Papouasie occidentale : la bourgeoisie française organise le massacre

Papouasie occidentale : la bourgeoisie française organise le massacre

Notre époque est recouverte d’un épais brouillard de guerre. La guerre en Ukraine, avec toutes ses conséquences désastreuses pour les masses ukrainiennes, russes et du monde entier, est partout, sur toutes les bouches, sur tous les plateaux-télé, dans tous les journaux. L’ampleur de cet évènement est telle qu’il permet de recouvrir d’autres actualités toutes aussi tragiques, moins proche que nous, mais pourtant avec la complicité de l’impérialisme français. En effet, quand on voit l’actualité internationale, l’Etat français essaie de se faire oublier, de faire comme s’il était pur et droit dans ses bottes. Pourtant, celui-ci n’a pas de quoi faire le fier. Il n’y a pas si longtemps, le pays des Droits de l’Homme acceptait une commande de 8,1 milliards d’euros pour 40 avions de chasse Rafale de la part de l’Indonésie, avions destinés à être utilisés contre un peuple réclamant sa liberté…

Ce peuple, c’est le peuple papou. Ce peuple, coupé en deux par l’histoire, entre Indonésie et Papouasie-Nouvelle-Guinée, est en lutte contre l’oppression nationale qu’exerce l’Etat indonésien depuis près de 50 ans, lutte dont la seule réponse est le massacre pur et simple. Un peu d’histoire s’impose. En Occident, le peuple papou est mal connu. Notre vision est pleine de clichés, de stéréotypes et d’approximations, et pour cause, celui-ci se trouve à l’autre bout du monde et souffre d’une longue tradition raciste tronquant son image. Les Papous vivent sur l’île de Nouvelle-Guinée, au nord de l’Australie et à l’extrême-ouest de l’archipel indonésien. Cette île est habitée depuis plus de 21 000 ans, alors que l’île était encore liée au continent australien. L’arrivée de nouvelles populations au fil des millénaires ont constitué le peuple papou tel que l’on connaît aujourd’hui. Celui-ci s’étend et noue des liens avec les peuples environnants, surtout chez ses voisins à l’ouest.

Carte de la Papouasie Occidentale

L’arrivée des Hollandais au XVIIème siècle change drastiquement l’équilibre de la région. Leur installation sur l’île débute réellement en 1898, et divise l’Ouest en 6 régions coloniales, tandis que l’autre partie sera occupée par l’Australie. La région est utilisée pour ses ressources et aussi comme bagne pour les nationalistes indonésiens. Les Papous tentent à plusieurs reprises de chasser les Hollandais par la lutte armée, échouent, et s’intègrent au mouvement nationaliste indonésien, alors dirigé par le futur premier président du pays, Sukarno. L’installation des Hollandais semble pourtant impossible à défaire à l’époque, avant le tournant de la Seconde Guerre Mondiale, et l’occupation du Japon. A la fin de la guerre, les nationalistes indonésiens parviennent à déclarer l’indépendance du pays, mais les Hollandais parviennent à conserver la Papouasie et une partie de l’est de l’archipel. Voulant reprendre le contrôle de toute l’Indonésie et détruire le jeune Etat nouvellement indépendant, ceux-ci procèdent à des pillages, et des incursions sur le territoire de la république. A la suite de pressions internationales, les Pays-Bas lâchent leurs prétentions sur l’ouest de l’archipel mais se maintiennent toujours en Papouasie, favorisant sur le territoire les Indonésiens par rapport aux Papous, vivant dans de terribles conditions.

En 1963, l’Indonésie commence son annexion de la Papouasie Occidentale sous l’œil bienveillant des Nations Unies, à la suite d’une invasion soutenue d’abord par l’Union Soviétique (qui avait alors trahi la cause des travailleurs) et les Etats-Unis. En 1965, l’Indonésie subit un coup d’état militaire, dirigé par le général Suharto. Celui-ci se fait tristement connaître par ses politiques de nettoyage ethnique et de massacre de communistes. On estime que 50 000 à 1 millions de personnes ont été brutalement assassinées lors de ces épurations anticommunistes. En Papouasie Occidentale, l’Etat indonésien consent à faire un référendum, mais fait pression sur les chefs papous locaux pour maintenir l’occupation du pays. L’Etat indonésien n’a pas intérêt à lâcher cette région, riches en ressources, et lié par contrat avec une riche entreprise américaine, Freeport, dont nous reparlerons plus tard.

Suharto, auteur du coup d’Etat militaire en Indonésie et responsable des purges ethniques et politiques dans les années 1960. Malgré ses exactions, il reste reconnu comme un pantin précieux pour les Occidentaux.

Face à ce simulacre de démocratie et au terrorisme d’Etat indonésien, les Papous se placent sous la direction de l’Organisation pour une Papouasie Libre (Organisasi Papua Merdeka) dès 1969 et mènent la lutte armée face à l’Etat indonésien. En 2014, l’OPM fonde une façade légale, le Mouvement uni pour la libération de la Papouasie occidentale et bénéficie du soutien de plusieurs Etats et indépendantistes de la région, tels que Vanuatu ou les indépendantistes kanaks.

Ce court passage historique étant terminé, qu’en est-il aujourd’hui ? La Papouasie Occidentale est actuellement une proie de l’impérialisme, et en particulier de l’impérialisme américain. L’Etat indonésien n’est pas un Etat souverain, celui-ci est parasité par des investissements étrangers, qui saignent l’économie nationale et les masses populaires à blanc, et en particulier les Papous. L’exploitation impérialiste touche les Papous de plein fouet, et pour cause : ceux-ci sont assis sur un véritable tas d’or, que Etat compradore et impérialistes convoitent.

Freeport, dont nous avons déjà parlé plus haut, est le premier contributeur économique de l’Etat indonésien, et le premier acteur économique de la Papouasie Occidentale. Cette entreprise exploite la mine de Grasberg, la plus grande mine d’or du monde et le premier employeur de la région. Pour exploiter ces gisements et peupler les côtes, l’Etat indonésien avait lancé en 1960 la « Transmigrasi », un large mouvement d’exode des populations des îles les plus peuplées d’Indonésie vers la Papouasie. Comme en Kanaky, cet encouragement au départ de colons a provoqué un changement démographique tragique pour les Papous. En 1960, ceux qui représentaient 95 % de la population en représentent actuellement 69 % et vivent dans des conditions plus que précaires. De plus, la culture papoue tend à se faire assimiler et à disparaître, avec la complicité d’élites papoues corrompues. L’exploitation de la région part l’Indonésie donne lieu à une puissante ségrégation en défaveur des Papous, 46 % n’ont pas d’accès à l’électricité et 28 % vivent sous le seuil de pauvreté, alors que la Papouasie Occidentale connaît une forte croissance économique.

Les Papous voient aussi leur habitat traditionnel rasé pour exploiter le bois, le cuivre, l’argent, le nickel et bien entendu l’or (en n’oubliant pas le gaz et le pétrole en forte concentration sur les côtes), suivi d’un empoisonnement des sols. La répression d’Etat est aussi terrible. Comme c’est le cas dans la plupart des pays opprimés aux gouvernements corrompus, l’armée forme un Etat dans l’Etat, et en particulier dans les régions de marge. Celle-ci, comme l’armée indienne peut le faire contre les révolutionnaires, commet tous les jours des exactions contre le peuple. La « lutte contre le terrorisme » de l’OPM lui donne un prétexte de choix. Ainsi, on estime qu’environ 100 000 personnes ont été tuées ou ont disparues entre les mains de la police et des forces spéciales. L’armée est aussi connue pour son emploi de la torture sur des civils. En conséquence, entre 60 000 et 100 000 personnes ont été déplacées et forcées de se réfugier dans l’arrière-pays, isolé et sous-développé. A titre de comparaison, l’attaque la plus meurtrière de l’OPM a tué 8 soldats indonésiens en 2013.

Le rôle principal de l’armée est avant tout de protéger les intérêts de Freeport contre les indépendantistes. On voit bien toute l’hypocrisie de toutes ces opérations de pacification à travers le monde : sur le papier, assurer la sécurité de tous et l’intégrité nationale, en vérité se remplir les poches et protéger les intérêts des industriels de tous les pays. Cette armée est aussi un acteur notable de l’économie parallèle en Papouasie Occidentale, et en particulier dans le trafic de drogue. Sans surprises, elle bénéficie d’un fort soutien des Etats-Unis, et depuis quelques temps, de la France. L’impérialisme sait faire preuve de reconnaissance pour ses chiens de garde.

Photographie de la mine d’or de l’entreprise américaine Freeport. L’impérialisme américain est l’impérialisme le plus puissant en Indonésie, et son emprise a de graves conséquences sur la population locale.

Cependant, les masses ne se laissent pas faire. Le mouvement indépendantiste papou a connu un grand regain d’activité depuis les grandes émeutes de 2019. Ces émeutes avaient commencé à la suite d’une descente de police sur des étudiants papous, accusés d’avoir déshonoré le drapeau indonésien, et qui se serait terminé par leur assassinat par la répression indonésienne. Ces émeutes ont permis l’accélération du développement des indépendantistes, et a profondément marqué les consciences de la jeunesse, qui ont pu voir clairement l’oppression que faisait peser l’Indonésie sur la Papouasie. L’Etat indonésien a depuis déclaré l’état d’urgence, en plus d’interdire l’entrée de journalistes et d’ONG dans la région. La répression devient de plus en plus féroce, mais les masses tiennent bon. De son côté, le Mouvement uni pour la libération de la Papouasie occidentale pousse de plus en plus pour un véritable référendum d’indépendance.

Cela étant dit, on peut se demander pourquoi nous, à la rédaction de la Cause du Peuple, tenons à faire parler de la lutte des Papous à nos lecteurs. Et bien pour plusieurs raisons. La première est bien entendu notre soutien aux luttes de libération nationale, où qu’elles soient, car chaque peuple a le droit de vivre dans la dignité et de choisir son destin, loin des griffes impérialistes. L’autre raison : l’implication de l’Etat français. Alors que nos dirigeants jouent la comédie des « démocraties libérales face aux dictatures », les récents petits arrangements de Dassault avec l’Etat indonésien balaient les déguisements de la France. En tentant de se tailler des zones d’influence en Asie du Sud-Est, la France, impérialisme de plus en plus isolé, n’hésite pas à participer au renforcement de régimes meurtriers, tant que les poches de la bourgeoisie sont pleines. Florence Parly, actuelle ministre des Armées, est la première à se réjouir de ce juteux marché : « Notre partenariat stratégique va bénéficier de l’approfondissement de nos relations de défense. La France est fière de contribuer à la modernisation des forces armées de notre partenaire qui joue un rôle clé au sein de l’ASEAN et en Indopacifique. » peut-on voir sur Twitter….

Nos lecteurs l’auront compris, ceux qui dirigent notre société se moquent de savoir s’ils ont du sang sur leurs mains ou non. La bourgeoisie française utilise notre force de travail pour jouer les marchands de mort, elle vend le produit de notre travail pour tuer nos frères et nos sœurs aux quatre coins du monde, elle s’engraisse sur le massacre et le génocide, partout où elle le peut. La tâche du prolétariat dans l’Etat français est d’organiser la solidarité avec tous les peuples opprimés, et en particulier ceux qui le sont avec l’aide d’armes françaises, du Yémen à la Papouasie Occidentale. Le meilleur service à rendre au peuple papou et à tous les peuples du monde, c’est de lutter contre l’impérialisme français et ses laquais !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.