et la menace fasciste est l’organisation des prolétaires, jeunes et âgées, partout dans les lieux de vie pour résister a l’exploitation du quotidien, de montrer les réelles divisions de classes capitalistes et de s’organiser pour la révolution. Pourquoi faire la révolution? Parce que l’État bourgeois est une dictature de la bourgeoisie, faite selon les intérêts d’une petite minorité d’ultra-riches. Nous devons le détruire et le substituer à un État qui répond aux intérêts de la grande majorité de la population : le prolétariat.

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